JO 2024-2028 : Semaines décisives pour Los Angeles et Paris

En actant la participation de cinq Villes Candidates en septembre 2015, le Comité International Olympique (CIO) espérait s’offrir un nouvel élan après deux processus de candidature (2020 et 2022) marqués par l’intégration finale de trois (Madrid, Istanbul et Tokyo) et de deux prétendantes (Almaty et Pékin).

Néanmoins, le retrait successif de trois Villes Candidates en l’espace de quelques mois a mis en relief les failles encore présentes dans la gouvernance du CIO et dans le rapport de l’institution avec la communication.

Surtout, les divers retraits ont conduit à un duel précipité mais cependant attendu dans l’optique d’un dernier tour de scrutin.

De fait, avec Los Angeles (États-Unis) et Paris (France), l’institution a réussi à conserver deux villes mythiques et emblématiques pour le Mouvement Olympique, car organisatrices de deux éditions des Jeux d’été chacune : 1932 et 1984 pour la première ; 1900 et 1924 pour la seconde.

(Crédits – Sport & Société)

Afin de ne pas tirer un trait sur une occasion peut-être unique de disposer de deux candidatures de cette envergure et de cette qualité technique, le CIO a subtilement – par la voix de son Président, Thomas Bach – soumis l’idée d’une double attribution des Jeux pour les échéances 2024 et 2028.

Cette subtilité se retrouve dans le fait que le CIO lui-même n’entend pas apparaître comme une institution délaissée et en perte de vitesse.

Si les chiffres montrent une désaffection des Villes Candidates sur les dix dernières années, l’idée d’une double attribution des JO peut ainsi donner le sentiment que l’institution a enfin pris conscience des enjeux et des nouveaux défis auxquels elle doit désormais s’astreindre.

L’Agenda 2020 avait été une première tentative de modernisation de l’institution et du fonctionnement de cette dernière. Le processus raté des JO 2024 en est – d’une certaine manière – une deuxième. Sans aucun doute, une tentative cruciale pour l’avenir du modèle olympique.

Aujourd’hui donc, le CIO dispose de deux projets de haute tenue, mais qui ont chacun des spécificités.

La visite – mercredi 12 juillet à Lausanne (Suisse) – des stands installés par Los Angeles 2024 et Paris 2024 pour promouvoir leur vision respective des Jeux en a d’ailleurs été une parfaite illustration.

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D’un côté, Los Angeles 2024 propose des Jeux connectés, misant sur la carte des innovations technologiques et sur des effets visuels spectaculaires.

La carte éclairée des Parcs des Sports proposés par la candidature américaine au CIO avait fait forte impression lors des Jeux de Rio 2016.

Ce support ludique et pédagogique a une fois de plus été présenté, avec il est vrai des ajustements conformes aux précisions techniques apportées par la candidature au cours du premier semestre 2017.

Outre cette carte, Los Angeles 2024 a également proposé des invitations à découvrir, grâce à la technique de la réalité virtuelle, le Village des Athlètes au sein du campus de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) ou à participer au tournoi de tir-à-l’arc près du stade – en construction – d’Inglewood.

Le fond musical choisi par LA 2024 pour amener le visiteur sur son stand montre aussi cette volonté d’inviter le monde à parcourir les sites californiens et la luminosité entre ciel, océan et montagnes caractéristique de la côte Ouest des États-Unis.

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De l’autre côté, Paris 2024 propose des Jeux dans des sites iconiques connus dans le monde entier et qui font la renommée de la Ville Lumière.

Au-delà de cet argument majeur, Paris invite aussi les spectateurs dans un cadre de festivités et de célébration inédit à cette échelle, puisque installé sur les bords de la Seine, entre la Tour Eiffel et la Seine-Saint-Denis.

L’espace aménagé par la candidature française à Lausanne a démontré ce lien entre Histoire et célébration des Jeux.

Ainsi, Paris 2024 a imaginé un appartement fictif dans lequel a pris place des photographies – comme celle de Tony Estanguet, coprésident de la candidature, avec son frère Patrice, médaillé de bronze de canoë-kayak aux JO d’Atlanta 1996 – mais aussi des maillots comme celui de Guy Drut aux Jeux de Montréal en 1976, et des éléments de décoration symbolique.

Aux côtés de torches olympiques (Athènes 2004, Londres 2012 notamment), la candidature avait disposé des livres ou des DVD symbolisant la culture française ou l’esprit parisien. Des ouvrages de Victor Hugo côtoyait ainsi les films « Intouchables » ou « Amélie Poulain ».

Une carte des sites de Paris 2024 avait bien sûr été installée, de même que deux immenses écrans conçus comme des fenêtres sur la ville et ses lieux emblématiques.

Une médaille du partage a également été présentée à la Famille Olympique et aux journalistes. Conçue par le designer de renom Philippe Starck, elle se veut l’illustration du slogan de Paris 2024, « Made For Sharing » (Venez Partager).

Vue sur le Lac Léman depuis la terrasse du Musée Olympique de Lausanne (Crédits – Sport & Société)

La séquence lausannoise des Villes Candidates – qui s’est achevée par cette présentation des stands – a donc été l’occasion de découvrir ou redécouvrir l’esprit des deux prétendantes, tout en confirmant par un vote à mains levées et à l’unanimité, le principe de double attribution des Jeux.

Comme précisé dans le cadre d’un précédent article, les conditions de cette double attribution tiennent à un accord tripartite qui implique au premier rang les Villes Candidates et au second rang, le CIO.

Si Los Angeles et Paris parviennent à un accord d’ici le 13 août – soit un mois avant la 131ème Session de Lima (Pérou) – la double attribution sera acquise et les deux Villes Candidates organiseront les Jeux.

Si en revanche les discussions ne permettent pas d’obtenir un accord, la Session péruvienne prendra la forme d’un vote classique avec un scrutin portant uniquement sur l’échéance de 2024.

« Nous allons rentrer dans un processus de discussions. Dans une négociation, il faut faire attention à ce que personne ne perde, ne soit humilié, ne soit obligé d’abandonner des choses importantes.

Dans la négociation avec le CIO et Los Angeles, il ne faut pas partir dans un poker menteur mais bien partir dans quelque chose qui permette à chacun de gagner » a d’ailleurs précisé Anne Hidalgo au cours d’une interview sur les bords du Lac Léman.

Dans le cas d’une absence d’accord entre les deux Villes Candidates, le vote de Lima pourrait tourner à l’avantage de la candidature américaine.

Cette dernière a en effet adapté son discours à l’évolution de la procédure de candidature et – sans ouvrir la porte à l’échéance 2028 contrairement à l’analyse de certains – a réussi une subtile opération de communication.

La stratégie de Los Angeles 2024 a ainsi été martelé jusqu’à Lausanne : parvenir à un partenariat avec le CIO sans donner à ce dernier le sentiment de faire face à un ultimatum.

En d’autres termes, la candidature de Los Angeles se veut davantage ouverte que Paris qui – par l’intermédiaire en particulier de la Maire Anne Hidalgo – serait l’incarnation d’un projet pensé uniquement dans l’optique de 2024 et de ce fait, non modulable pour le CIO au regard de la situation exceptionnelle que ce dernier rencontre actuellement.

Les arguments développés par les porteurs de la candidature française apportent d’ailleurs des éléments quant à la fébrilité qui a pu gagner les rangs tricolores au cours des derniers mois : le site du Village des Athlètes ne serait pas disponible pour 2028 – et ce, alors même que les pouvoirs publics sont pleinement engagés dans le projet olympique et paralympique – et la réalisation de cet écoquartier ne pourrait être repoussée pour des raisons électorales.

Autrement dit, le décalage dans la construction du Village constituerait une faute morale vis-à-vis des électeurs de la Seine-Saint-Denis en quête de logements.

Mais que dire dès lors des projets successifs de Centre Aquatique depuis la candidature de Paris 1992 ? En dépit du fait qu’un enfant sur deux de Seine-Saint-Denis ne sache pas nager à son entrée en classe de 6ème, les projets de Bercy-Tolbiac (1992), de la ZAC Claude Bernard (2008) et d’Aubervilliers (2012) n’ont jamais vu le jour.

Le CIO ne s’y est d’ailleurs pas trompé en demandant à la candidature, et donc aux pouvoirs publics, des garanties quant à l’aménagement du Centre Aquatique envisagé pour 2024.

Le Président de la République Française, Emmanuel Macron, et le Président du CIO, Thomas Bach, lundi 10 juillet 2017 (Crédits – Sport & Société)

Les deux Villes Candidates auraient beaucoup à perdre de l’absence d’un accord.

Los Angeles a été dix fois candidate à l’organisation des Jeux depuis la Seconde Guerre Mondiale – en incluant les candidatures à l’investiture américaine – et Paris a échoué à trois reprises au cours des trente dernières années.

De part et d’autre, l’amitié et la proximité politique entre les deux Maires sont érigés en gages de succès en vue d’un accord tripartite avec le CIO. Mais les Jeux dépassent largement le seul cadre municipal.

Ainsi, les rencontres du Président Thomas Bach avec le Président Donald Trump, le 22 février, et avec le Président Emmanuel Macron, le 10 juillet, ont sans doute permis d’éclaircir un horizon commun aux trois parties.

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2 Thoughts

  1. Je ne suis pas du tout certain qu’en cas de non-accord Los Angeles emporterait la décision. Il y a bien d’autres aspects à considérer que celui présenté dans votre texte.

    Vous oubliez par exemple de dire que les politiques de celui qui dirige actuellement la Maison blanche sont une épine mortelle dans le dossier de LA. Les membres de nombreux pays représentés au CIO pourraient vouloir faire payer les États-Unis pour cela. Soyons certain que Trump se glorifiera de l’attribution des JO à Los Angeles en cas d’attribution seulement pour 2024. Ce serait un énorme risque que prendrait le CIO vis-à-vis du reste du monde. Après les scandales de dopage à répétition, la piètre organisation des JO à Rio et les dépenses somptuaires de Beijing et de Sotchi, ce serait sans aucun doute un très très mauvais message qu’enverrait le CIO.

    Celui-ci a tout intérêt à ce que Paris l’emporte, sous peine de voir les opinions publiques européennes devenir totalement indifférentes envers les JO pour plusieurs décennies. Il n’est en outre pas du tout certain que les candidatures se bousculeront au portillon pour 2028 du côté du vieux continent. Paris n’y retournera pas, l’Allemagne et l’Italie n’ont plus aucune crédibilité après plusieurs candidatures avortées de chacune, la Russie n’est franchement pas une option sportivement correct et la Grande-Bretagne aura bien d’autres chats à fouetter dans les prochaines années, tout comme l’Espagne si le processus d’indépendance de la Catalogne va à son terme.

    À part Brisbane et éventuellement l’Inde qui pourrait anticiper ses plans, personne ne semble sérieusement intéressé par 2028.

    Tout le monde a également compris que le CIO souhaite donner les JO aux Américains, mais pas tout de suite. D’où la double attribution pour 2028.

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