JO 2018 : Présentation et analyse de la candidature de PyeongChang

PyeongChang (Corée du Sud) présente pour la troisième fois consécutive une candidature à l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver 2018.

Battue pour les JO 2010 par Vancouver (Canada), elle fit longtemps figure de grande favorite pour l’édition 2014 qui fut finalement attribuée à Sotchi (Russie).

Notant que l’Asie n’a accueilli qu’à deux reprises les Jeux d’hiver (Sapporo 1972 et Nagano 1998), PyeongChang a élaboré un projet ambitieux reposant en partie sur l’expérience acquise au cours de ses tentatives infructueuses.

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  • Concept et Héritage :

La Corée du Sud propose un projet olympique s’appuyant sur deux pôles comprenant un total de treize sites : le pôle montagne d’Alpensia (épreuves de neige) et le pôle côtier de Gangneung (glace). PyeongChang présente de fait un projet compact avec deux pôles distant de 31 kilomètres (20 minutes par le réseau de transport multimodal). Deux sites autonomes font aussi partie intégrante du dispositif olympique : Jungbong et Bokwang Phoenix Park (43 kilomètres du Village Olympique d’Alpensia).

Les deux pôles olympiques de PyeongChang disposeront de deux Villages Olympiques permettant un confort adapté aux besoins des athlètes et auront aussi deux esplanades de remise de médailles (sites temporaires).

Les promoteurs de la candidature le disent sans détour : « En 2018, PyeongChang proposera à la famille olympique une expérience des Jeux d’hiver sans égale, dans une région du monde relativement nouvelle pour les sports d’hiver » estimant en outre que « le marché des sports d’hiver est jeune et en croissance rapide, en Asie, alors que dans les pays à la longue tradition hivernale, il a déjà atteint sa maturité et le point de saturation ».

Selon « PyeongChang 2018 », « l’Asie possède un potentiel de développement des sports d’hiver virtuellement illimité : son marché des sports d’hiver est le plus jeune au monde, avec une vitesse de progression inégalée, et de tous les continents, c’est celui qui a la plus importante population totale de jeunes ». On comprend mieux dès lors le slogan choisi par la candidature sud-coréenne : « Nouveaux Horizons ».

« PyeongChang 2018 » possède un indéniable atout : celui d’avoir pensé et construit une station de sports d’hiver à la suite de ses précédentes candidatures olympiques.

La station d’Alpensia a ouvert ses pistes en 2010 après un chantier de 1,4 milliard de dollars (984 millions d’euros). De fait, sept des treize sites prévus pour les JO 2018 sont déjà opérationnels et ont pour certains déjà accueilli des compétitions internationales. Les quatre restant le seront si la ville est désignée organisatrice de l’évènement.

  • Soutien gouvernemental et opinion publique :

Comme pour Annecy et Munich, PyeongChang bénéficie d’un soutien important de la classe politique. Selon les données publiées dans le dossier de candidature, les partis politiques représentés dans les diverses assemblées sud-coréennes, soutiennent la candidature olympique, à commencer par le Grand Parti National (principale force politique) et le Parti Démocrate.

Au niveau de l’opinion publique, « PyeongChang 2018 » possède là aussi d’un large engouement : selon un sondage TNS de Décembre 2009, la candidature est soutenue par 91,4% des Sud-Coréens et même par 93% des habitants de PyeongChang et de ses alentours. Annoncé, un sondage plus récent (Décembre 2010) n’a toutefois pas été publié dans le dossier de candidature.

A noter enfin que les trois plus importants quotidiens nationaux et les trois grands organismes de radiodiffusion soutiennent pleinement la candidature de PyeongChang avec des campagnes régulières de promotion.

Selon le comité de « PyeongChang 2018 », « il n’existe pas d’opposition organisée à la candidature ».

  • Budget des Jeux et tarifs des épreuves :

Comme pour les autres Villes Candidates et conformément aux exigences du Comité International Olympique (CIO), PyeongChang a élaboré un budget tripartites :

Sites et Villages Olympiques 2,279 milliards de dollars = 1,6 mds d’euros
Comité d’Organisation des JO 1,531 milliard de dollars = 1,076 md d’euros
Hors-Comité d’Organisation 6,432 milliard de dollars = 4,520 mds d’euros

Pour le budget « Sites et Villages Olympiques », le budget comprend les différents types d’aménagements, temporaires ou permanents :

Sites existants – pas de constructions permanentes 51,1 millions de dollars 36 millions d’euros
Sites existants – constructions permanentes nécessaires 19,7 millions de dollars 14 millions d’euros
Sites à construire (Hors JO) 1 146,4 milliard de dollars 805,4 millions d’euros
Sites à construire (JO) 239,3 millions de dollars 168 millions d’euros
Sites à construire – temporaires 73 millions de dollars 51,3 millions d’euros

« PyeongChang 2018 » prévoit la mise en place de billets gratuits pour l’accès aux entrainements. Ces billets seront distribués en priorité aux participants du camp de la jeunesse.

Le dossier de candidature prévoit la vente de 2,08 millions de billets pour les JO et de 420 000 billets pour les Jeux Paralympiques :

  Jeux Olympiques Jeux Paralympiques
Cérémonie d’Ouverture 600 > 1 000 dollars

421 > 702 euros

80 > 200 dollars

56 > 140 euros

Cérémonie de Clôture 400 > 800 dollars

281 > 562 euros

50 > 150 dollars

35 > 105 euros

Épreuves phares 100 > 300 dollars

70 > 210 euros

20 > 30 dollars

14 > 21 euros

Autres épreuves 30 > 150 dollars

21 > 105 euros

15 > 20 dollars

10 > 14 euros

  • Sites Olympiques et Paralympiques :

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Les sites olympiques et paralympiques de PyeongChang seront aménagés sur deux pôles principaux à savoir Alpensia (5 sites) et Gangneung (5 sites). Deux stations sont aussi prévues pour l’accueil du ski acrobatique, du snowboard et du ski alpin de vitesse (Jungbong et Bokwang).

Parc Olympique d’Alpensia :

1 – Le Centre de Biathlon est l’un des sites existants. Comme son nom l’indique, il recevra les épreuves de biathlon. A l’occasion des Jeux Olympiques, les abords seront aménagés de telle manière qu’ils pourront accueillir jusqu’à 15 000 spectateurs.

2 – Le Centre Nordique est lui aussi existant et pourra également recevoir jusqu’à 15 000 personnes. Durant les JO, les athlètes concourant dans les épreuves de ski de fond et le combiné nordique s’y retrouveront.

3 – Le Parc de Saut d’Alpensia fait partie des six sites existants sur le pôle de montagne. Il accueillera le saut à ski et les épreuves de saut du combiné nordique (11 000 places assises et 15 000 debout).

4 – Le Centre de Glisse quant à lui recevra les épreuves de bobsleigh, skeleton et de luge. Prévu pour les Jeux, il pourra accueillir 11 000 spectateurs dont 1 000 en configuration assise. Après l’évènement, il deviendra un site à part entière et une base de loisirs (hors saison hivernale).

5 – Le Site Alpin d’YongPyong, existant, organisera les épreuves techniques de ski alpin (18 000 places).

Parc Olympique de Gangneung :

1 – La Patinoire couverte de Gangneung est le seul site déjà existant (ouverture en 1999) sur le pôle côtier. Patinoire publique, elle accueillera durant les Jeux le curling (3 500 places).

2 – Le Centre Union de Hockey (ci-dessus) accueillera une partie des épreuves de hockey-sur-glace (10 000 places). Après les Jeux, cette structure démontable sera réaménagée dans la ville voisine de Wonju (300 000 habitants).

3 – De son côté, le Gymnase de l’Université Youngdong (ci-dessus) recevra les autres épreuves de hockey (6 000 places). Après les Jeux, sa configuration sera réduite de moitié et sa gestion, confiée à l’Université.

4 – L’Ovale de Science (ci-dessus) sera construite pour recevoir les épreuves de patinage de vitesse. D’une capacité de 8 000 places pour les compétitions, la salle sera ensuite réaménagée en deux structures : une salle d’expositions et une patinoire de 4 000 places.

5 – Enfin, la Patinoire de Gyeongpo sera dotée de 12 000 places afin de permettre la réception des épreuves de patinage artistique et de short-track. Après les Jeux, la niveau supérieur du bâtiment deviendra une salle polyvalente pour la ville de Gangneug tandis que le niveau inférieur sera équipé d’une patinoire publique pouvant accueillir 8 000 personnes.

Concernant les Jeux Olympiques, « PyeongChang 2018 » propose une configuration « classique » à savoir la répartition des compétitions sur deux pôles, là où « Annecy 2018 » ne prévoit l’utilisation que d’un seul ensemble (Annecy) pour plus de confort.

  • Stade Olympique :

« PyeongChang 2018 » propose l’utilisation du site de saut à ski construit en 2009 pour organiser les Cérémonies d’Ouverture et de Clôture des Jeux Olympiques et Paralympiques 2018.

Installé en contre-bas des tremplins, le « Stade Olympique »aura une capacité temporaire de 60 000 places et sera aménagé en 2017.

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Sur les trois candidatures, seule celle de Munich prévoit l’utilisation d’un véritable stade avec le site des Cérémonies des Jeux d’été 1972 alors qu’Annecy et PyeongChang proposent des sites temporaires qui seraient uniquement aménagés pour l’occasion.

  • Villages Olympiques et Paralympiques :

« PyeongChang 2018 » compte proposer aux athlètes des Jeux d’hiver 2018, deux Villages Olympiques. Le site d’Alpension sera doté du village principal (3 500 athlètes et officiels) tandis que Gangneung aura un village secondaire (2 300).

Le Village Olympique d’Alpensia sera aménagé sur 43,1 hectares. Équipé de vingt bâtiments d’une hauteur de dix étages, il sera implanté à 10 minutes du Stade Olympique et à 5 minutes des principaux sites de compétitions du pôle de montagne.

Le Village sera découpé en trois zones distinctes à savoir l’Esplanade (1,25 hectares), la zone opérationnelle (9,55) et la zone résidentielle où séjourneront les athlètes et qui sera elle-même subdivisée en quatre « mini-villages » (32,3).

« PyeongChang 2018 » propose une compacité optimale du site puisque selon les données du dossier de candidature, « l’entrée principale sera située au centre du complexe, à 300 mètres de la partie la plus éloignée de la zone résidentielle ».

Divers équipements seront par ailleurs aménagés (terrain de football et piste d’athlétisme) en plus des équipements classiques (polyclinique, restaurant des athlètes…).

Après les Jeux Olympiques et Paralympiques, le Village d’Alpensia (ci-dessous) deviendra un site touristique.

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Le Village Olympique de Gangneung (ci-dessous) aura quant à lui une superficie de 12,5 hectares, à moins de 20 minutes du Stade Olympique d’Alpensia et à moins de 10 minutes des sites du pôle côtier. Comme pour le Village d’Alpenia, le site sera subdivisé. Ici, trois zones seront aménagés : une esplanade olympique (1 hectare), une zone opérationnelle (2,2) et enfin une zone résidentielle (9,3). Dix-huit bâtiments (8 étages) composeront cette dernière zone qui sera réalisé dans l’un des quartiers les plus attrayants de la ville. En effet, Gangneung possède plusieurs sites inscrits au Patrimoine Immatériel Mondial de l’UNESCO.

Le Village constituera, à l’issue des Jeux, un ensemble d’appartements pour la population locale.

A noter que la construction des deux Villages a déjà débuté puisque les travaux du Village côtier de Gangneung ont démarré en Septembre 2009 (fin des travaux permanents prévus en Mai 2017) alors que ceux du Village d’Alpensia ont commencé en Mai 2010 pour un achèvement des structures permanentes envisagé en Octobre 2016.

La construction des deux Villages Olympiques prend en compte les dernières normes environnementales en vigueur avec un point d’honneur pour la récupération de l’eau de pluie et l’installation de panneaux photovoltaïque.

Au total, « PyeongChang 2018 » table sur des dépenses comprises entre 168 millions de dollars pour le Village côtier (118 millions d’euros) et 581,2 millions de dollars pour le Village d’Alpensia (408 millions d’euros).

PyeongChang-2018---Village-Olympique-cotier.jpg

  • Niveau d’enneigement :

« PyeongChang 2018 » présente un niveau d’enneigement plutôt faible au regard de Munich (38 à 115 cm) et d’Annecy (de 8,9 à 120 cm) :

  Minimum Maximum Moyenne
Alpensia 17,5 cm 65,6 cm 37,1 cm
Gangneung 4,6 cm 34 cm 14,5 cm
Jungbonk (ski alpin) 24,9 cm 58,8 cm 41,6 cm

Ce niveau d’enneigement présente des risques potentiels pour les compétitions sportives. En 2009 par exemple, des problèmes sérieux avaient été rencontrés lors des Championnats du Monde de Biathlon.

  • Transports :

La Corée du Sud de par son développement économique important depuis plusieurs années, dispose aujourd’hui d’infrastructures de transport de grande qualité. La diversité des modes de transport (avions, voitures, trains, bus) permettra, en cas de désignation de PyeongChang, de répondre à la venue des specteurs, des athlètes et de la famille olympique.

1 – Données Aéroportuaires :

« PyeongChang 2018 » s’appuiera sur deux aéroports internationaux afin d’accueillir convenablement les millions de visiteurs et les milliers d’athlètes.

Ainsi, l’aéroport international d’Incheon sera la principale porte d’entrée sur le territoire sud-coréen pendant les Jeux Olympiques et Paralympiques. Equipé d’un terminal inauguré en 2001, il possède les toutes dernières technologies et peut accueillir les plus gros avions civils au monde (A380…). Le dossier de candidature indique en outre que « l’aéroport d’Incheon est reconnu à l’échelle de la planète dans le secteur des services. Pendant cinq années de suite, il a été classé meilleur aéroport du monde de l’enquête annuelle réalisée par le Conseil International des Aéroports sur la qualité des services aéroportuaires et pendant cinq années de suite également, le magazine américain ‘Global Traveler’ l’a rangé à la première place ».

La candidature sud-coréenne prévoit aussi la mise à disposition de l’aéroport international d’Yangyang inauguré en 2002 et capable d’accueillir des avions de taille moyenne.

2 – Données ferroviaires :

Le grand projet de transport ferroviaire concerne d’ores et déjà le tronçon à grande vitesse (250 km/h) Wonju – Gangneung. Financé par l’Etat de Corée du Sud, le chantier d’un montant global de près de 3,5 milliards d’euros permettra à terme (2017) de relier les pôles olympiques à la capitale Séoul (23 millions d’habitants) et à Busan, l’une des villes les plus importantes du pays (6 millions d’habitants).

3 – Données routières et autoroutières:

Les sites olympiques et paralympiques seront desservis par des axes routiers et autoroutiers performants et qui sont régulièrement modernisés. Une partie de ses axes avaient notamment connu une modernisation profonde en vue des JO 2010 et 2014 finalement attribués à Vancouver (Canada) et Sotchi (Russie). Ainsi, l’autouroute d’Yeongdong (quatre voies) a connu une modernisation majeure en 2001 tout comme l’autoroute de Donghae (quatre voies).

A noter que « des tronçons entiers à deux voies seront déclarés voies olympiques réservées aux véhicules olympiques (T1, T2 et T3), aux véhicules des médias et aux bus / cars navettes ».

Conclusion :

Après ses deux échecs consécutifs, PyeongChang a souhaité retenter sa chance pour les Jeux d’hiver 2018. La persévérance sud-coréenne pourrait payer le 06 Juillet prochain surtout lorsque l’on sait que l’Asie n’a organisé que deux fois les Jeux Olympiques d’hiver, avec à chaque fois le Japon en terre organisatrice (Sapporo 1972 et Nagano 1998).

L’expérience acquise par PyeongChang a d’ores et déjà permis la réalisation de plusieurs sites potentiels hôtes des Jeux à l’image de la station de sports d’hiver d’Alpensia, entièrement aménagé en 2009 pour un coût de 1,4 milliard d’euros et qui constitue un bel héritage pour la Corée du Sud dans son ensemble du fait du développement important de la pratique des sports d’hiver sur ce territoire.

Toutefois, plusieurs points peuvent affaiblir la candidature :

L’aménagement du Stade Olympique, structure phare des JO, ne tient qu’en quelques lignes. On apprend simplement que le site du saut à ski fera l’objet d’une mise à niveau afin d’y accueillir 60 000 personnes.

Du côté de l’enneigement, PyeongChang présente des risques importants pour les épreuves olympiques. En effet, l’enneigement constaté (14,5 à 41,6 cm) sur les sites prévus pour organiser les JO, est le plus faible parmi les trois Villes Candidates, derrière Munich (38 à 115 cm) et Annecy (8,9 à 120 cm). En 2010, les épreuves des Championnats du Monde de Biathlon avaient connu des perturbations du fait d’un niveau d’enneigement insuffisant.

En matière financière, en plus d’avoir le budget de candidature le plus élevé, « PyeongChang 2018 » prévoit le plus important budget d’organisation avec un montant global (sites, villages, COJO et hors-COJO) de 10,42 milliards de dollars soit 7,2 milliards d’euros, bien plus que les 2,8 milliards d’euros de Munich et les 4,92 milliards d’euros envisagés par Annecy. Toujours en matière financière, les tarifs de la billetterie sont les plus onéreux des trois Villes Candidates (voir Annecy et Munich).

Enfin, la réutilisation post-olympique des sites n’est peut être pas assez convaincante, certaines données n’étant pas publiées dans le dossier de candidature.

Illustrations :

– Carte des pôles olympiques et paralympiques – Centre Union de Hockey / Gymnase de l’Université Youngdong / Oval de Science – Stade Olympique – Villages Olympiques.

– Retrouvez le dossier de candidature dans son intégralité sur le site officiel www.pyeongchang2018.org

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