JO 2036 : Madrid se rêve toujours en Ville Olympique

Malgré trois échecs successifs – pour les Jeux d’été de 2012, 2016 et 2020 – la capitale espagnole ambitionne toujours de présenter un nouveau projet pour accueillir enfin l’événement olympique et paralympique. Plusieurs conditions devront néanmoins être remplies avant d’envisager l’étape supérieure, avec une candidature qui sera au mieux portée pour l’édition 2036.

Maquette du projet olympique et paralympique de Madrid 2020 (Crédits – Madrid 2020)

L‘inscription, il y a dix jours, du Parc du Retiro et du boulevard du Paseo del Prado sur la liste du Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO, constituera-t-elle un tremplin en vue d’une prochaine candidature olympique et paralympique de la capitale espagnole ?

A l’aune de ce coup de projecteur, le Maire de Madrid avance en tout cas l’idée d’un nouveau projet pour l’organisation des Jeux d’été, souhaitant implicitement sonder les parties avant d’engager une quelconque démarche officielle pour une ville qui a toutes les capacités suffisantes pour recevoir l’événement planétaire.

Pour preuve de cette prudence affichée, la presse espagnole s’est fait l’écho de récentes déclarations de José Luis Martínez-Almeida. Au cours des quinze derniers jours, ce dernier a ainsi posé les jalons d’une future candidature pour laquelle il évoque cependant des conditions.

Comme l’a rapporté « El Confidencial », dès le 21 juillet, le Maire de Madrid évoquait en ces termes l’état d’esprit actuel :

Madrid fait ses devoirs pour redevenir une référence dans le sport. Nous ne pouvons pas nous permettre une quatrième candidature infructueuse. [Il nous faut dès lors] construire une candidature olympique viable.

Les Madrilènes ne méritent pas que ce rêve ne s’accomplisse pas.

Quelques jours plus tard, « Antena 3 » reprenait à son tour des propos du Premier Magistrat de la capitale espagnole et de son Adjointe, Begoña Villacís :

Nous ne renonçons pas au rêve olympique, soit avec notre équipe, soit avec une autre équipe gouvernementale.

Par la suite, « La Vanguardia » s’est-elle aussi fait l’écho d’une ambition municipale toujours vivace, qui se traduit par un investissement dans les installations sportives de la ville – 96 millions d’euros en deux ans – mais qui demeure soumise à un nécessaire consensus local et national.

José Luis Martínez-Almeida, Maire de Madrid (Crédits – Page officielle Twitter)

Quoiqu’il en soit, le timing des sorties médiatiques du Maire de Madrid interpelle.

Certes, José Luis Martínez-Almeida évoque ici un projet non-encore déterminé et loi  d’être planifié alors que l’une des rivales d’hier – Tokyo – abrite actuellement les Jeux Olympiques et Paralympiques 2020. Il est vrai que la tenue effective de l’événement est de nature à soulever l’intérêt de potentielles prétendantes et les dernières semaines ont notamment montré les envies de Jeux d’Istanbul (Turquie), d’Ahmedabad (Inde), ou encore de l’Indonésie.

Il n’empêche, l’intérêt même mineur de la cité madrilène arrive au moment où le Comité Olympique Espagnol (COE) avance le projet hivernal de Pyrénées-Barcelone 2030 auprès du Comité International Olympique (CIO).

Or, les deux principales villes du pays entretiennent une rivalité historique qui n’est plus à démontrer.

Au cours des dernières années, Barcelone n’avait d’ailleurs pas manqué l’occasion de distiller l’idée d’une candidature aux Jeux d’hiver de 2022 dans la dernière ligne droite du processus de sélection de la Ville Hôte des Jeux d’été de 2020, processus auquel participait Madrid. Une façon, consciemment ou non, de brouiller les pistes. Par la suite, la cité catalane avait profité de l’échec madrilène pour affirmer son ambition partagée avec les Pyrénées, se rêvant alors en première Ville Olympique auréolée des Jeux d’été (1992) et des Jeux d’hiver. Finalement, le projet n’avait pas été concluant pour 2022, ni même pour 2026 malgré une timide relance.

Aujourd’hui, Barcelone a la possibilité de soumettre un nouveau projet, calqué en partie sur l’héritage de 1992, avec une réutilisation massive des sites olympiques de l’époque, avec aussi la mobilisation des Pyrénées au travers des stations aragonaises.

Des tensions institutionnelles se sont pourtant fait jour récemment, avec la vigilance exprimée par les autorités de l’Aragon face à la prédominance de Barcelone, ne serait-ce que dans l’intitulé jusqu’à présent mentionné par le COE, à savoir Pyrénées-Barcelone.

A l’aune de ce réveil olympique et paralympique – après une suspension courant 2020 en raison de la crise sanitaire liée au Covid-19 et de la gestion de celle-ci par les autorités – Madrid pourrait donc être tentée de placer dès à présent ses pions en attendant que le vent tourne davantage en sa faveur.

Car si la candidature de l’attelage Catalogne-Aragon venait à se renforcer, via un dialogue continu avec le CIO dans les semaines et mois prochains, Madrid n’aurait pas de fenêtre de tir favorable avant plusieurs années.

En effet, à l’heure actuelle, 2036 représente la première échéance disponible, sachant que 2028 a été attribuée dès 2017 à Los Angeles (États-Unis) et que 2032 a été décernée plus tôt cet été à Brisbane et au Queensland (Australie).

Or, une candidature hivernale pour 2030, avec un calendrier olympique qui n’est plus soumis à l’impératif des sept ans de battement entre l’élection de la Ville Hôte et l’organisation effective des Jeux, rebat immanquablement les cartes et pourrait par conséquent rendre caduque toute ambition de la capitale espagnole à court et moyen terme.

Bien sûr, en fonction de l’avancée des échanges entre les porteurs du projet pour les Jeux d’hiver et les responsables du CIO, le Comité Olympique Espagnol pourrait faire le choix de donner la priorité audit projet ou, au contraire, de retirer au moins temporairement cette candidature, avec potentiellement, la possibilité de faire monter en puissance un projet pour les Jeux d’été.

Même si ce jeu de chaises musicales n’est pas d’actualité à ce stade, le COE devra tout de même prendre en compte la redoutable candidature de Salt Lake City (Utah, États-Unis), sélectionnée dès la fin de l’année 2018 par le Comité Olympique et Paralympique des États-Unis (USOPC) pour porter les couleurs américaines dans l’optique d’une future échéance hivernale.

Jusqu’à présent, deux échéances avaient été mentionnées plus ou moins ouvertement, à savoir 2030 ou 2034. Or, les dernières déclarations en provenance des leaders américains laissent à penser que la Ville Hôte des JO 2002 pourrait davantage se positionner sur 2030 et ce, après un probable accord stratégique avec le Comité d’Organisation des Jeux d’été de Los Angeles 2028, notamment sur la question du marketing.

Si tel devait être le cas, Salt Lake City serait difficilement atteignable pour d’éventuelles concurrentes. La ville de l’Utah dispose d’une expérience des Jeux d’hiver – un atout indéniable – et possède un soutien majeur exprimé tant du côté institutionnel que de la part du public, sans oublier également la culture des sports d’hiver aux États-Unis et le palmarès américain sur la scène des Jeux d’hiver.

(Crédits – Pirineus-Barcelona)

Sur ce constat aux multiples aspects, les mois à venir donneront certainement des indications quant au positionnement des territoires intéressés par les futures échéances olympiques et paralympiques.

Pour l’Espagne, ce sera dès lors l’occasion de voir si une candidature aux Jeux d’hiver est, à date, plus viable qu’une nouvelle candidature aux Jeux d’été. Les discussions engagées avec le CIO – et plus particulièrement avec la Commission de Futur Hôte pour les Jeux d’hiver – pourraient s’avérer pertinentes à ce sujet.

L’institution olympique de Lausanne (Suisse) est en effet soucieuse de renouer avec les territoires qui s’étaient détournés des Jeux, par frustration d’échecs successifs ou par défiance de l’opinion publique, et a en conséquence instauré un nouveau système de sélection où le dialogue est le maître-mot.

Désormais, les candidats potentiels peuvent s’engager dans une phase de dialogue continu avec le CIO, les arguments déposés d’un côté et les observations fournies en retour permettant de statuer sur la meilleure option à un instant donné, dans l’intérêt des deux parties.

La course aux JO 2032 a montré le potentiel de ce nouveau système, avec Brisbane qui s’était très tôt affirmée, sortant du lot avec un projet solidement appuyé par les autorités et l’opinion et doté d’environ 85% d’infrastructures existantes ou temporaires. Pour le CIO, le projet australien constituait à cet instant une aubaine pour succéder à Paris 2024 et à Los Angeles 2028. Face à la volonté d’organiser les Jeux d’un côté et à l’intérêt de pouvoir travailler avec un hôte, 11 ans avant la tenue effective de l’événement, le CIO a rapidement enclenché une phase de dialogue ciblé avec Brisbane, phase qui a finalement conduit à l’élection du 21 juillet 2021.

Aussi, pour les JO 2030, le CIO pourrait soit jouer la montre, profitant de la fin des Jeux de Tokyo 2020, de l’imminence des Jeux de Pékin 2022 et des préparatifs de Milan-Cortina 2026, soit accélérer le processus pour convenir d’une désignation rapide du futur hôte.

La candidature espagnole devra donc être prête pour répondre aux attentes dans un cas comme dans l’autre, faute de quoi, les chances de succès seraient considérablement réduites.

(Crédits – Madrid 2020)

Indépendamment de Barcelone et de la stratégie pour 2030, la question d’une candidature de Madrid pour les Jeux d’été doit se voir sous le prisme des tentatives infructueuses de ces dernières années.

Les échecs pour l’obtention des Jeux de 2012, 2016 et 2020 restent un mauvais souvenir pour les officiels espagnols, laissant un sentiment plus que mitigé au sein de la classe politique et parmi la population.

Madrid ne s’engagera dès lors dans une éventuelle quête des Jeux que si les signaux sont au vert et si le CIO se montre enthousiaste au travers de discussions comme exposé précédemment. L’expérience acquises lors des candidatures passées et la persévérance de la capitale espagnole pourraient être deux éléments susceptibles de convaincre le CIO le moment venu, même si ces critères n’ont pas permis d’assurer le succès de précédentes Villes Candidates, Istanbul étant un exemple frappant, avec ses cinq candidatures jamais récompensées.

Dans le cadre de la course aux JO 2012, Madrid s’était retrouvée reléguée tout au long de la campagne au troisième rang, derrière les favorites d’alors, Paris pour la France et Londres pour le Royaume-Uni. Le jour de l’élection, cette troisième place avait été confirmée au troisième tour de scrutin, même si la capitale espagnole (31 voix) aurait pu damer le pion à sa concurrente française (33 voix).

Quelques années plus tard, le nombre de rivales était moindre pour 2016, mais la présence de Rio de Janeiro (Brésil) et la perspective pour le CIO de confier les Jeux pour la première fois de son histoire à un pays Sud-Américain a contribué à ce nouvel échec espagnol, sans compter le principe non-inscrit mais usuel qui prévalait à l’époque dans les arcanes olympiques : la rotation des continents. Si au premier tour de scrutin, Madrid était parvenue à prendre la tête avec 28 suffrages, contre 26 pour Rio, 22 pour Tokyo et seulement 18 pour Chicago, éliminée, le succès de la cité carioca s’était dessiné et renforcé dès le tour suivant au bénéfice d’un excellent report de voix, Rio prenant le leadership avec 46 voix contre 29 pour Madrid et 20 pour Tokyo. Avec une fois encore un excellent report de voix, Rio s’imposa dans le dernier tour par 66 voix contre 32.

Après ces deux échecs, l’espoir de rafler les Jeux fut porté sur l’échéance de 2020. Malgré un nombre encore plus restreint de prétendantes – trois seulement soit un niveau historiquement bas pour les Jeux d’été – Madrid ne pu véritablement rivaliser face à Tokyo, la favorite, et Istanbul, l’outsider. En dépit du soutien de la Famille Royale, Madrid fut alors battue au second tour, dans un tour intermédiaire après avoir été à égalité avec la ville turque. Celle-ci remporta le duel par 49 voix contre 45, avant d’être elle-même balayée par la capitale nippone sur un score net : 60 contre 36.

Pour une quatrième tentative, Madrid devra en tout cas retenir les leçons de ses échecs, s’assurer d’un soutien le plus large possible, tout en veillant par ailleurs à fonder son projet sur une planification urbaine réfléchie et sur une intégration des objectifs de l’Agenda 2020 et de la Nouvelle Norme du CIO pour des Jeux moins dispendieux et nécessitant un maximum d’infrastructures existantes ou temporaires.

Pour l’heure, le rêve olympique madrilène demeure évidemment une hypothèse sur laquelle le Maire José Luis Martínez-Almeida semble tout de même vouloir commencer à travailler.

Une chose est sûre, la route sera longue pour lever les obstacles et concevoir un projet viable et coordonné avec l’ensemble des parties.

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