JO 2030 : Malgré un calendrier serré, Vancouver regagne en confiance

Alors que le Comité International Olympique (CIO) devrait s’engager dans un dialogue ciblé à compter du mois de décembre, préalablement à la désignation officielle du futur hôte des Jeux d’hiver de 2030 l’an prochain, la candidature de Vancouver (Canada) poursuit son chemin, avec une adhésion populaire retrouvée, un soutien institutionnel réaffirmé et la présentation récente de projections financières annoncées comme étant maîtrisées et responsables.

Les anneaux olympiques installés dans la baie de Vancouver lors des Jeux d’hiver de 2010 (Crédits – Patrick Doheny / Flickr)

La candidature canadienne de la Ville Hôte des JO 2010 pourrait sans doute manquer de temps pour espérer rivaliser avec Sapporo (Japon) et Salt Lake City (Utah, États-Unis) dans la course aux Jeux de 2030.

Après plusieurs mois d’hésitations, l’engagement des parties dans ladite course pourrait en effet se révéler tardif à l’aune de l’état de préparation des deux villes précitées et surtout de la première, qui, aujourd’hui, apparaît comme la grande favorite pour décrocher les anneaux olympiques en mai 2023 au cours de la 140ème Session du CIO.

Il n’empêche, désireuse d’incarner un nouveau modèle de candidature, plus vertueux et plus en phase avec les populations locales – dans le cas présent avec un accord inédit avec les quatre Premières Nations autochtones – la candidature de Vancouver semble avoir regagné en confiance ces dernières semaines.

De fait, l’opinion publique de la Province de Colombie-Britannique a récemment basculé de manière significative en faveur du projet porté par les Autochtones et soutenu par le Comité Olympique du Canada (COC) et le Comité Paralympique du Canada (CPC).

Alors que seules 43% des personnes interrogées se disaient favorables à la candidature en octobre 2021 (institut Research Co.), avec ensuite un taux d’approbation descendu à un niveau critique de 34% (institut Leger), la dernière enquête menée par Research Co. montre que 54% des habitants de la Province pensent désormais que Vancouver devrait présenter au CIO un projet pour les Jeux de 2030.

Vue du chaudron olympique des Jeux de Vancouver 2010 (Crédits – Ashley Conick / Flickr)

Cet engouement – certes juste au-dessus de la barre symbolique des 50% – se rapproche du niveau de soutien exprimé en janvier 2020, lorsque 60% des habitants se disaient favorables à une nouvelle édition des Jeux d’hiver en Colombie-Britannique. Il est par ailleurs légèrement supérieur à celui de Sapporo, la rivale nippone, où 52% des habitants ont exprimé un soutien à la candidature de la Ville Hôte des JO 1972 en mars dernier.

Ce nouvel élan peut être interprété par le fait que la candidature se veut un signe supplémentaire dans la réconciliation, avec les clés de l’aventure olympique et paralympique confiés entre les mains des quatre Premières Nations. Un geste historique que salue aujourd’hui la population, 23% des habitants de Colombie-Britannique se disant ainsi favorables aux Jeux en raison du Protocole d’entente signé avec les représentants autochtones.

Concernant la force du soutien populaire par catégories d’âge, il est sans surprise le plus élevé chez les plus jeunes, avec un taux d’adhésion de 61% auprès des 18-34 ans, contre 56% auprès des 35-54 ans et seulement 48% chez les 55 ans et plus.

Parmi les autres enseignements importants de cette enquête sondagière réalisée en ligne du 24 au 26 juin 2022 auprès de 800 personnes, il est à noter que 48% des sondés pensent que Vancouver devrait présenter une candidature pour les JO 2036 qui seront une édition des Jeux d’été. Les 18-34 ans sont même 58% à approuver une telle perspective au moment où des questions se posent sur le délai à tenir pour finaliser les discussions post-étude de faisabilité pour les Jeux d’hiver et être parfaitement prêt pour répondre à la deadline du CIO évoquée en en-tête.

Au-delà de la problématique populaire – qui constituait jusqu’alors un défi pour les partisans de la candidature – le projet pour les JO 2030 a également recueilli un appui renforcé des élus municipaux de Vancouver qui, en milieu de semaine, ont voté pour la poursuite dudit projet. Huit Conseillers se sont ainsi prononcés favorablement pour continuer cette entreprise colossale, mercredi 20 juillet, tandis que deux ont exprimé un avis opposé.

Ce soutien institutionnel était un prérequis indispensable, car si la candidature est portée par les représentants autochtones, son devenir est toutefois lié à la capacité des pouvoirs publics locaux, provinciaux et fédéraux à s’engager – financièrement – dans le projet. Aussi, l’absence de soutien de la part du Conseil Municipal de Vancouver aurait pu constituer un sérieux écueil en entamant la crédibilité même de la candidature.

Pour les partisans d’une candidature canadienne aux JO 2030, l’appui populaire et institutionnel arrive en tout cas à point nommé, quelques semaines après la présentation des projections budgétaires.

Plan directeur des sites olympiques et paralympiques proposés dans le cadre de l’étude de faisabilité présentée le 14 juin 2022 (Crédits – COC)

Toujours à risque pour un projet de cette envergure, la présentation a permis de dévoiler les chiffres-clés d’une éventuelle organisation des Jeux dans maintenant huit années.

Dès les premières lignes du communiqué publié le 08 juillet dernier, il est notamment précisé que les coûts d’organisation et d’exploitation des Jeux seront couverts en intégralité par des fonds privés.

Cet élément particulier de la composante budgétaire est, depuis quelques années, un argument majeur développé par toutes les candidatures à l’événement olympique et paralympique, chacune étant soucieuse de préserver son capital-sympathie auprès de l’opinion, tout en développant des ressources financières au-delà du seul appui de la puissance publique.

Dans le cas de la candidature de Vancouver, le Comité d’Organisation aurait besoin de 2,5 à 2,8 milliards de dollars canadiens, à mettre en comparaison avec les 2,4 milliards de dollars canadiens de Vancouver 2010 indexés en valeur 2022.

Comme attendu à l’aune du concept des sites dévoilé en juin dernier, les infrastructures héritées des JO 2010 seront massivement réutilisées dans le cadre d’une nouvelle organisation des Jeux, ce qui assurera un effort n’exigeant que 54% des sommes dépensées il y a plus de douze ans.

Concrètement, la modernisation des équipements existants et l’installation de nouvelles structures représenteraient un investissement de 299 à 375 millions de dollars canadiens. Là-encore, les porteurs du projet mettent en parallèle les données actualisées de 2010 lorsque les aménagements alors consentis avaient nécessité 669 millions de dollars canadiens.

L’accueil des Jeux serait en outre bénéfique en ce qui concerne la problématique immobilière, avec la création pérenne de 1 000 nouveaux logements pour partie permise grâce à l’aménagement des Villages des Athlètes. Sur lesdits Villages d’ailleurs, l’enveloppe budgétaire prévisionnelle se situe bien au-delà des investissements réalisés à l’aube des JO 2010, avec cette fois une dépense comprise entre 165 et 267 millions de dollars canadiens pour l’aménagement de trois Villages, dont l’un à Vancouver.

Autre point essentiel dans la tenue d’un événement de l’envergure des Jeux, la sécurité occupe ici une place essentielle bien sûr, avec tout de même une considération budgétaire moindre de moitié environ par rapport aux dépenses de 2010. De fait, les prévisions font aujourd’hui état d’une enveloppe de 560 à 583 millions de dollars canadiens, soit 53% du coût des Jeux de 2010.

In fine, en tenant compte à la fois du budget d’organisation prévisionnel et des dépenses annexes, les Jeux de 2030 à Vancouver et dans sa région pourraient représenter des dépenses de l’ordre de 3,524 à 4,025 milliards de dollars canadiens, soit entre 2,73 et 3,12 milliards de dollars, ou encore 2,67 et 3,06 milliards d’euros.

Comme l’a résumé à ce stade Tricia Smith, Présidente du COC :

Ces Jeux offrent une occasion incroyable et il s’agit d’une approche responsable d’investissement pour l’avenir.

Les coûts d’exploitation seront couverts par le secteur privé tandis que l’investissement public sera axé sur la construction de logements indispensables, l’offre d’une sécurité efficace et la garantie du rajeunissement nécessaire des infrastructures déjà en place.

Vue aérienne de Vancouver et de ses environs (Crédits – VANOC / IOC)

Si des précisions indispensables quant à la nature et la provenance des fonds espérés, devront immanquablement être apportées, la publication des données budgétaires permet d’ores et déjà de consolider une vision et un concept, au moment où Vancouver s’engage dans la dernière ligne droite avant la décision de dialogue ciblé du CIO en fin d’année 2022.

Signe que Vancouver demeure en retard sur ses rivales que sont Sapporo et Salt Lake City, ce dévoilement intervient plusieurs semaines après ceux opérés par la Ville Hôte des JO 1972 et par la Ville Hôte des JO 2002.

Le plein de confiance engrangé par le soutien populaire retrouvé et l’adhésion renouvelée des autorités locales pourrait toutefois donner une nouvelle dynamique au projet canadien qui a déjà pu profiter – d’une certaine manière – du retrait de la candidature espagnole de Pyrénées-Barcelone pour se repositionner.

Les mois qui viennent seront déterminants pour chacune des concurrentes en lice, d’autant plus en considérant le nouveau processus de sélection des territoires hôtes des Jeux, et le fait qu’une course définie sur une échéance précise amène aussi à se projeter sur l’édition suivante.

En mai 2023, le CIO sélectionnera l’hôte des JO 2030, mais d’ores et déjà, 2034 est dans toutes les têtes, Salt Lake City ayant sur ce coup-là un temps d’avance, elle qui entend ramener les Jeux d’hiver aux États-Unis le plus rapidement possible, en évoquant bien sûr 2030 mais sans fermer la porte à 2034. Par sécurité et par stratégie.

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