Même si Londres continue de rêver à l’accueil de ses quatrièmes Jeux d’été à horizon 2040, le gouvernement britannique semble aujourd’hui davantage intéressé par l’option mobilisant le Nord de l’Angleterre pour laquelle une évaluation stratégique a été annoncée au mois de mai 2026.

Le Royaume-Uni rêve encore des Jeux. Le contraire aurait été étonnant eu égard au souvenir toujours bien vif de l’édition 2012 que la capitale britannique avait su orchestrer avec succès.
Depuis cette édition d’ailleurs, les autorités londoniennes ont multiplié les déclarations d’intention en vue d’une possible nouvelle candidature susceptible de placer la cité comme seule et unique Ville Olympique à quatre reprises après 1908, 1948 et donc 2012.
Cette ambition est toutefois contestée ces dernières années par l’émergence de nouveaux prétendants et par une approche davantage axée sur un projet multi-villes ou en tout cas pensé à l’échelle régionale.
De fait, la piste de Birmingham a pu être évoquée dans la foulée de l’organisation in situ des Jeux du Commonwealth en 2022, de même que celle d’une alliance stratégique unissant Liverpool et Manchester, à chaque fois dans une idée de positionner la quête des Jeux en parallèle d’un projet global de régénération urbaine et territoriale.
A ce sujet, le gouvernement britannique semble lui-aussi soucieux de proposer une alternative à l’option londonienne afin de permettre à d’autres villes de pouvoir prétendre à l’organisation du plus grand événement sportif au monde et, le cas échéant, de pouvoir en récolter les retombées multiples, notamment quant à l’attractivité touristique et au sursaut en matière d’aménagement d’infrastructures publiques.
Pour preuve de cette orientation gouvernementale, les autorités britanniques ont annoncé le lancement d’une évaluation stratégique au cours du mois de mai 2026 dans le but d’évaluer les conditions et autres modalités d’une éventuelle candidature du Nord de l’Angleterre pour l’accueil des Jeux d’été à horizon 2040 au mieux.
La mission d’évaluation a été confiée par le gouvernement à « UK Sport » qui mènera à bien sa mission au cours des prochains mois.
Cet organisme public devra dès lors déterminer si le territoire précité est en mesure d’abriter un événement de cette ampleur, en analysant et en mettant en perspective le coût d’une telle entreprise, les retombées socio-économiques éventuelles, mais encore les chances de succès d’une candidature à l’aune de la concurrence internationale.
Comme l’a notamment affirmé Lisa Nandy, Secrétaire d’État en charge du Numérique, des Médias, de la Culture et du Sport :
Les Jeux de Londres 2012 ont montré ce que les Jeux Olympiques peuvent apporter à notre pays. Ils ont inspiré une génération grâce au sport, attiré des investissements considérables et présenté au monde le meilleur de la Grande-Bretagne.
Pourtant, alors que le Nord de l’Angleterre est un véritable vivier d’excellence sportive – quels que soit les talents que nous produisons, les moments sportifs que nous créons et les événements de classe mondiale que nous attirons – on nous a répété trop longtemps que les Jeux Olympiques étaient tout simplement trop vastes et trop importants pour être organisés dans le Nord.
C’est désormais du passé.
Il est temps que les Jeux Olympiques viennent dans le Nord et que nous montrions au monde ce que nous avons à offrir. Je suis ravie d’annoncer le coup d’envoi de cette marque de confiance envers le Nord, une initiative qui se faisait attendre depuis longtemps.

Un tel élan de la part des autorités est évidemment de nature à conforter les porteurs d’un projet pouvant mobiliser des villes comme Liverpool, Manchester, mais aussi, Leeds, Sheffield, Coventry, ou encore Preston et Bradford.
Une éventuelle candidature pourrait dès lors s’appuyer pour partie sur les enseignements que Manchester a pu tirer de ses deux candidatures passées qui, tant pour 1996 que pour 2000, n’étaient pas parvenues à convaincre les membres du Comité International Olympique (CIO).
Or, les temps ont changé et la philosophie adoptée par l’institution olympique ces dernières années peut permettre d’envisager une nouvelle candidature pour le Nord de l’Angleterre désireux de profiter à son tour du coup de projecteur exceptionnel que sont les Jeux.
D’ailleurs, pour accroître la portée de l’évaluation initiée par les autorités britanniques en vue d’une éventuelle candidature, un vaste programme d’accompagnement dans la rénovation des stades à travers le pays est en train d’être élaboré.
Concrètement, avec l’appui de plusieurs Ministères, le « Stadium Regeneration Accelerator » vise à favoriser l’émergence et la réalisation de chantiers de modernisation des enceintes sportives dans une vision globale incluant le développement économique et urbain des territoires concernés.
Si les pouvoirs publics se concentreraient en priorité sur les aménagements parallèles (transports, logements, etc.), une coopération d’ensemble pourrait être mise en place avec les clubs sportifs et des partenaires privés pour formaliser les chantiers sur les stades.
Cette dynamique a en tout cas été évoquée par la Chancelière de l’Échiquier, équivalent du Ministre des Finances, sachant que le gouvernement compte aussi déployer une stratégie pour soutenir et accompagner la quête de grands événements sportifs et culturels pour les années à venir.
Ainsi que l’a déclaré Rachel Reeves au mois de mai dernier :
L’excellence sportive de la Grande-Bretagne est reconnue et respectée dans le monde entier.
Nous sommes déterminés à tirer parti de cet atout pour dynamiser nos communautés et bâtir une économie plus forte et plus sûre.
C’est pourquoi nous soutenons pleinement le retour des Jeux sur notre sol, ce qui dynamisera notre « Northern Growth Corridor ». C’est également pour cette raison que nous appuyons les projets de rénovation de stades, comme celui d’Elland Road, afin de créer de nouveaux logements, des opportunités commerciales et des espaces publics à Leeds et au-delà.

Il n’empêche, bien qu’une dynamique soit aujourd’hui engagée en faveur d’une candidature du Nord de l’Angleterre, les conclusions de l’évaluation seront à scruter avec attention.
Elles détermineront notamment les travaux à mener et les obstacles à franchir, ce qui pourrait in fine avoir une incidence quant à l’échéance visée.
De surcroît, il ne faut pas négliger non plus la puissance de frappe de Londres.
Auréolée de la réussite des JO 2012, la capitale du Royaume-Uni n’a certainement pas dit son dernier mot et tentera à coup sûr d’imposer à nouveau sa marque auprès de l’Association Olympique Britannique (BOA) qui, seule, aura le pouvoir de soumettre une candidature à l’appréciation du CIO.
Les récents aménagements annoncés par l’institution olympique concernant le processus de sélection des Futurs Hôtes pourraient également jouer un rôle déterminant quant à la suite de l’éventuelle aventure britannique, sachant que l’Hôte des JO 2036 ne sera pas désigné avant la mi-2029, renvoyant de facto une élection pour 2040 aux alentours de 2033.
A ce sujet, il y a lieu aussi de tenir compte de la concurrence européenne qui se dessine en filigrane.
L’Allemagne – aujourd’hui déterminée à présenter une offre pour une édition comprise entre 2036 et 2044 – fait figure de poids lourd. Il pourrait en être de même pour l’Espagne, avec un éventuel projet focalisé sur Madrid ou Barcelone, ou encore l’Italie qui ressort enthousiaste des Jeux d’hiver de Milan-Cortina 2026, sans compter aussi la Hongrie qui reste sur la déconvenue du référendum ayant précipité la chute de Budapest 2024.
Aussi, bien que le principe tacite de rotation des continents n’a plus lieu d’être au sein d’un CIO ayant connu nombre de bouleversements ces dernières années, la désignation d’un Hôte européen pour 2036 pourrait sans doute impacter le calendrier d’une candidature britannique orientée sur 2040.
Que celle-ci soit incarnée par le Nord de l’Angleterre ou par Londres.
Mais la communication faite à ce stade par le gouvernement britannique convient expressément de ne pas faire mention d’une date précise en particulier, les autorités se contentant d’évoquer une candidature pour les années 2040, ce qui peut s’interpréter pour une tentative sur 2040, 2044 ou hypothétiquement 2048.
Le positionnement des prétendants européens devrait par ailleurs se formaliser à l’aune des projets véhiculés du côté de l’Asie, avec l’insistance de l’Inde et du Qatar notamment, sans oublier bien sûr l’Afrique, qui accueillera plus tard cette année, les Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026, et où un sursaut s’est fait jour ces dernières années pour un projet possiblement porté par l’Afrique du Sud.
La course aux Jeux ne fait en tout cas que commencer. Et elle s’annonce d’ores et déjà d’une forte intensité. A la grande satisfaction du CIO.
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