Laura Flessel : « Montrons que nous sommes un peuple debout, uni et solidaire »

A la suite des événements dramatiques qui ont secoué la France cette semaine et avant la grande Marche Républicaine qui aura lieu ce dimanche dès 15h, à Paris et dans les villes de province, le monde du sport s’est pleinement mobilisé. Que ce soit sur les terrains ou sur les podiums, les sportifs français ont ainsi montré leur attachement aux valeurs républicaines et à la liberté d’expression.

Aujourd’hui, l’escrimeuse Laura Flessel, porte-drapeau de la délégation française lors des derniers Jeux Olympiques d’été de Londres 2012 et quintuple médaillée olympique – dont deux titres -, a choisi de publier une tribune dans les colonnes du quotidien « Le Figaro ».

Laura Flessel - escrime

« Aujourd’hui, nous sommes tous des Charlie. Depuis mercredi, la vie a changé. On subit la tristesse. Je suis originaire des Antilles et il y a une jeune policière qui est partie, des dessinateurs qui sont partis… Ce n’est pas la sportive qui parle, c’est la Française. J’ai été porte-drapeau de l’équipe de France aux JO mais cela fait 35 ans que je pratique l’escrime, 20 ans que je porte les couleurs de la France et on m’a toujours inculqué les valeurs de liberté, égalité et fraternité. Ce ne sont pas que des mots qui résonnent. Je suis née sur une île où on ne faisait pas de distinguo entre les couleurs de peau. J’ai découvert ça quand je suis arrivée en métropole. On m’a alors montré la différence et je me suis dit qu’il fallait que cette différence devienne une force. Et lorsque j’ai fini ma carrière, j’étais fière de voir que l’équipe de France olympique était intergénérationnelle et pluriethnique. C’est la force de notre pays. La différence peut permettre de devenir fort. Aujourd’hui, je suis peinée, nous sommes peinés. Notre liberté s’arrête sur l’intolérance de certains mais cela ne peut être qu’une étape. Notre force est dans la résistance, dans la capacité à rester debout. Mercredi dernier, il y a eu 12 morts et 66 millions de blessés, mais en vie !

Nos voix doivent aujourd’hui porter en France et au-delà comme elles le font depuis mercredi. Ce n’est qu’un début, il faut continuer. Il faut que Charlie Hebdo continue à vivre et nous, il faut qu’on continue à lutter avec nos crayons, nos appareils photos, nos gants de boxe, nos maillots de foot… Notre transpiration doit aller dans le sens de la liberté. Nos enfants doivent être capables de dire : « Je respecte mon voisin ». Nous sommes un pays de liberté. Nous avons le droit et le devoir de continuer à lutter pour ces gens qui sont partis. La victoire sera dans les actions de tout un chacun. Je ressens beaucoup d’émotion car il y a eu mort d’hommes. Mais nous, nous sommes en vie et nous devons continuer à marquer notre territoire par nos actions, aussi petites soient-elles, car nous sommes libres et nous sommes vivants ! On doit lutter, on doit être fier. Tous les Français, tous les francophiles, tous les étrangers qui sont touchés par ces nouvelles, qu’ils portent cette voix, qu’ils parlent de liberté, qu’ils se battent pour cette liberté !

Le sport rapproche, encore plus en ce moment. La sueur n’a pas de race. Les valeurs du sport peuvent apaiser. Le sport peut permettre d’exorciser la peur, les démons… On ne doit pas entrer dans une psychose. Il faut parler, écouter. Dans le milieu du sport, on a souvent cette écoute. Plus que tout, nous ne devons pas cesser de vivre. Nous devons continuer à vivre normalement. Si on ne sombre pas dans la psychose, dans l’intolérance, on montrera à l’extérieur que l’on n’a pas peur, que l’on n’a pas peur de vivre, que l’on n’a pas peur pour notre liberté car on croit en elle. Et le sport, c’est ça, c’est la solidarité, l’amour… Ne changeons pas nos vies aujourd’hui. Prenons juste le temps de se parler plus, de s’écouter plus, de s’entraider plus pour montrer que l’on ne sombre pas dans l’intolérance. Sortons nos gants, nos pointes de course, nos maillots… Courons, nageons pour la vie. Montrons que nous sommes un peuple debout, uni et encore plus solidaire car certains sont morts pour la liberté d’expression. C’est un appel à la solidarité, à l’amour, qui doit prendre le pas sur l’indifférence. Si nous tous, les 66 millions d’habitants de ce pays, repartons dans ce sens, les morts de cette semaine ne seront pas morts pour rien. A nous de relever le flambeau ! »

Illustration : Crédits – Page officielle Facebook

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