JO 2030 : La candidature espagnole dans l’impasse

Un mois après la relance officielle du projet olympique et paralympique de Pyrénées-Barcelone pour les Jeux d’hiver de 2030, la candidature semble déjà dans l’impasse, entre les critiques venues d’Aragon et les freins posés par la Maire de la cité catalane.

(Crédits – Services Municipaux de Barcelone)

Malgré le dépôt des lettres d’intention au Comité International Olympique (CIO) effectué peu avant l’ouverture des Jeux de Tokyo 2020 par Alejandro Blanco, Président du Comité Olympique Espagnol (COE), des tensions politiques sont apparues récemment, menaçant de facto le devenir de l’ambition espagnole pour les Jeux d’hiver de 2030.

Pour preuve, alors même qu’une entente transpartisane et associant l’ensemble des Collectivités intégrées au projet est une condition à la réussite de la candidature, la Maire de Barcelone a quelque peu bousculé le leadership incarné jusqu’à aujourd’hui par la Generalitat de Catalogne, autrement dit, le gouvernement régional.

Dans un propos retranscrit il y a peu par la presse espagnole, Ada Colau a ainsi fait savoir qu’elle exigerait un référendum local afin d’envisager une participation plus poussée de sa ville. Une manière certaine de peser face au Président de la Generalitat, Pere Aragonès (ERC, gauche indépendantiste) et de s’imposer comme une personnalité incontournable pour espérer raviver la flamme des Jeux dans la Ville Hôte des Jeux d’été 1992.

Comme l’a notamment affirmé l’élue de Barcelona en Común (gauche radicale et écologiste) en poste depuis 2015 et réélue en 2019 :

Évidemment, en tant que Maire, je prends pour acquis ou en tout cas, j’exigerai, que si une consultation est réalisée dans les Pyrénées et que l’on demande à Barcelone d’accompagner le projet en apposant le nom de la ville à la candidature, les citoyens de Barcelone soient également consultés.

Si le sujet référendaire est une préoccupation régulièrement portée par les élus locaux – ce fut dernièrement le cas pour 2022 avec Munich (Allemagne), Cracovie (Pologne), et le Canton des Grisons (Suisse), mais aussi pour 2024 avec Hambourg (Allemagne), ou encore pour 2026 avec Calgary (Canada), Sion (Suisse) et Innsbruck (Autriche) – avec une issue plus qu’incertaine, le positionnement passé de la Maire de Barcelone a de quoi inquiéter les partisans d’une candidature.

En effet, en juin 2015, à l’occasion de la première séance du Conseil Municipal nouvellement installé, Ada Colau n’avait pas hésité à balayer d’un revers de la main l’idée d’une candidature aux JO 2026, estimant alors qu’une telle entreprise n’était pas une priorité pour la ville.

En outre, leader de Barcelona en Común, Ada Colau pourrait aujourd’hui être tentée de rejoindre l’opposition exprimée récemment par ses collègues de Zaragoza en Común (gauche) et par les élus de Podemos (extrême-gauche), lors du vote d’une motion de soutien à la candidature par le Conseil Municipal de Saragosse (Aragon).

Au-delà de la Catalogne, le devenir de la candidature se joue d’ailleurs aussi du côté de l’Aragon.

En marge du dépôt des lettres d’intention auprès du CIO, le Président de cette Communauté autonome du Nord de l’Espagne, avait pointé les risques d’une prédominance – voire l’arrogance – de Barcelone sur le projet et sur l’intitulé de celui-ci.

Par la suite, des élus locaux ont eu l’occasion d’exprimer leur souhait d’un rééquilibrage des rôles, proposant notamment, au-delà de la cartographie des sites, que l’une des Cérémonies des Jeux puisse se tenir en terre aragonaise.

(Crédits – Pirineus-Barcelona)

Ces tensions – qui surfent sur les rivalités régionales et sans doute aussi sur les inimitiés de responsables politiques – ne font finalement qu’affaiblir les chances de succès de l’attelage pyrénéen, déjà impacté dans la quête des Jeux de 2022 par des considérations politiques et institutionnelles.

Dès la fin de l’année 2020, Juan Antonio Samaranch Jr, fils de l’ancien Président du CIO, et figure-clé du Mouvement Olympique en Espagne, avait sur ce point exprimé ses craintes.

Comme il l’avait alors déclaré, dans un propos digne d’une mise en garde :

Il est essentiel que pour que la candidature de Pyrénées-Barcelone puisse avoir lieu, il doit y avoir une entente parmi les administrations publiques.

S’il n’y a pas d’accord public fiable, solide et puissant – entre le gouvernement central, celui d’Aragon, de la Généralité de Catalogne, le Conseil Municipal, le Conseil Provincial – mieux vaut ne pas aller de l’avant.

Ce doit être le projet de tout le monde ou de personne ; un projet pour la jeunesse et pour la société accepté comme celui de Barcelone 1992. Sinon, cela ne vaut pas la peine de continuer.

Les semaines à venir seront, à n’en pas douter, déterminantes pour les suites à donner au projet espagnol et ce, alors que Sapporo (Japon) pourrait revenir sur le devant de la scène après le succès organisationnel des Jeux d’été de Tokyo 2020, et que Salt Lake City (États-Unis) continue de faire figure de grande favorite pour l’attribution prochaine des Jeux de 2030.

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