JO 2024 : Paris déroule le tapis rouge à la Commission d’évaluation

Ce samedi après-midi, les membres de la Commission d’évaluation aux JO 2024 seront accueillis – à leur retour de Los Angeles – par une délégation du Comité de Candidature de Paris 2024.

Après la « Cité des Anges », la Commission conduite par Patrick Baumann posera en effet ses valises dans la « Ville Lumière » jusqu’au 16 mai et ce, afin d’échanger avec la candidature française et d’inspecter les sites proposés par le projet tricolore.

Pour sa quatrième candidature en moins de trente ans, Paris entend surtout montrer au CIO qu’elle a compris ses erreurs passées et qu’elle a retenu les leçons de ses échecs (1992, 2008 et bien sûr 2012).

Dimanche 02 octobre 2016 devant la Tour Eiffel. De gauche à droite, Denis Masseglia, Président du Comité National Olympique et Sportif Français ; Guy Drut, membre du CIO pour la France ; Valérie Pécresse, Présidente de la Région Île-de-France ; Thomas Bach, Président du CIO ; Anne Hidalgo, Maire de Paris ; Bernard Lapasset et Tony Estanguet, coprésidents de Paris 2024 (Crédits – Philippe Millereau / KMSP / Paris 2024)

Un élément semble en tous cas l’emporter sur toute autre considération : le modèle de gouvernance. Si par le passé, le monde politique a sans cesse occupé les premiers postes, il n’en est pas de même aujourd’hui.

Le mouvement sportif occupe ainsi un rôle moteur, et le binôme à la tête de la candidature de Paris 2024 illustre d’ailleurs ce changement tactique et opérationnel.

Depuis juin 2015 et l’officialisation de la candidature, Bernard Lapasset, ancien Président de World Rugby et artisan de l’intégration du rugby à sept au programme olympique, et Tony Estanguet, membre du CIO pour la France et triple Champion Olympique de canoë-kayak, incarnent une gouvernance remodelée. Le premier parle aux institutionnels et aux responsables politiques, quant le second dialogue avec le monde sportif et les acteurs qui composent celui-ci.

Michaël Jérémiasz et Teddy Riner (Crédits – Paris 2024)

Si le monde politique a longtemps été la figure de proue des candidatures françaises, il est à présent relégué à l’arrière de la machine olympique. Cependant, cette relégation n’est pas pour autant synonyme d’absence dans l’aspect décisionnel de la candidature et dans la représentation nationale et internationale de cette dernière.

Au contraire, les leaders politiques locaux, départementaux et nationaux ont réussi à unir leur force respective pour parler d’une seule et même voix et défendre ainsi le projet de Paris 2024.

Au-delà des considérations politiques et de leurs divergences, Anne Hidalgo, Maire de Paris, et Valérie Pécresse, Présidente de la Région Île-de-France, ont notamment fait un déplacement commun au Japon en février 2016. Les deux femmes politiques emblématiques du territoire francilien ont aussi fait le voyage jusqu’au Brésil pour là-encore défendre et porter la parole de Paris 2024 à l’occasion des Jeux de Rio 2016.

A l’échelle nationale, la passation de pouvoirs entre le Président de la République, François Hollande, et son successeur, Emmanuel Macron, n’aura aucune incidence quant au soutien de l’État vis-à-vis du projet olympique et paralympique.

Le nouveau Chef de l’État, qui entrera en fonction ce dimanche 14 mai, a d’ailleurs téléphoné au Président du CIO, Thomas Bach, avant de recevoir en fin de week-end, les membres de la Commission d’évaluation.

Comme son futur prédécesseur, Emmanuel Macron sera un acteur-clé du dispositif de Paris 2024, en particulier dans l’optique d’un déplacement présidentiel jusqu’à Lima (Pérou) pour épauler jusqu’au bout la candidature française en septembre prochain.

(Crédits – Paris 2024)

Reconnue comme un atout du projet par les autorités olympiques, l’unité politique se mesure également au regard des garanties apportées par chacune des parties prenantes à Paris 2024.

De fait, l’État apportera plus d’un milliard d’euros, la Région Île-de-France, 209 millions d’euros, et la Ville de Paris, pas moins de 145 millions d’euros. En outre, les collectivités associées comme le Département de la Seine-Saint-Denis, mais aussi les villes proposées pour la voile et le tournoi de football ont elles-aussi formulé des garanties financières qui permettent d’ores et déjà de planifier les quelques investissements à effectuer.

Pour boucler la partie budgétaire, Paris 2024 n’a pas fait le choix d’un financement majoritairement public – comme ce fut le choix de Budapest (Hongrie) lorsque celle-ci était encore en lice -, ni même d’un investissement reposant sur le secteur privé à l’instar de Los Angeles 2024.

Un modèle hybride a été choisi par les porteurs de l’ambition olympique et paralympique française.

Dès lors, si le secteur public mobilisera plus de 1,554 milliard d’euros, le secteur privé sera mis à contribution à hauteur de 2,757 milliards d’euros. Quant au reste de l’apport nécessaire à la tenue des Jeux, il proviendra de la contribution du CIO et des revenus issus du programme des sponsors et de la billetterie.

Ce modèle de gouvernance devrait être mentionné au cours des échanges entre le Comité de Candidature et la Commission d’évaluation.

Comme à Los Angeles, ladite Commission sera soucieuse d’écouter l’argumentaire de Paris sur ce point crucial du financement des Jeux et ce, afin de proposer au CIO le partenaire idéal avec lequel il pourra travailler durant les sept prochaines années.

Visuel des toits du Village des Athlètes (Crédits – Paris 2024)

Le financement des Jeux ne sera toutefois pas la seule problématique à être évoquée au cours des échanges à venir. L’emplacement des sites occupera ainsi une place particulière, de même que les engagements de Paris 2024 sur le plan environnemental et des transports.

Si des distinctions ont pu être constatées entre Los Angeles et Paris dans le cadre de récentes études – sur la congestion dans les villes et sur la qualité de vie notamment – la Commission d’évaluation devrait sans nul doute rester dans une position de neutralité absolue avec un langage diplomatique soutenu devant les représentants de la presse.

Pour Paris, le leitmotiv sera de convaincre que son projet répond aux objectifs de l’Agenda 2020 sur le plan de la durabilité.

Avec un projet basé sur un maillage territorial élevé dans le domaine des transports – les spectateurs seront par exemple à 400 mètres au maximum d’une station de métro – Paris veut faire la démonstration que ses équipements existants et que le plan d’investissement dans le cadre du Grand Paris Express, et dont une partie pourra être utilisée à l’échéance 2024, seront en mesure d’assurer le déplacement optimal des spectateurs et des compétiteurs.

Au-delà du Grand Paris Express, le projet tant attendu de liaison CDG Express entre Paris et l’aéroport international Roissy-Charles de Gaulle devrait aussi être mentionné.

Le domaine des transports sera en tous cas intrinsèquement lié à celui du logement.

Dans un souci de confort, et à l’inverse de Los Angeles, les athlètes ne seront pas hébergés dans un campus existant. Ils seront en effet logés dans un Village Olympique et Paralympique flambant neuf situé sur les rives de la Seine, dans le secteur de Pleyel-L’Île-Saint-Denis.

Véritable écoquartier – qui viendra s’ajouter à l’actuel quartier en développement et qui générera plusieurs milliers de logements post-olympiques – cet ensemble immobilier offrira des prestations dédiées à l’entraînement et à la détente des athlètes. Concernant la restauration, Paris 2024 mise sur un lieu emblématique pour abriter le restaurant principal des Jeux ; la Cité du Cinéma.

Cette dernière, existante et implantée au cœur du futur ensemble architectural, sera à n’en pas douter un lieu de rendez-vous et de convivialité de tout premier plan dans le cas où Paris serait retenue en qualité de Ville Hôte des Jeux.

Visuel de la Cité du Cinéma reconfigurée en restaurant lors des Jeux Olympiques et Paralympiques (Crédits – Paris 2024)

Pour convaincre la Commission d’évaluation et par extension les membres électeurs du CIO en septembre 2017, la candidature de Paris 2024 devra également apporter des gages concernant l’engouement populaire autour du projet.

Les derniers sondages commandés par la candidature elle-même ou réalisés à l’initiative d’instituts démontrent pour l’heure une franche adhésion de la population locale, régionale et nationale, même si le niveau global reste inférieur à celui qui prévalait dans le cadre de la candidature de Paris 2012.

Dans la concurrence que se livre Los Angeles et Paris, les chiffres tournent par ailleurs à l’avantage de la première (88% de soutien), même si celle-ci n’a pas donné d’éléments supplémentaires – et donc comparatifs – depuis février 2016.

Pour consolider ses bases, voire pour accroître le soutien existant, Paris 2024 mise sur les réseaux sociaux bien sûr, mais aussi sur les supports de communication plus classiques.

A l’approche de la venue de la Commission d’évaluation, les bus – gérés par la RATP, Partenaire Officiel de Paris 2024 – ont par exemple été recouverts du logo de la candidature, de même que les espaces publicitaires JC Decaux ou les sièges sociaux des soutiens de Paris 2024, comme celui d’AccorHotels.

Il en est de même autour des sites proposés par Paris 2024 pour accueillir les JO d’été, avec le déploiement massif de banderoles et de murs temporaires avec le slogan « Venez Partager » comme sur l’esplanade du Trocadéro face à la Tour Eiffel.

Un autre monument majeur de Paris a été mobilisé aux couleurs de la candidature. La Tour Montparnasse – avec ses 209 mètres – affiche ainsi son soutien à Paris 2024 avec la réalisation d’un logo géant sur sa façade.

(Crédits – Sport & Société)

Pour son projet, Paris 2024 mise sur l’héritage – avec des sites historiques de renommée mondiale – et sur l’ouverture en direction du Grand Paris, avec en particulier la Seine-Saint-Denis où sont prévus plusieurs équipements structurants, dont le Village des Athlètes, le Village des Médias et le Centre Aquatique.

Sur ce dernier site sportif, l’engagement de Paris 2024 et de ses partenaires devra cette fois-ci être tenu.

En effet, trois projets successifs ont été élaborés au cours des trois dernières candidatures, sans pour autant voir le jour une fois l’échec des candidatures passé. Dès lors, il apparaît nécessaire aujourd’hui de concrétiser l’aménagement d’un équipement aquatique qui profitera à la population locale – notamment aux scolaires – et qui sera en capacité d’accueillir des événements majeurs, à l’image du Centre Aquatique des Jeux de Londres 2012.

Visuel du Centre Aquatique (Crédits – Paris 2024 / Populous / Luxigon)

Sur le volet historique, la Tour Eiffel sera bien sûr l’une des pièces maitresses d’une organisation des Jeux en France, de même que le Grand Palais, l’avenue des Champs-Élysées, l’Esplanade des Invalides, ou encore le Parc du Château de Versailles.

Mais si le choix des sites reflète une vraie volonté d’associer passé, présent et avenir du territoire francilien, les porteurs de Paris 2024 tant sportifs qu’institutionnels ont aussi et surtout voulu mettre en place un plan compact.

Au cours des deux dernières années, quelques évolutions ont été apportées au projet initial, notamment avec l’installation du tournoi de boxe au sein du stade de Roland Garros.

Cette différence notable avec la candidature de Los Angeles – qui dispose de quatre pôles sportifs et de sites connexes – se retrouve également dans le souhait de Paris 2024 d’associer les sites des compétitions à des lieux de célébration.

Ainsi, comme le rappelait cette semaine Thierry Rey, Conseiller Spécial de Paris 2024, dans le cadre d’une interview pour « Sport & Société », « pour les Jeux, Paris se mettra à la dimension d’un Parc Olympique ».

De fait, des live sites seront implantés à divers endroits de la capitale et de sa périphérie, et des lieux de rassemblement seront aussi installés le long de la Seine et de ses canaux afin de donner une dimension métropolitaine à la célébration des JO.

(Crédits – Paris 2024)

Il n’est donc pas anodin de constater dès aujourd’hui les efforts réalisés par la Ville de Paris pour aménager les Berges de la Seine – devenues depuis fin avril, le Parc Rives de Seine – avec des espaces de détente, de loisirs et d’initiation à la pratique sportive.

Ces efforts d’aménagements urbains se retrouvent aussi dans le plan adopté par la Municipalité en 2016 et qui vise à doter Paris de divers services à l’horizon 2024, comme par exemple un tram-bus qui relierait l’Est à l’Ouest le long des quais hauts rive droite. Une manière d’équiper la capitale d’un nouveau mode de transport – écologique – mais surtout de symboliser le lien qui relie quelques sites proposés par Paris 2024, comme l’AccorHotels Arena (et la future Bercy Arena II), le Grand Palais, les Invalides, etc…

Outre les équipements et installations pérennes qui émergeront dans la dynamique des Jeux, Paris et la France dans son ensemble pourraient bénéficier de l’événement dans d’autres secteurs, comme dans l’éducation.

Dès cette année, la Semaine de l’Olympisme a ainsi été actée et des initiatives ont d’ores et déjà permis de sensibiliser plus d’un million d’élèves à travers l’Hexagone.

Dans la lignée de cet engagement de la candidature de poser les bases d’un héritage immatériel bien avant l’année 2024, l’État a aussi acté un vaste plan à destination de la population, tout comme la Ville de Paris avec le Département de la Seine-Saint-Denis.

Comme Los Angeles, Paris a pu – durant sa campagne – compter sur l’apport d’une étude relative à l’impact économique des JO 2024 sur le territoire, une étude réalisée par le Centre de Droit et d’Économie du Sport (CDES) de Limoges. Comme pour Los Angeles cependant, les chiffres avancés jusqu’à présent – 10,7 milliards d’euros de retombées économiques pour l’Île-de-France et 247 000 emplois – doivent être considérés à l’aune de la situation économique que l’on connaît et ne doivent pas être perçus comme une garantie absolue.

Dès l’été 2017, le Bassin de La Villette sera partiellement autorisé à la baignade (Crédits – Paris 2024)

En résumé, les jours qui viennent seront déterminants pour Paris 2024.

La candidature française devra faire la démonstration d’un projet planifié et qui a retenu les échecs du passé. L’un des écueils à éviter sera celui de l’arrogance. Un trop-plein de confiance pourrait en effet être assimilé à de l’arrogance, un élément qui a perturbé les précédents projets tricolores dans leur dernière ligne droite.

Si Los Angeles peut encore aujourd’hui bénéficier de l’aura des Jeux de 1984, Paris ne peut pas s’appuyer sur une expérience olympique récente. Néanmoins, la « Ville Lumière » ne manquera pas de rappeler l’organisation de compétitions internationales d’envergure au cours des dernières années et des événements d’ores et déjà prévus d’ici 2024.

Le contexte de la sécurité et celui des mouvements sociaux – deux éléments qui peuvent être considérés comme des points faibles pour Paris – seront aussi étudiés et analysés par la Commission d’évaluation.

Patrick Baumann à la tribune de la Session du CIO, le 05 octobre 2009 à Copenhague (Crédits – CIO / A.MEylan)

A Paris 2024 d’apporter les garanties et les assurances d’une organisation sans faille.

A compter du 16 mai, la Commission d’évaluation aura les cartes en mains pour rédiger son rapport qui sera rendu public le 05 juillet. Quelques jours plus tard, Los Angeles et Paris se retrouveront à Lausanne (Suisse) pour un avant-dernier grand oral avant l’ultime rendez-vous de Lima, le 13 septembre 2017.

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