Paris 2024 : La promesse d’un héritage aquatique pour la Seine-Saint-Denis

La revue de projet de Paris 2024 devrait aboutir à quelques bouleversements concernant la cartographie générale des Jeux. Tandis que le départ des épreuves de natation jusqu’alors prévues à Saint-Denis est envisagé, il convient aujourd’hui d’aborder la problématique – parfois complexe – relative à l’héritage aquatique des JO 2024.

Visuel du Centre Aquatique Olympique en configuration Héritage (Crédits – Architectes: VenhoevenCS + Ateliers 2/3/4/ Image: Proloog)

Lorsque Paris présente officiellement sa candidature pour l’organisation des Jeux d’été de 2024, en juin 2015, le monde de la natation reprend confiance quant à l’aménagement d’un Centre Aquatique Olympique pouvant répondre aux standards internationaux.

En effet, depuis 1924 et l’édification de la Piscine des Tourelles – devenue aujourd’hui la Piscine Georges Vallerey (20e arrondissement)aucune structure de grande capacité dédiée à la natation n’a été construite dans l’Hexagone. Pire, dans ce sport, aucune compétition d’envergure mondiale n’a été organisée sur le sol tricolore depuis la 18e édition des Championnats d’Europe qui s’était tenue près de Strasbourg en 1987.

Aussi, avec la promesse d’un projet olympique renaît à partir de 2015 l’espoir de pouvoir enfin doter la natation française d’une installation qu’elle mérite et ce, même si les performances dans les bassins ne sont plus aussi flamboyantes qu’il y a quelques années. Néanmoins, la concrétisation d’une promesse formulée au cours des précédentes candidatures françaises, était loin d’être une évidence comme en témoigne le propos du Comité Français du Sport International (CFSI) dans le cadre de son étude d’opportunité, présentée à l’Hôtel de Ville de Paris et au Ministère en février 2015.

Évoquant le « cas particulier du centre aquatique », l’étude en question mentionnait alors que :

Les besoins existants ainsi que les engagements passés, notamment dans le cadre de Paris 2012, plaident fortement pour la réalisation d’un centre aquatique pérenne à l’occasion des Jeux de 2024.

Afin de tirer le meilleur parti des investissements nécessaires pour les Jeux – le coût de création des bassins et des installations de traitement d’eau associées étant quasiment identique pour une installation temporaire ou pérenne – il est envisagé de répartir les épreuves aquatiques sur deux équipements distincts : un pour le water-polo et un centre aquatique principal pour la natation, le plongeon et la natation synchronisée. Un tel concept permettrait, en effet, de maximiser l’héritage olympique avec un plus grand nombre de bassins pérennes car répartis sur deux territoires.

Comme à Londres ou Sydney, l’idée serait de redescendre significativement la capacité spectateurs de la piscine principale afin de limiter les coûts d’exploitation tout en maintenant un équipement pérenne permettant l’accueil de compétitions de référence.

Visuel du premier projet de Centre Aquatique Olympique à Saint-Denis (Crédits – Paris 2024 / Populous / Luxigon)

Par la suite, dans le premier volet de son dossier de candidature, Paris 2024 proposa l’établissement d’un Centre Aquatique Olympique d’une jauge de 15 000 places, redimensionnable à l’issue des Jeux pour maintenir 2 500 sièges pérennes. Dans le cadre du deuxième volet de ce même dossier, la capacité prévue pour les Jeux fut légèrement rehaussée à 17 000 places avec toujours l’objectif de réduire la jauge en configuration Héritage.

Seul équipement à construire spécifiquement dans l’optique des compétitions de 2024, ce site fut proposé pour recevoir les épreuves de natation, de natation synchronisée et de plongeon, moyennant un investissement public de 123,12 millions de dollars (valeur 2016). Afin de compléter l’offre aquatique des Jeux, Paris 2024 fit en parallèle mention d’un projet de rénovation pour la Piscine de Marville, dans le Parc de La Courneuve, pour accueillir le tournoi de water-polo (28,5 millions de dollars).

Mais si l’ordonnancement du dispositif semblait parfaitement calibré avec, pour la première structure, l’établissement de deux bassins de 50 mètres, l’attribution des Jeux le 13 septembre 2017, la signature d’un Protocole de cofinancement de l’événement entre les acteurs institutionnels et l’engagement des premiers préparatifs ont toutefois conduit à un réexamen du projet, avec l’objectif – déjà – de réduire les coûts prévisionnels.

In fine, la Métropole du Grand Paris (MGP), en qualité de maître d’œuvre, tabla sur un chantier à 111,2 millions d’euros, soit 90 millions d’euros environ pour la structure du Centre Aquatique Olympique et 21,2 millions pour l’édification d’une passerelle pour rejoindre le Stade de France limitrophe.

Aussi, afin de rentrer dans ce schéma budgétaire, le concept fut repensé autour d’un site d’une capacité de 5 000 places – moitié moins après les Jeux – doté de deux bassins pour le tournoi de water-polo (50×25 mètres) et pour les épreuves de plongeon (26×25 mètres).

A côté de ce site à vocation pérenne incluant le water-polo enlevé à la Piscine de Marville rétrogradé comme site d’entraînement, le Comité d’Organisation des Jeux (COJO) proposa l’aménagement d’un Stade Aquatique Olympique (15 000 places) temporaire destiné aux épreuves de natation et de natation synchronisée. Le démontage post-JO aurait dès lors permis la réutilisation des bassins utilisés durant les compétitions dans des villes de Seine-Saint-Denis, justifiant ainsi la promesse sociale de la candidature pour un département où 50% des enfants en classe de 6ème ne savent pas nager.

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Concernant le Centre Aquatique Olympique, après un report de la décision de la MGP pour l’attribution du marché en décembre 2019, l’entreprise Bouygues Bâtiment Île-de-France a finalement été choisie en avril dernier pour bâtir cette infrastructure pérenne.

Dans le détail, le projet prévoit l’aménagement d’un bassin modulable autour duquel pourront être installées quelques 6 000 places durant les Jeux et 2 500 en configuration Héritage.

Sur le plan du financement du chantier, la MGP table aujourd’hui sur un investissement global de 174,7 millions d’euros avec une contribution de la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO) à hauteur de 154,7 millions d’euros au sein de laquelle l’État et les Collectivités Territoriales associées abonderont chacun pour moitié.

En ce qui concerne en revanche le projet de Stade Aquatique Olympique, le coût potentiel – au moins 100 millions d’euros – conjugué aux contraintes actuelles liées aux répercussions de la crise du Covid-19 et, derrière, à la recherche de marges de manœuvre financières, laissent à penser que le COJO abandonnera l’idée d’une telle structure au profit d’un site existant à configurer spécifiquement pour les Jeux.

Vue de la façade de la Paris La Défense Arena depuis le parvis de l’enceinte (Crédits – Paris La Défense Arena)

La semaine dernière, le quotidien « Le Parisien » s’est ainsi fait l’écho du projet de déménager les épreuves de natation en direction de Paris La Défense Aréna à Nanterre (Hauts-de-Seine) jusqu’alors prévue pour recevoir la gymnastique.

Dès le printemps 2015, Jacky Lorenzetti, Président du club de rugby du Racing 92 et instigateur du projet de grande aréna, avait formulé l’idée d’accueillir la natation. Comme il l’avait expliqué à l’époque :

Lorsque l’on organise des Jeux Olympiques, cela coûte cher. Et le poste financier le plus important est la piscine.

Nous avons la possibilité d’accueillir une piscine pour toutes les épreuves, sauf le plongeon pour une question de profondeur.

Moins onéreuse qu’un site temporaire à bâtir de A à Z, cette option pourrait prendre la forme d’un aménagement similaire à ce qui fut réalisé lors de plusieurs compétitions internationales organisées au cours des dernières années.

De fait, à l’instar des Championnats d’Europe 2012 organisés au Vélodrome de Berlin (Allemagne), mais aussi des Mondiaux 2013 qui ont eu lieu au Palau Sant Jordi de Barcelone (Espagne) et de ceux de 2015 qui se sont tenus dans l’Arena Stadium de Kazan (Russie), les organisateurs des Jeux de 2024 – épaulés par la Fédération Internationale de Natation (FINA) – pourraient bien installer un bassin en kit au sein de l’aréna habituellement utilisée par le club de rugby francilien du Racing 92 et lors d’événements culturels.

Pour les Mondiaux 2013, la Ville de Barcelone avait à l’époque injecté 25 millions d’euros pour une mise à niveau du Palau Sant Jordi hérité des JO 1992, tandis que pour l’édition suivante, un budget de 50 millions d’euros fut mobilisé par les organisateurs russes pour concevoir la structure principale destinée à la natation avec, en outre, le montage de gradins d’une capacité de 11 000 à 15 000 places.

Comme pour les exemples précités – et bien que des aménagements spécifiques aux Jeux soient nécessaires – l’engagement financier pourrait être limité pour le projet de Paris 2024.

L’existence de l’infrastructure offre en effet un cadre adéquat au sein duquel pourra venir s’insérer le bassin des compétitions (50 mètres). En outre, compte-tenu de la modularité de l’enceinte, un bassin d’échauffement pourrait aussi prendre place sans pour autant altérer le potentiel de la jauge compris, pour pareil événement, entre 15 000 et 20 000 places.

Après les Jeux – si cette option de bassins en kit venait bien sûr à être retenue par les organisateurs dans le cadre de leur revue de projet dont les conclusions sont attendues d’ici l’automne -, il serait possible d’envisager un remontage des bassins dans des villes de Seine-Saint-Denis pour garantir et renforcer l’effort en matière d’héritage aquatique.

Afin de répondre aux besoins des athlètes au moment des Jeux, des sites d’entraînement ont en effet été identifiés avec, à la clé, la construction de quatre nouvelles piscines d’envergure intercommunale et la rénovation prévue d’un cinquième équipement du genre.

Pour épauler les acteurs engagés dans l’aménagement de ces structures – il convient d’ajouter à celles-ci le centre aquatique existant de Noisy-Le-Sec – la SOLIDEO a prévu un engagement financier conséquent de 27 millions d’euros, dont 10 millions pour le seul site du Fort d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) et 2 millions pour la structure existante de Colombes (Hauts-de-Seine).

Les trois autres sites présentés ci-dessous recevront pour leur part une contribution de 5 millions d’euros chacun.

Visuel de l’extérieur du futur centre aquatique d’Aulnay-sous-Bois (Crédits – Chabanne & Partenaires)

A Aulnay-sous-Bois, le chantier d’aménagement a débuté courant 2018 et devrait s’achever d’ici la fin de l’année 2020. D’un coût estimé à 35,8 millions d’euros, ce chantier doit permettre l’édification d’un bassin olympique intérieur de 50 mètres par 21 qui servira de site d’entraînement pour 2024.

Surplombé de gradins d’une capacité de 300 places, cet équipement sera complété par une fosse à plongeon, un bassin de loisirs de 300 m², mais encore de deux bassins extérieurs – un bassin ludique estival et un bassin nordique de 25 mètres par 15 – sans compter une lagune de jeux de 80 m², un toboggan de 4 pistes et enfin une rivière sauvage de 150 mètres linéaires. Outre ces équipements sportifs et ludiques, le nouveau centre aquatique d’Aulnay-sous-Bois sera également doté d’un espace de remise en forme comprenant une zone de balnéothérapie et une salle de fitness.

Visuel de l’entrée du futur centre aquatique du Fort d’Aubervilliers (Crédits – Chabanne Architectes)

Du côté d’Aubervilliers, en dépit d’avoir décroché le Centre Aquatique Olympique – envisagé dans la commune dans le cadre du projet pour les JO 2012 -, les autorités locales ont tout de même réussi à obtenir l’aménagement d’un centre aquatique dans le secteur en cours de requalification du Fort d’Aubervilliers.

La structure, dont la construction devrait s’échelonner entre mars 2021 et l’été 2023, disposera de trois espaces distincts mais néanmoins complémentaires : une halle polyvalente avec un bassin de 25 mètres, une halle sportive avec un bassin de 50 mètres homologué pour la réception de compétitions avec une capacité d’accueil de 500 spectateurs, et une halle de loisirs comprenant un bassin de faible à moyenne profondeur (220 m²), un splashpad et un pentagliss, l’ensemble étant par ailleurs ouvert sur un solarium de 2 000 m². Le site du Fort d’Aubervilliers comprendra aussi des zones de remise en forme avec notamment un espace de fitness et de cardio-training et un espace saunas et hammans.

Pour bâtir cet équipement de proximité, un investissement global – conception, travaux et maintenance pendant 6 ans – de 33,6 millions d’euros est aujourd’hui projeté.

Visuelle de la future piscine olympique du Pont de Bondy dans son environnement urbain (Crédits – Est Ensemble / Urban Act / BVL)

Au niveau du Pont de Bondy, une nouvelle structure d’une superficie de 8 500 m² doit prendre place d’ici 2023.

Outre un bassin olympique de 50 mètres avec 10 lignes d’eau, le site disposera aussi d’une piscine de water-polo de 33 mètres et de tribunes d’une capacité de 500 places. Un espace de baignade ludique et des équipements de bien-être seront également aménagés moyennant un coût global de 34,42 millions d’euros.

Implanté près de la future gare de la ligne 15-Est du Grand Paris Express, le centre aquatique sera une pièce majeure du réaménagement urbain qui doit s’opérer d’ici 2030 avec un îlot urbain de 200 logements, un hôtel d’environ 150 chambres, et l’installation d’une enseigne sportive, de plusieurs commerces de proximité, ainsi que de restaurants et de guinguettes autour d’un parvis végétalisé surplombant le Canal de l’Ourcq.

Parvis de l’actuelle Piscine de Marville (Crédits – Office de Tourisme de Plaine Commune)

Pour ce qui concerne le site de Marville, situé au cœur du Parc de La Courneuve, les autorités projettent aujourd’hui la construction d’un centre aquatique sur une emprise autre que celle de l’actuelle piscine qui sera transformée en complexe sportif et culturel.

Sur une superficie globale de 4 600 m², le futur centre devrait disposer d’un bassin sportif de 33 mètres par 21, avec en outre un bassin d’activité de 150 m², un bassin de sensibilisation de 70 m², une lagune de jeux de 60 m² et un espace de bien-être de 220 m². Un bassin nordique de 25 mètres par 15 devrait également être aménagé pour une utilisation tout au long de l’année. Pour la saison estivale, un bassin ludique dotée d’une plage artificielle, d’un solarium minéral et végétal et d’un pentagliss est aussi envisagé.

Une enveloppe budgétaire d’au moins 25 millions d’euros devrait être nécessaire pour faire aboutir ce projet à horizon 2023.

Vue aérienne de la piscine olympique municipale de Colombes (Crédits – Colombes Natation)

Au-delà des quatre structures précitées, l’héritage des JO 2024 passera également par la réhabilitation pour 9 millions d’euros de la Piscine de Colombes, conçue à la fin des années 1960 par l’architecte Henri Pottier, à qui l’on doit le Stade Louis II à Monaco.

Située près de l’autoroute A86 et faisant face à la Seine, l’installation municipale de Colombes se trouve à une dizaine de minutes, et moins de 4,5 kilomètres, du Stade Yves-du-Manoir, Stade Olympique des JO 1924 et futur hôte du tournoi de hockey-sur-gazon en 2024.

2 pensées

  1. Si la natation déménage à l’Arena 92, où aura lieu la gymnastique ? ça me semble impossible de faire co-exister ces 2 sports dans l’Arena, ni même les faire se succéder. La gymnastique s’étale généralement sur près de 10 jours.

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    1. La natation et les finales de water-polo iront bien à Paris La Défense Arena. Cela a été acté aujourd’hui. Concernant la gymnastique, elle pourrait rejoindre l’AccorHotels Arena, tandis que le basket pourrait migrer sur un autre site. Les prochains changements seront annoncés d’ici le mois de décembre 2020.

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