Quelques semaines après avoir rouvert la porte des Jeux aux athlètes biélorusses, la Commission Exécutive du Comité International Olympique (CIO) a annoncé ce jour la levée – à titre provisoire – de la suspension du Comité Olympique Russe (ROC), assurant de facto la réintégration progressive des compétiteurs russes en vue des prochaines échéances.
Écartés du champ d’action des grands événements sportifs – et en particulier des Jeux Olympiques – depuis les recommandations formulées par le CIO après le déclenchement de la guerre en Ukraine, les athlètes russes vont bientôt pouvoir retrouver le terrain sportif international.
Si cette perspective a déjà été rendue possible par certaines décisions propres aux Fédérations Internationales, le choix effectué ce mardi 07 juillet 2026 par la Commission Exécutive de l’institution olympique marque un indéniable tournant alors que les athlètes russes n’avaient pu prendre part aux Jeux de Paris 2024 et de Milan-Cortina 2026, exception faites des compétiteurs individuels autorisés à concourir sous bannière neutre.
Aussi, comme l’a justifié ladite Commission Exécutive à l’issue de sa réunion :
« La période de qualification tant pour les Jeux Olympiques de LA28 que pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) d’hiver de Dolomiti Valtellina 2028 ayant débuté, et compte tenu de la nécessité d’offrir à tous les athlètes des conditions d’accès équitables à ces compétitions, la commission exécutive du CIO a décidé de ne plus appliquer, s’agissant des athlètes et équipes russes, les recommandations concernant les conditions de participation adressées aux Fédérations Internationales (FI) et aux organisateurs de manifestations sportives internationales datées du 28 février 2022 et du 28 mars 2023, y compris les mesures de protection qu’elles prévoyaient ».

Le retour des athlètes russes sur la scène sportive mondiale reste cependant soumise à certaines conditions, eu égard à la complexité des relations diplomatico-sportives avec la Russie ces dernières années et à l’aune également du passif russe en matière de dopage.
Concrètement, s’agissant du conflit ukrainien, et après une analyse menée par la Commission des Affaires juridiques du CIO, il a été estimé que le ROC ne comptait plus au sein de ses membres d’organisations sportives régionales implantées sur les territoires relevant de la juridiction du Comité National Olympique d’Ukraine, et qu’il ne menait de surcroît aucune activité sur lesdits territoires.
Au-delà, le CIO demande au ROC de veiller à ce que la sélection des athlètes pour les Jeux Olympiques respecte pleinement les dispositions de la Charte olympique, en particulier quant au fait que cette sélection doit être fondée sur les performances sportives, mais aussi sur l’aptitude des compétiteurs à respecter, défendre et promouvoir par le sport une société pacifique comme cela est clairement exposé au paragraphe 2.1 du texte d’application des Règles 27 et 28.
De même, s’agissant spécifiquement de la lutte contre le dopage, le CIO exige que les athlètes russes susceptibles de reprendre les compétitions internationales répondent à une série de critères préalables tenant au respect des règles antidopage en vigueur, et fassent dès lors partie d’un programme national de lutte contre le dopage, avec une mise en œuvre confiée à l’Agence de Contrôles Internationale (ITA). Des tests seront par ailleurs instaurés pour les athlètes russes sur la base d’une évaluation des risques liés à leur sport respectif.
Le rôle de l’ITA pourrait en outre connaître un renforcement certain dans les mois qui viennent dans l’hypothèse où, en 2028 et avant l’ouverture des Jeux de Los Angeles 2028, l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) venait à considérer encore l’Agence Russe (RUSADA) comme non-conforme. Dans ce cas de figure, le CIO confiera la mission à l’ITA de veiller à ce que tous les athlètes russes qualifiés soient soumis à des contrôles indépendants.
S’agissant toujours de la lutte antidopage, le CIO demande expressément aux Fédérations Internationales de convenir avec l’ITA d’un programme global de contrôles afin notamment de déterminer le nombre de tests requis. Lesdites Fédérations devront également œuvrer à l’instauration d’un cadre calendaire pour l’application de ces contrôles et ce, en considérant les épreuves de qualification à venir pour prendre part aux Jeux de Los Angeles 2028.
Mais alors que la réouverture des Jeux se profile pour les athlètes russes, le CIO a dans le même temps tenu à réaffirmer sa position de principe quant au conflit déclenché en 2022 par la Russie, réitérant à cette occasion le soutien déjà formulé à l’égard des compétiteurs ukrainiens.
Ainsi que l’a exposé l’institution de Lausanne (Suisse) :
« Le CIO a pris clairement position contre l’invasion, en la condamnant fermement, et cette position reste inchangée. Plus généralement, le CIO condamne les guerres, les conflits armés et la violence, sources de souffrances humaines, où qu’ils se produisent.
A une époque marquée par une instabilité et les divisions croissantes à travers le monde, le CIO reste déterminé à promouvoir la paix entre les peuples et les nations par le sport. […]
Le CIO doit composer avec les réalités complexes et les conséquences du contexte géopolitique actuel.
Face à l’instabilité et aux conflits croissants à l’échelle mondiale, il entend rester fidèle à sa mission : préserver une plateforme sportive fondée sur des valeurs et véritablement mondiale, source d’espoir pour le monde entier.
Cet objectif a été réaffirmé à l’issue des discussions approfondies menées dans le cadre du processus « Fit for the Future », au cours desquelles le droit fondamental des athlètes à pratiquer un sport et à participer à des compétitions sans ingérence politique ni pression gouvernementale a été confirmé à plusieurs reprises ».

Aussi, dans cette idée de sanctuariser la possibilité pour les compétiteurs de prendre part à des manifestations sportives suivant des règles établies, tout en condamnant le positionnement des autorités russes, le CIO a fait savoir qu’il n’était pas encore disposé à reprendre directement attache avec la Russie et ses dirigeants.
De fait, comme ce fut le cas jusqu’à présent depuis les recommandations et sanctions prises par le CIO, l’institution olympique n’organisera pas d’événements relevant de sa compétence en Russie, écartant le principe d’une éventuelle candidature et d’une attribution des Jeux à moyen terme.
De même, le CIO n’invitera pas de représentants du gouvernement ou de l’État à ses événements, et se prononcera ultérieurement quant à l’utilisation du drapeau, de l’hymne et des couleurs russes sur la scène des Jeux.
Avec cette décision et les conditions ainsi exposées qui ne manqueront pas de susciter commentaires et critiques, l’institution de Lausanne reste in fine fidèle à une approche voulue comme pragmatique et prudente.
Un périlleux jeu d’équilibriste à travers lequel le CIO veut aussi montrer qu’il demeure maître des horloges et de ses propres décisions par-delà les pressions et tentatives d’ingérence dont il est régulièrement la cible. Pour le cas de la Russie, comme aussi lorsqu’il s’agissait – dans un tout autre registre – de se positionner quant au maintien des Jeux de Tokyo 2020 en pleine pandémie de Covid-19.
En d’autres termes, le CIO rouvre aujourd’hui la porte, mais restera tout de même vigilant, se réservant en cela la possibilité de reprendre le cas échéant des mesures à l’égard de la Russie et de ses structures sportives désormais réintégrées dans le giron olympique comme l’a été la Biélorussie dans le courant du mois de mai 2026.
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