Paris 2024 : Le naming problématique de la future Aréna de la Porte de la Chapelle

En cours de construction dans le 18ème arrondissement de Paris, la future Aréna de la Porte de la Chapelle devrait in fine prendre une dénomination commerciale au travers d’un contrat de naming avec l’équipementier allemand, Adidas. Un choix qui soulève aujourd’hui de vives critiques de la part des alliés de la Maire de Paris.

Visuel de l’Aréna de la Porte de la Chapelle (Crédits – SCAU / NP2F)

En 2024, à l’occasion des Jeux Olympiques et Paralympiques d’été, les enceintes sportives mobilisées porteront une dénomination neutre, faisant référence à leur localisation respective ou à leur ordonnancement dans la cartographie des sites.

Ainsi, dans un souci de lisibilité pour les spectateurs et les diffuseurs de l’événement, et conformément aux règles édictées par le Comité International Olympique (CIO), l’AccorArena de Bercy sera simplement dénommée Aréna Bercy, tandis que le Grand Palais éphémère sera présenté comme l’Aréna Champ-de-Mars, faisant lui-même face au Stade Tour Eiffel.

Il en sera de même pour l’Aréna de la Porte de la Chapelle, actuellement en cours d’édification au Nord de la capitale sur la base d’un investissement prévisionnel de 98 millions d’euros (hors-taxes), pour moitié en provenance de la Ville de Paris et pour moitié par la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO).

Le site – destiné à recevoir le tournoi de badminton et les compétitions de gymnastique rythmique, avant d’être l’écrin des épreuves paralympiques de para-badminton et de para-haltérophilie – devrait par la suite être renommé « Adidas – La Chapelle District », prenant ainsi le nom du célèbre équipementier sportif allemand.

Ce choix a été acté ce jeudi 12 mai lors du Conseil d’administration de la Société d’Exploitation du Palais Omnisports de Paris-Bercy (SAE POPB), appelée à gérer la future enceinte de 8 000 places qui, après les Jeux, deviendra l’un des nouveaux équipements-phares du quartier de La Chapelle pour lequel la Ville de Paris entend conduire un profond réaménagement urbain.

Visuel de l’Aréna de la Porte de la Chapelle (Crédits – Paris 2024 / Mairie de Paris / SCAU / NP2F)

Or, près de deux ans après l’adoption par le Conseil de Paris de la convention de délégation de service public pour l’exploitation commerciale de l’aréna, la décision de la SAE POPB interroge et suscite même la colère des alliés écologistes et communistes de la Maire de Paris, Anne Hidalgo, qui ont d’ailleurs publié une pétition notamment signée par l’ancienne Ministre de la Jeunesse et des Sports (1997-2002), Marie-George Buffet.

En juillet 2020 en effet, en parallèle de la convention, et à l’initiative du groupe « Communistes et Citoyens », un vœu avait été adopté par le Conseil, vœu qui prévoyait alors de donner le nom d’Alice Milliat à l’équipement sportif. Nageuse, rameuse et hockeyeuse de la première moitié du XXème siècle, Alice Milliat s’était surtout illustrée par son combat en faveur du sport féminin.

Comme l’avait à ce moment-là exposé Nicolas Bonnet Oulaldj, Président du groupe précité :

Aucun équipement olympique ne porte le nom d’une femme aujourd’hui : Stade de France, Pierre de Coubertin, Jean Bouin.

Les JO que nous avons souhaité, c’est d’abord une vision inclusive, solidaire, qui veut faire avancer la place du sport féminin dans la société.

Aussi, la décision de la SAE POPB sonne aujourd’hui comme un recul pour une partie des élus de la majorité au Conseil de Paris, ces derniers étant hostiles au principe même de naming et à ce qu’ils considèrent de surcroît comme l’illustration de la prédominance d’une multinationale sur les sportifs.

Toutefois, et sauf nouveau revirement de situation, Adidas – équipementier du Paris Basket, futur locataire de l’aréna conçue par Bouygues Bâtiment Île-de-France avec le concours des agences d’architecture SCAU et NP2F – devrait verser environ 14 millions d’euros sur cinq ans pour apposer son nom au fronton de l’édifice. Cela devrait représenter près de 2,8 millions d’euros chaque année, incluant un fonds de dotation pour la promotion du sport féminin.

Du côté de la Mairie de Paris, une réflexion est en cours pour parvenir à une solution intermédiaire, un accord de principe ayant été acté avec la Fondation Alice Milliat pour dénommer le parvis de l’aréna du nom de l’ancienne sportive tricolore.

Début mai 2022, vue de la pose de poutres de grandes portées au-dessus de ce qui constituera le premier gymnase de l’Aréna de la Porte de la Chapelle (Crédits – Bouygues Bâtiment Île-de-France)

La polémique actuelle n’est en tout cas pas sans rappeler la levée de boucliers constatée du côté de Los Angeles (Californie, États-Unis) lorsqu’il fut question de renommer le Memorial Coliseum.

Au printemps 2019, l’enceinte mythique – écrin des Jeux de 1932 et 1984, et prochainement théâtre des Jeux de 2028 – devait prendre le nom de la compagnie aérienne United Airlines. Cette éventualité avait néanmoins suscité des critiques de la part d’élus locaux et d’associations de vétérans.

Finalement, un terrain d’entente avait pu être trouvé entre les parties.

Pour une durée de dix ans à compter du mois d’août 2019, le terrain sportif – et lui-seul – a ainsi pris le nom de United Airlines Field at the Los Angeles Memorial Coliseum, préservant de fait le nom historique de l’édifice entièrement rénové dans la perspective des Jeux d’été de 2028.

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