D’ores et déjà assurée de décrocher l’organisation des Jeux d’hiver de 2034, Salt Lake City (Utah, États-Unis) a dévoilé ce lundi 10 juin 2024 ses projections financières, de même que son calendrier prévisionnel pour la tenue des épreuves olympiques et paralympiques.

De bout en bout, Salt Lake City aura été au rendez-vous du processus de sélection du Futur Hôte des Jeux d’hiver.
Engagée très tôt dans la bataille – avec une réflexion conduite depuis 2012 – et affichant une volonté farouche de faire revenir les Jeux sur son sol, après l’orchestration de l’événement hivernal en 2002, la capitale de l’Utah a multiplié les marques d’intérêt en justifiant, à chacune des étapes intermédiaires, du soutien élevé de l’opinion publique et de l’appui massif des autorités.
Surtout, Salt Lake City a réussi à construire un projet relativement compact fondé sur l’héritage des JO 2002, avec une réutilisation optimisée des sites existants et l’absence de nouvelle construction pérenne spécifique à la tenue d’une prochaine édition des Jeux.
Aussi, bien que Salt Lake City ait un temps misé sur l’échéance de 2030, la raison l’a finalement emporté.
Pas au regard des aménagements à consentir, mais davantage à l’aune des répercussions de la stratégie marketing potentiellement impactée par la proximité calendaire avec les Jeux d’été de Los Angeles 2028, ces derniers ayant l’ambition de générer la bagatelle de 5 milliards de dollars de revenus (4,64 milliards d’euros), soit 2,5 milliards (2,32 milliards d’euros) à destination du Comité d’Organisation et une même somme dans l’escarcelle du Comité Olympique et Paralympique des États-Unis (USOPC).
Aujourd’hui, la candidature américaine apparaît de facto comme un modèle dans la manière dont les artisans au projet ont su faire fructifier l’héritage de 2002, tout en écoutant les conseils et autres recommandations émanant du CIO, et plus particulièrement de la Commission de Futur Hôte.
D’ailleurs, alors que celle-ci doit rendre compte ce mercredi 12 juin 2024 des conclusions de son Rapport, la candidature de Salt Lake City a pris soin de dévoiler dès ce lundi un solide dossier faisant état des projections financières, à la fois au niveau des recettes que des dépenses, et présentant officiellement les dates avancées pour opérer la tenue effective des compétitions.

Au travers d’un document de 78 pages, SLC-Utah 2034 dévoile ainsi un budget global de l’ordre de 3,997 milliards de dollars (3,72 milliards d’euros), incluant 2,832 milliards au titre des dépenses opérationnelles (2,63 milliards d’euros).
Pour assurer la mise en œuvre de cette enveloppe, le dossier américain prévoit un financement entièrement privé, reposant sur la contribution du CIO (520 millions de dollars / 483 millions d’euros) à laquelle s’ajoute la participation du programme des Partenaires Olympiques Mondiaux (231 millions / 214,56 millions d’euros), sans oublier bien sûr les revenus de sponsoring issus du programme national ou domestique.
Pour ce dernier, SLC-Utah 2034 projette des partenariats à hauteur de 1,8 milliard de dollars (1,67 milliard d’euros). Un objectif ambitieux – supérieur à celui des Jeux d’été de Paris 2024 – mais dans la lignée de la stratégie adoptée par LA 2028.
A ces ressources majeures viennent également se greffer une billetterie et des services d’hospitalités évalués à 1,190 milliard de dollars (1,11 milliard d’euros), ainsi que des revenus de licences et merchandising de l’ordre de 200 millions de dollars (185,79 millions d’euros).
Le Comité de Candidature prévoit en outre des recettes annexes de 307,177 millions de dollars (285,36 millions d’euros) et une contingence – autrement dit un matelas de sécurité – de 250,6 millions de dollars (232,80 millions d’euros).
En ce qui concerne les dépenses opérationnelles, ces dernières – évaluées à l’aune des projections d’inflation à horizon 2034 – sont sensiblement similaires à celles engagées lors des JO 2002, alors même que l’événement comportait à l’époque 40% d’épreuves en moins que le programme actuel.
Pour les responsables de la candidature, ce chiffrage maîtrisé est évidemment consécutif à la réflexion menée ces dernières années pour un projet élaboré à l’échelle de l’Utah et des sites déjà utilisés en 2002 et qui demeurent, plus de vingt ans après, encore opérationnels. Il reflète aussi une adaptation de la vision des Jeux de 2034 en tenant compte des conséquences des crises actuelles.
Comme l’a ainsi affirmé Fraser Bullock, Directeur Général de la candidature et déjà présent en 2002 aux côtés d’un certain Mitt Romney alors à la tête du Comité d’Organisation :
La pierre angulaire de notre plan financier est que nous nous basons intégralement sur un budget de fonctionnement permis par des sources commerciales et privées, sans utilisation de l’argent des contribuables locaux et nationaux.
[…] Ce budget que nous présentons aujourd’hui est davantage que notre centième version. C’est comme cela pour tous les Jeux. Au fur et à mesure que les informations changent, le budget évolue.
Si les projections initiales ont certes été quelque peu rehaussées, Salt Lake City n’entend toutefois pas dépasser sans mesure ses estimations, consciente que des dépenses supplémentaires devraient immanquablement être compensées par des revenus complémentaires.
Avec la maîtrise orchestrée à ce stade, la candidature américaine estime en tout cas même possible de dégager un héritage tangible de 260 millions de dollars (241,53 millions d’euros) pour des programmes sportifs locaux. De quoi garantir une réutilisation continue des sites et la mise en place d’initiatives pour accroître la pratique sportive – notamment auprès des générations n’ayant pas connu les Jeux de 2002 – et la tenue d’événements majeurs comme Salt Lake City et l’Utah en ont déjà l’habitude.
Au-delà des projections financières, SLC-Utah 2034 a aussi dévoilé en ce début de semaine les dates prévisionnelles lors desquelles les épreuves olympiques et paralympiques devraient se dérouler.
De fait, en ce qui concerne le volet olympique, Salt Lake City prévoit la tenue des compétitions entre le 10 et le 26 février 2034. Pour ce qui est de la composante paralympique, les épreuves se tiendraient du 10 au 19 mars 2034.

Au moment où la Commission de Futur Hôte s’apprête à révéler son Rapport, force est de constater que Salt Lake City fait une fois de plus la démonstration de sa solidité et d’un degré de préparation des plus élevés.
Sur ces deux points cruciaux, le contraste apparaît plus saisissant que jamais avec le dossier des Alpes françaises quant à lui orienté pour les Jeux d’hiver de 2030.
Avant même le bouleversement politique et institutionnel survenu à la fin du week-end passé en France, la candidature tricolore restait ainsi dans l’attente de la garantie de l’État pourtant indispensable pour sécuriser le projet.
De plus, tandis que Salt Lake City dispose déjà de l’intégralité des sites sportifs – exception faite du dispositif temporaire planifié pour la Place des Médailles et les épreuves de Big Air à l’emplacement du Block 85 – la carte des JO 2030 demeure incertaine.
Le cas de l’intégration ou non de Val d’Isère en est une illustration majeure. Il ne faut pas oublier non plus les discussions à l’œuvre pour sécuriser un site destiné à accueillir les épreuves de patinage de vitesse, sans doute avec le concours d’un pays voisin. Le schéma des Cérémonies n’est pas non plus totalement fixé, bien que la clôture soit pour l’heure annoncée sur la Promenade des Anglais à Nice (Alpes-Maritimes).
De surcroît, aussi surprenant que cela puisse paraître en gardant à l’esprit les questions en suspens – et les coûts qui vont avec – la candidature française s’est récemment autorisée une révision à la baisse du budget d’organisation prévisionnel. Alors qu’il avait été évoqué à 1,975 milliard d’euros à l’occasion de la visite en France de la Commission de Futur Hôte en avril 2024, il est désormais chiffré aux alentours de 1,8 milliard d’euros.
Certainement insuffisant au regard des défis à surmonter dès cette année et jusqu’en 2030.
L’État en a conscience, ce qui explique le retard dans la fourniture de la garantie. Même en se montrant jusqu’à présent rassurant, le CIO a sans doute lui-aussi conscience que le principal challenge des Alpes françaises 2030 sera de limiter les dépenses au-delà de la promesse de candidature pour un projet à la forte empreinte politique installé sur deux entités régionales à l’expérience distincte, entre Auvergne-Rhône-Alpes auréolée de trois éditions des Jeux d’hiver – Chamonix 1924, Grenoble 1968, Albertville 1992 – et des équipements publics construits à chaque fois, et Provence-Alpes-Côte-d’Azur où des investissements potentiellement coûteux devront nécessairement être réalisés dans la perspective des JO 2030.
Selon toute vraisemblance, en l’absence de l’apport de ladite garantie de l’État avant la réunion de la Commission Exécutive du CIO lors de laquelle le Rapport de la Commission de Futur Hôte sera présenté, l’institution olympique devrait accorder un nouveau délai aux autorités françaises pour fournir le précieux document.
Il faut dire qu’à ce jour, le CIO ne dispose pas de marge de manœuvre et ce, après avoir pris la décision d’engager un dialogue ciblé avec les deux Futurs Hôtes précités. Sauf à envisager une hypothétique inversion du calendrier, avec Salt Lake City pour 2030 et les Alpes françaises pour 2034.
Cela aurait dès lors le mérite de confier les clés à un territoire d’ores et déjà prêt à accueillir une nouvelle fois l’événement olympique et paralympique, tout en permettant au projet français ficelé en l’espace de quelques mois au cours du deuxième semestre 2023 de répondre aux problématiques en suspens.
En savoir plus sur Sport & Société
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
