Alors que le Maire de Londres plaide depuis plusieurs années pour une nouvelle candidature de la capitale britannique après le succès des Jeux de 2012, le rêve olympique et paralympique semble aujourd’hui gagner d’autres territoires du Royaume-Uni, avec désormais une réflexion autour d’un projet porté conjointement par Manchester et Liverpool.

Bien que la course aux Jeux soit pour l’heure officiellement mise en suspens par le Comité International Olympique (CIO) qui a engagé cette année une réflexion quant au processus de sélection des Futurs Hôtes, cela n’empêche pas les prétendants à l’organisation d’une future édition estivale de se faire entendre.
Ces dernières semaines, le Qatar a ainsi réitéré son ambition de devenir le premier pays du Moyen-Orient à orchestrer les Jeux, tandis que la Corée du Sud a récemment esquissé les contours d’un concept géographique alliant la Province du Jeollabuk-do à Séoul et que l’Afrique du Sud a repris le chemin vers une candidature pour 2036 ou 2040.
L’Allemagne n’est pas en reste, le pays conduisant en interne une sélection entre quatre postulantes de choix que sont Berlin, Munich, Hambourg, et la Région Métropolitaine Rhin-Ruhr et ce, en vue de candidater à l’accueil d’une édition des Jeux comprise entre 2036 et 2044.
D’autres territoires à travers le monde ont également fait part d’un vif intérêt pour l’événement planétaire au cours des années passées, de l’Inde au Chili, en passant par l’Égypte, la Hongrie, ou encore la Pologne.
Au Royaume-Uni, le désir des Jeux demeure aussi, près de treize ans après l’accueil des JO 2012 qui permirent à Londres de devenir la première ville au monde auréolée à trois reprises des anneaux olympiques après avoir abrité la manifestation sportive en 1908 et 1948.
Une prouesse désormais égalée par Paris (1900, 1924 et 2024) et prochainement par Los Angeles (1932, 1984 et 2028), mais que Londres pourrait bien tenter de rehausser dans les années qui viennent.

De fait, le Maire de la capitale britannique a multiplié les déclarations quant à son envie de refaire de sa ville une cité olympique et paralympique, ce qui positionnerait Londres seule en tête au palmarès des Jeux.
Dès le mois de mai 2021, alors candidat à sa réélection, Sadiq Khan avait avancé l’idée d’explorer la possibilité d’une candidature en ciblant plus particulièrement les échéances de 2036 ou de 2040, soucieux d’insuffler un nouvel élan pour Londres après la pandémie mondiale de Covid-19.
Un an plus tard, l’édile londonien avait à nouveau évoqué la perspective d’une nouvelle candidature aux Jeux, allant jusqu’à réaffirmer sa promesse de mettre en œuvre « les Jeux les plus verts de tous les temps ».
En 2024 encore, Sadiq Khan avait une fois de plus profité de la campagne électorale pour sa propre succession pour reprendre l’idée d’un projet olympique et paralympique, inscrivant même cette entreprise au sein de son Manifeste.
Plus tôt cette année, le Maire de Londres a réitéré sa proposition, incluant celle-ci dans un dessein plus grand visant à renforcer la place de la capitale britannique parmi les acteurs de la scène sportive internationale.
Mais cet appétit non dissimulé ne doit pas masquer pour autant la possible concurrence qui pourrait in fine se faire jour à travers le Royaume-Uni.
A ce sujet, la perspective d’une candidature multi-villes a été évoquée à l’été 2022, soit dix ans tout juste après les Jeux de Londres 2012, et, forte de la réussite des Jeux du Commonwealth la même année, Birmingham s’est remise à rêver en grand des Jeux, elle qui fut en lice pour l’édition 1992.
Depuis près de trois ans néanmoins, la contestation du leadership londonien s’est pourtant faite discrète. Réalité ou stratégie bien huilée de la part des territoires britanniques désireux de s’inscrire eux-aussi au Panthéon des Jeux ? Seul l’avenir le dira.
Car aujourd’hui, un nouvel élan semble se lever depuis le Nord du pays.

Ainsi, une candidature conjointe de Manchester et de Liverpool pourrait prochainement se matérialiser dans l’optique des JO 2040 et ce, afin de réduire la fracture entre le Nord et le Sud du Royaume-Uni, avec un projet qui permettrait de rééquilibrer les investissements entre les territoires.
Si cette approche a été suggérée par l’Institut Heseltine – un Centre de recherche en politiques publiques – avec à la manœuvre, Liam Fogarty, ancien candidat aux élections municipales à Liverpool, le Maire du Grand Manchester a fait part de son enthousiasme lors d’une interview accordée à l’antenne régionale de la « BBC ».
Ainsi que l’a reconnu Andy Burnham à la tête du Comté du Grand Manchester :
Il suffit de regarder nos installations pour constater qu’elles sont sans égales dans tout le Nord-Ouest.
Si le gouvernement veut vraiment rééquilibrer le pays, c’est peut-être la solution.
Je suis partant.
Pour sa part, le leader du Conseil Municipal de Liverpool a également jugé l’idée pertinente, rappelant de surcroît les projecteurs braqués sur la ville qui, après avoir notamment été Capitale Européenne de la Culture en 2008, a organisé le Concours Eurovision de la Chanson en mai 2023.
Comme l’a de fait affirmé Liam Robinson :
[L’idée est] passionnante. […] Liverpool est au sommet de sa forme sur la scène internationale.
Par le passé, des deux villes distantes d’une cinquantaine de kilomètres, seule Manchester a déjà eu une expérience de candidate aux Jeux.
Par deux fois, la ville tenta en effet d’obtenir l’organisation du plus grand événement au monde, avec une première candidature déployée pour les Jeux du Centenaire de 1996, puis une seconde présentée pour les Jeux de l’an 2000.
Quatre ans après l’échec de Birmingham, le 17 octobre 1986, dans la course aux JO 1992 finalement attribués à Barcelone (Espagne), Manchester se retrouva en concurrence avec Atlanta (États-Unis), Athènes (Grèce), Belgrade (Serbie), Melbourne (Australie), et Toronto (Canada).
Lors du scrutin alors opéré dans le cadre de la 96ème Session du CIO réunie à Tokyo (Japon) le 18 septembre 1990, le projet britannique fut toutefois distancé dès le premier tour, Manchester n’obtenant ainsi que 11 suffrages, contre 23 pour Athènes, 19 pour Atlanta, 14 pour Toronto, et 12 pour Melbourne, seule Belgrade faisant moins bien, avec seulement 7 voix.
Manchester fut ensuite sortie au second tour, avec un faible total de 5 suffrages, tandis que la capitale grecque poursuivit son parcours avec toujours 23 voix, contre 21 pour la prétendante australienne, 20 pour la candidate américaine et 17 pour la rivale canadienne.
La victoire d’Atlanta se dessina finalement à partir du quatrième et avant dernier tour de scrutin, la ville obtenant alors 34 voix pour passer devant Athènes (30) et Toronto (22), avant de remporter la mise face à la représente grecque au cinquième tour par 51 voix contre 35.
Trois ans après cette déconvenue, Manchester retenta sa chance face à de nouvelles concurrentes que furent Berlin (Allemagne), Istanbul (Turquie), Pékin (Chine) et Sydney (Australie), sachant que deux autres postulantes renoncèrent finalement à concourir (Milan, Italie, en mars 1993 ; et Brasilia, Brésil, au mois d’août).
Mais comme en 1990, Manchester dû se résoudre à jouer les seconds rôles dans une course incertaine jusqu’au bout en ce 23 septembre 1993.
De fait, après avoir décroché 11 voix au premier tour, la candidate britannique parvint à accéder au second tour ; Istanbul sortant de la course avec 7 voix, Berlin n’obtenant pour sa part que 9 suffrages, contre 32 pour Pékin et 30 pour Sydney.
Au second tour, la capitale chinoise renforça son avance, avec 37 suffrages, contre 30 pour sa rivale australienne et 13 pour sa poursuivante britannique, tandis que Berlin fut éliminée avec toujours 9 petites voix.
Le troisième tour de scrutin se fit ensuite au détriment de Manchester qui, avec 11 suffrages, fut écartée de la course, laissant en tête les candidatures de Pékin (40 voix) et de Sydney (37).
In fine, la 101ème Session du CIO réunie à Monaco consacra au quatrième et ultime tour de vote la candidate australienne par 45 suffrages contre 43 pour Pékin qui se rattrapera quelques années plus tard en décrochant l’organisation des JO 2008.

Bien que la réflexion soit pour l’heure au stade des balbutiements, la perspective de voir se réunir la troisième et la sixième ville du Royaume-Uni pour concevoir un projet olympique et paralympique en capacité de rivaliser avec les candidatures déjà en lice à l’échelle planétaire montre en tout cas un certain intérêt pour l’accueil des Jeux.
Certes, pour l’une comme pour l’autre, cette entreprise constituerait un défi sans précédent, mais avec l’espoir derrière de créer les conditions d’un nouveau dynamisme, grâce à des investissements massifs dans les infrastructures et les transports, mais encore un afflux conséquent de touristes étrangers, avant, pendant et après le rendez-vous olympique et paralympique.
Même sans succès devant les membres du CIO, une possible candidature aurait sans doute le mérite de susciter un engouement pour ces deux villes, dans et en dehors du Royaume-Uni.
La proposition à présent sur la table, reste à savoir quels seront les futurs développements du côté de Manchester comme de Liverpool.
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