Attendue depuis de longs mois, la décision de la Commission Exécutive du Comité International Olympique (CIO) concernant la participation d’athlètes russes et biélorusses – individuels et sous bannière neutre – aux Jeux d’été de Paris 2024 a été actée ce vendredi 08 décembre 2023.

Sous pression depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, peu après la clôture des Jeux d’hiver de Pékin 2022, le CIO avait néanmoins clairement indiqué qu’il conserverait jusqu’au bout la maîtrise de son calendrier au sujet d’une éventuelle intégration des athlètes russes et biélorusses dans l’optique des Jeux d’été de Paris 2024.
Aussi, en mars dernier, la Commission Exécutive du CIO avait entrouvert la porte des Jeux auxdits athlètes et ce, selon des conditions strictes énumérées à l’attention des Fédérations Internationales.
A ce moment-là, l’instance olympique avait notamment affirmé – avec une forme de lucidité – que :
Les Jeux Olympiques ne [peuvent] empêcher les guerres ni les conflits. Ils ne peuvent pas non plus résoudre tous les problèmes politiques et sociaux de notre monde. Cela relève du domaine de la politique.
En revanche, les Jeux peuvent donner l’exemple d’un monde où chacun se plie aux mêmes règles et se respecte mutuellement. Ils nous encouragent à résoudre les problèmes qui surviennent en jetant des ponts entre les peuples pour les amener à mieux se comprendre. Ils peuvent ouvrir la voie au dialogue et à la construction de la paix, ce que ne permettent ni l’exclusion ni la division.
Depuis, et malgré le compte à rebours des JO 2024, l’institution de Lausanne (Suisse) s’était bien gardée de donner une quelconque indication quant à la prise de décision formelle entourant la participation à cette édition des Jeux, se contentant de rappeler sa doctrine sur le conflit ainsi que son engagement en faveur des athlètes ukrainiens.
Une façon de poser les jalons d’une décision forcément sensible.
Néanmoins, plus tôt ce mois-ci, les Fédérations Internationales ont profité de la tribune du Sommet Olympique du 05 décembre 2023 pour demander qu’une décision soit prise dans les meilleurs délais pour permettre l’examen des candidatures à l’aune des systèmes liés aux qualifications dans chaque sport concerné par les Jeux de 2024.
Cet appel intervenait alors après la déclaration des Chefs d’État et de gouvernement du G20 réunis à New York (États-Unis), de même que celle du Mouvement des non-alignés réunissant 120 États membres de l’Organisation des Nations Unies (ONU), tous plaidant pour une participation la plus large possible des athlètes du monde entier.
Il intervenait par ailleurs peu après l’adoption – par vote et non par consensus comme de coutume – de la résolution de l’ONU sur la Trêve Olympique pour les Jeux de Paris 2024, résolution ayant récemment recueilli l’appui de 118 États membres face à deux abstentions (Fédération de Russie et République Arabe Syrienne) mais aucune opposition.

Aussi, au regard de ces éléments, ainsi que des consultations qui ont pu être conduites par le CIO auprès de divers acteurs institutionnels tout au long de l’année 2023, la Commission Exécutive du CIO s’est prononcée ce vendredi 08 décembre en faveur de la participation des athlètes bénéficiant d’un passeport russe ou biélorusses selon les critères fixés au printemps dernier comprenant, notamment, l’absence de drapeau, d’hymne, de couleur ou de toute autre indication en lien direct avec la Russie et la Biélorussie.
Concrètement, la Commission expose que les conditions d’admission aux Jeux de Paris 2024 sont les mêmes que celles ayant permis la qualification de premiers athlètes, sachant qu’à ce stade, 11 sportifs ont été qualifiés par le biais des systèmes existants des Fédérations Internationales, soit 8 possédant un passeport russe et 3 disposant d’un passeport biélorusse.
Dans le détail, les athlètes qualifiés le sont et le seront en tant qu’athlètes individuels neutres, ce qui exclue de facto la possibilité de voir concourir la moindre équipe composée d’athlètes russes et biélorusses dans les sports collectifs.
En sus, les athlètes ayant à un quelconque moment soutenu de manière active la guerre en Ukraine ne seront pas autorisés à concourir, tout comme ceux étant sous contrat avec l’armée russe ou l’armée biélorusse, mais encore avec des agences de sécurité nationales. Ces points s’appliquent aussi pour le personnel d’encadrement (entraîneurs, etc).
Les athlètes individuels neutres devront en outre satisfaire – comme l’ensemble des athlètes – à toutes les exigences en matière de lutte contre le dopage selon les règles édictées dans chacun des sports par les Fédérations Internationales.
Enfin, la Commission Exécutive du CIO rappelle que les sanctions qui ont été prises à ce jour à l’endroit des responsables gouvernementaux demeureront applicables ce qui, au-delà de l’interdiction précitée de drapeau, d’hymne, de couleur ou d’indication portant sur la Russie ou la Biélorussie, empêche la délivrance de toute invitation ou accréditation pour les représentants des États russe et biélorusse.
Avec ce dernier critère, le CIO veut explicitement démontrer que les sanctions doivent s’appliquer aux autorités mais non à l’encontre des athlètes qui, dans le cas où ceux-ci respecteraient l’ensemble des conditions établies, seront présents lors des épreuves qualificatives et, in fine, durant les Jeux de Paris 2024.

La décision du CIO intervient un peu plus de deux mois après le feu vert du Comité International Paralympique (IPC) qui s’était déjà prononcé pour une intégration de compétiteurs russes et biélorusses selon des conditions strictes rappelant celles du CIO.
Comme pour se justifier de cette prise de position attendue, la Commission Exécutive a tout de même tenu à faire mention que 60 athlètes ukrainiens ont pour l’heure passé avec réussite le stade des qualifications, en comparaison des 11 athlètes russes et biélorusses qualifiés à ce jour.
De la même manière, les membres de l’instance olympique ont rappelé l’engagement du CIO vis-à-vis de l’Ukraine, en particulier au travers du Fonds de solidarité pour le Comité National Olympique d’un montant de 7,5 millions de dollars et via le soutien fourni à l’égard de 3 000 sportifs et membres de la communauté olympique ukrainienne avec ici le concours des Fédérations Internationales et des Comités Nationaux Olympiques.
Sur un fil d’équilibriste, le CIO ne s’attendait pas à obtenir de commentaires positifs. Il n’en a de toute façon pas reçu de la part de l’Ukraine ou de la Russie, les deux parties ayant eu à maintes reprises jusqu’à présent l’opportunité de cibler la politique olympique qui, en toute logique, ne pouvait satisfaire pleinement les acteurs d’un conflit susceptible de perdurer bien au-delà de 2024.
Pour preuve, le Ministre ukrainien des Sports, Matvi Bidny, n’a pas tardé à pointer une décision « irresponsable », tandis que son homologue russe, Oleg Matytsine, a dénoncé un choix « inacceptable ».
Bien que les deux parties puissent se réserver le droit de ne pas envoyer d’athlètes aux Jeux de Paris, il apparaît hautement improbable d’envisager aujourd’hui un boycott, des compétitions internationales ayant déjà rouvert les portes aux athlètes russes et biélorusses avec la présence d’ukrainiens.
Il apparaît aussi peu probable que les responsables français en première ligne sur les préparatifs – parmi lesquels la Maire de Paris, Anne Hidalgo – se mettent à commenter avec virulence une décision prise par l’institution olympique qui, faut-il le rappeler, à seulement confier à Paris 2024 le soin d’organiser son événement-phare dont elle est propriétaire.
Face aux critiques parfois émises à son encontre dans le monde, l’institution de Lausanne avait de toute façon répondu avec fermeté dès le printemps 2023.
A la clôture de la réunion de la Commission Exécutive de mars dernier, le Président du CIO avait ainsi fustigé l’attitude des gouvernements occidentaux.
Ainsi que l’avait affirmé Thomas Bach :
Il est déplorable de voir que des gouvernements ne veulent pas respecter la volonté de la majorité des parties prenantes du Mouvement olympique, ni l’autonomie du sport.
Il est déplorable de voir que ces gouvernements ne traitent pas la question des doubles standards. Nous n’avons pas vu un seul commentaire sur leur attitude à l’égard de la participation d’athlètes des pays des 70 autres guerres et conflits armés à travers le monde.

Reste désormais à savoir si les conditions strictes édictées par le CIO seront pleinement respectées, en particulier en ce qui concerne l’absence de lien entre les athlètes et les armées russe et biélorusse.
A ce sujet, l’institution – qui compte sur l’appui complémentaire des Fédérations Internationales – a mandaté un cabinet spécialisé pour passer au crible les antécédents des athlètes, dans leur parcours de vie respectif ou au travers d’interviews ou autres déclarations sur les réseaux sociaux.
Concentré dans la dernière ligne droite des préparatifs, le Comité d’Organisation (COJO) se contente pour sa part d’accepter les conditions du CIO.
Comme l’a fait savoir l’instance dans un communiqué :
Nous prenons acte de la décision du CIO d’autoriser les athlètes disposant d’un passeport russe ou biélorusse à participer aux Jeux de Paris 2024 en tant qu’Athlètes Individuels Neutres, sous conditions d’éligibilité strictes en cas de qualification. Il est important de noter que la qualification pour les Jeux de Paris 2024, tout comme la mise en place de règles d’éligibilité strictes pour les Athlètes Individuels Neutres, relèvent de la responsabilité du CIO et des Fédérations Internationales.
[…] La responsabilité de Paris 2024 est d’accueillir les athlètes qualifiés pour les Jeux dans les meilleures conditions qui soient, indépendamment de leur nationalité. A huit mois du début des Jeux, cela fait partie de nos principales priorités.
Prenant également acte de la décision olympique, le Président de World Athletics a lui-aussi rappelé à sa façon la répartition des rôles et responsabilités de chacun dans la gestion sportive du conflit ukrainien et la mise en place des Jeux.
Évoquant tout à la fois la décision du CIO et le fait que les Fédérations Internationales disposent d’une prérogative certaine quant à l’intégration d’athlètes dans leur sport respectif, Sebastian Coe a ainsi exposé :
Nous avons une position fixe qui n’a pas changé.
Je pense qu’il est juste que les Fédérations Internationales prennent des décisions qu’elles estiment dans les meilleurs intérêts pour leur sport. C’est ce qu’a fait notre Conseil.
Vous verrez peut-être des athlètes russes et biélorusses, mais ce ne sera pas le cas en athlétisme. C’est une position qui ne changera plus et qui a été adoptée quasiment à l’unanimité par nos membres.
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