Paris 2024 : La justice donne un coup d’arrêt au chantier du Village des Médias

Contesté depuis plusieurs mois et fragilisé durant la revue de projet du concept olympique et paralympique de Paris 2024, le Village des Médias a enregistré cette semaine un revers, avec une décision de justice ordonnant la suspension temporaire du chantier.

Visuel du secteur « Aire des Vents » (Crédits – Sogeprom / Demathieu & Bard Immobilier : Architectes coordonnateurs : Hardel Lebihan (A), MGAU (B-C) ; Architectes : Bourbouze Graindorge, Bathilde Millet, Bartolo Contré, ITAR, NRA ; Paysagistes : D’Ici Là, Sébastien SOSSON)

En annonçant la suspension d’une partie de l’autorisation environnementale délivrée en novembre 2020 par le Préfet de Seine-Saint-Denis pour l’aménagement de ce qui doit constituer le Village des Médias en 2024, la Cour Administrative d’Appel de Paris a porté un coup d’arrêt – temporaire – à l’un des chantiers majeurs de la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO).

Comme elle l’expose ainsi dans son ordonnance :

Il est enjoint à la SOLIDEO de donner instruction à ses co-contractants afin qu’ils cessent tous travaux.

Cette décision, faisant suite au dépôt d’un référé-suspension par la section locale du Mouvement National de Lutte pour l’Environnement (MNLE 93) et par le Collectif pour le Triangle de Gonesse qui voient dans ce projet, une illustration de l’artificialisation des sols et de la bétonisation des espaces naturels, intervient quelques mois après la sélection des opérateurs immobiliers chargés d’assurer la construction du Village.

Dans un communiqué publié ce mercredi soir, la SOLIDEO a précisé que la suspension des travaux concernait à la fois l’Aire des Vents et le Terrain des Essences, sans toutefois impacter les actions entreprises visant à améliorer les espaces végétalisés et à contribuer à la recolonisation du milieu naturel.

Comme l’indique la structure :

Nous prenons acte de l’ordonnance du juge des référés et arrêtons immédiatement nos travaux sur ces deux zones mais soulignons qu’il s’agit d’une décision provisoire et partielle.

Provisoire, car il ne s’agit pas d’une décision au fond, mais d’une décision prise en référé, en attendant les jugements au fond. Cette décision peut donc évoluer au regard de la transmission de nouvelles pièces.

Partielle, car elle considère de manière différenciée les multiples aspects du projet et les différents secteurs.

L’État et l’ensemble des parties prenantes vont répondre tant sur le plan juridique que sur le fond en apportant les précisions demandées par le juge des référés.

Visuel du futur Village des Médias et de l’Aire des Vents après les Jeux de 2024 (Crédits – Tu Verras / CD93)

Selon les prévisions de la SOLIDEO et des acteurs publics engagés dans l’aménagement de ce site de Seine-Saint-Denis, plusieurs centaines de logements doivent être bâtis d’ici l’été 2024, période à laquelle le nouvel écoquartier est appelé à héberger une partie des milliers de journalistes mobilisés dans le cadre des Jeux.

Cette phase de construction portant sur les lots A et D, ne se limite toutefois pas à l’édification de logements, mais également à l’installation de commerces et de services divers qui, après l’événement planétaire, sont destinés à agrémenter la vie d’un quartier pensé comme une « cité-jardin du XXIème siècle ».

Afin de limiter l’impact sur les finances publiques et dans l’optique de rester dans les objectifs calendaires fixés par Paris 2024, une deuxième phase d’aménagement doit par la suite être opérée avec, là-encore, plusieurs centaines de logements prévus sur les lots B et C.

In fine, en tenant compte des dernières évolutions chiffrées du dossier, l’écoquartier devrait s’établir sur plus de 95 000 m² de surface de plancher.

Dans le détail, le secteur de l’Aire des Vents devrait disposer à terme de 1 007 logements, dont 236 logements en résidence gérée, notamment pour les seniors et les personnes à mobilité réduite. Du côté du secteur Plateau, 515 logements sont aujourd’hui programmés, dont 395 logements familiaux. Des commerces, des restaurants et des services sont en outre annoncés, sans oublier un nouveau gymnase et un groupe scolaire composé de 12 à 16 classes.

En plus de ces aménagements, le chantier de l’écoquartier entre Dugny et Le Bourget doit par ailleurs se coupler à une requalification des différents espaces à proximité du Parc Georges Valbon, l’un des plus vastes de la région francilienne.

De fait, le projet du Village des Médias s’entend aussi par la dépollution du Terrain des Essences qui, après avoir été l’écrin temporaire des épreuves de tir sportif durant les JO 2024, sera pleinement intégré au Parc Georges Valbon qui dispose aujourd’hui de 415 hectares.

Dans un périmètre proche, un mur d’escalade pérenne doit également être édifié, dans l’optique des compétitions olympiques et dans un esprit d’héritage pour la population locale et les futurs habitants qui viendront s’installer sur le secteur.

Visuel du Terrain des Essences intégré au Parc Georges Valbon après les Jeux de 2024 (Crédits – Tu Verras / CD93)

Si le niveau de retard à prévoir en raison de cette suspension soudaine des travaux n’a pas encore été estimé par les acteurs de la préparation des Jeux, nul doute que le bras de fer n’en est qu’à ses prémices.

A l’instar du projet de centre aquatique au cœur du Fort d’Aubervilliers, le projet du Village des Médias est un cheval de bataille d’associations environnementales et de collectifs de riverains, qui entendent poursuivre leur action de contestation en sensibilisant l’opinion publique, via en particulier les réseaux sociaux.

Pour les organisateurs des Jeux de Paris 2024, le cas du Village des Médias représente une évidente épine, d’autant plus lorsque l’on sait qu’un tel site n’est pas un prérequis dans le cahier des charges fixé par le Comité International Olympique (CIO). Mais surtout, il ne faut pas négliger le fait que le projet a avant tout été porté par les élus locaux soucieux de fournir des logements supplémentaires à un territoire en constante mutation.

D’ores et déjà, la SOLIDEO compte sur la concertation pour convaincre l’opinion publique. Pour preuve, depuis la mi-mars et jusqu’au début du mois de mai 2021, des rendez-vous sont planifiés au travers de réunions ZOOM – contexte sanitaire oblige – pour présenter le Village des Médias et les usages prévus des futurs espaces publics.

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