Le Président du CIO fait le bilan de 2022 et se tourne en direction de Paris 2024

Une année olympique réussie mais néanmoins mouvementée. Dans ses vœux pour 2023, le Président du CIO résume ainsi l’année écoulée, marquée tout à la fois par le succès des Jeux d’hiver de Pékin 2022, mais aussi par le déclenchement – peu après la tenue de l’événement sportif planétaire – de la guerre en Ukraine.

Thomas Bach, Président du Comité International Olympique lors de son message de vœux pour 2023 (Crédits – IOC / Greg Martin)

Après une année 2021 profondément bouleversée sur la scène olympique par l’organisation décalée des Jeux de Tokyo 2020 en raison de la crise sanitaire du Covid-19, le CIO a accueilli avec satisfaction la tenue des Jeux d’hiver de Pékin 2022 dans un pays devenu au fil des ans un partenaire d’importance.

Pour la Chine et sa capitale, ce deuxième rendez-vous olympique de leur histoire après celui de 2008 devait être une consécration d’une part, et l’inscription du pays comme nouvelle destination majeure pour les sports d’hiver d’autre part.

Les répercussions de la crise sanitaire ont bien sûr quelque peu terni les objectifs fixés sur ces deux plans, mais l’audience mondiale des Jeux a tout de même atteint des sommets, et plus de 300 millions de chinois se sont adonnés au cours des dernières années à la pratique progressive et à la découverte des sports de glace et de neige entre Pékin et Zhangjiakou.

Pour l’institution olympique, ces deux éléments ont dès lors constitué un évident succès alors même que l’attribution des Jeux à la Chine avait pu réveiller des critiques à partir de 2015 et encore davantage au début de l’année 2022, en particulier sur la question des droits de l’Homme et sur la problématique environnementale.

Comme l’a d’ailleurs affirmé Thomas Bach cette semaine :

Ces Jeux ont été confrontés à des défis sans précédent sur fond de tensions politiques et de pandémie mondiale.

Malgré cela, ils ont offert les conditions les plus extraordinaires qui soient aux athlètes dans un environnement totalement sûr et sécurisé. Les athlètes ont exprimé leur gratitude en se montrant à la hauteur et ont impressionné le monde par la façon dont ils ont su faire face à ces défis et à l’adversité. Ils nous ont montré à tous le meilleur de ce que l’humanité pouvait être, si nous nous rassemblons dans la paix et la solidarité.

Avec cet exploit, les athlètes ont touché le cœur d’un grand nombre de personnes. En effet, plus de deux milliards de personnes dans le monde ont suivi ces Jeux Olympiques d’hiver. Cela fait de Beijing 2022 l’édition d’hiver la plus active de l’histoire sur le plan numérique. Après Beijing 2022, les Jeux Olympiques restent la manifestation sportive et de divertissement la plus attrayante du monde.

Pour le Président du CIO néanmoins, le succès des Jeux Olympiques de Pékin 2022 a rapidement fait place à la gestion sportive de la guerre en Ukraine, installant de surcroît l’institution de Lausanne (Suisse) comme une actrice du jeu diplomatique.

Ainsi que l’a exposé avec lucidité le Président de ladite institution :

‘Give Peace a Chance’ – tel a été mon appel aux dirigeants politiques du monde entier lors de mes discours d’ouverture et de clôture de Beijing.

En réalité, les Jeux Olympiques d’hiver de Beijing 2022 nous ont fait espérer un instant seulement que la paix prévaudrait en ces temps troublés.

Trois jours seulement après la Cérémonie de clôture de Beijing, la Russie a envahi l’Ukraine dans une violation fragrante de la Trêve Olympique et de la Charte Olympique.

Conséquence directe du déclenchement des hostilités sur le sol ukrainien, et à l’instar d’autres instances sportives internationales, le CIO a par la suite pris des mesures visant à sanctionner les Etats et autorités gouvernementales de Russie et de Biélorussie.

Le CIO a en parallèle mené diverses actions pour soutenir le monde sportif ukrainien, missionnant en ce sens l’ancienne gloire de l’athlétisme, Sergey Bubka.

Dans ses vœux pour 2023, Thomas Bach a d’ailleurs insisté sur sa volonté de maintenir les sanctions d’une part et sur la poursuite de l’aide octroyée à l’égard de l’Ukraine.

Mais le Président du CIO a surtout affiché sa détermination à protéger – autant que possible – la sphère sportive des pressions extérieures, conscient sans nul doute que le rôle moral aujourd’hui porté par l’institution olympique et son événement-phare pouvait en contrepartie susciter une ingérence parfois forte des pouvoirs publics.

Ces sanctions contre les États et gouvernements russes et bélarussiens doivent rester bien en place.

Dans le même temps, nous soutenons les athlètes et les membres de la communauté olympique ukrainienne partout dans le monde avec toute notre solidarité.

En cette nouvelle année également, les athlètes ukrainiens peuvent compter sur l’engagement total du CIO et de l’ensemble du Mouvement olympique en faveur de cette solidarité. Nous voulons voir une délégation olympique ukrainienne forte aux Jeux Olympiques de Paris 2024 et aux Jeux Olympiques d’hiver de Milan-Cortina 2026.

Par ailleurs, après le début de la guerre, de nombreux athlètes, des Comités Nationaux Olympiques, des Fédérations Internationales et le CIO ont été exposés à des pressions et ingérences politiques. Certains gouvernements ont commencé à décider quels athlètes seraient autorisés à participer aux compétitions sportives internationales – et lesquels ne le seraient pas. C’est pourquoi, en plus des sanctions, nous avons dû adopter des mesures de protection visant à garantir l’intégrité des compétitions sportives internationales.

Cette situation a conduit le CIO à aller à l’encontre de sa mission consistant à unifier le monde dans une compétition pacifique, puisque nous avons dû interdire la participation d’athlètes sur la seule base de leur passeport.

Dans un monde qui s’avance vers une nouvelle année encore bien incertaine, le Président du CIO se montre cependant optimiste quant à la capacité du sport à pouvoir incarner une certaine philosophie et à fédérer les peuples autour d’idéaux résolument tournés vers la paix et la fraternité.

Thomas Bach a en sens profité de ses vœux pour saluer l’adoption, au début du mois de décembre, de la résolution « Le sport, facture de développement durable » par l’Assemblée Générale des Nations Unies (ONU) :

Cette résolution reconnaît que le caractère unificateur et conciliateur des grandes manifestations sportives internationales doit être respecté par tous les États membres. Qui plus est, la résolution a été adoptée par consensus par l’ensemble des États membres, ce qui est remarquable, puisque cela inclut la Russie et l’Ukraine.

Au-delà de la problématique géopolitique, Thomas Bach n’oublie pas dans ses vœux de faire mention du développement continu de son institution, lui qui a déjà été à la manœuvre de plusieurs réformes-clés au cours des dernières années et qui avait également fait part de sa vision du monde de l’après-Covid dans le cadre d’une réflexion.

Deux points sont ainsi évoqués par le leader allemand qui vivra 2023 comme son ultime année préolympique en qualité de Président du CIO, à savoir la poursuite des étapes de qualification des athlètes pour les Jeux Olympiques de Paris 2024 qui seront les premiers Jeux paritaires de l’histoire, et l’organisation prochaine de la première semaine olympique de l’e-sport courant 2023.

Dans les deux cas, l’un des objectifs visés est bien entendu d’attirer un public plus jeune en direction de l’univers olympique.

Pour Paris 2024, cela se traduira en particulier par la venue de disciplines et sports populaires parmi la jeunesse, notamment les sports urbains qui s’installeront Place de la Concorde. Pour l’e-sport, 2023 pourrait être synonyme de consécration, alors même que le CIO a longtemps eu un regard et des propos au mieux indifférent, au pire opposés.

Quoiqu’il en soit, ces deux rendez-vous à venir ouvriront des perspectives et les objectifs évoqués seront probablement l’un des marqueurs majeurs des enjeux de la prochaine présidence du CIO, le nouveau patron de l’Olympisme devant être élu en 2025, après les deux mandats de huit et quatre ans de Thomas Bach.

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