Milan-Cortina 2026 : Innsbruck se propose d’accueillir le bobsleigh, la luge et le skeleton

Alors que les organisateurs des Jeux d’hiver de 2026 sont confrontés à des critiques concernant le projet de réhabilitation de la piste de bobsleigh de Cortina d’Ampezzo, dont le coût prévisionnel a déjà fortement augmenté, Innsbruck (Autriche) a proposé de mettre à disposition sa piste qui fut hôte des JO 1964 et 1976 et pour laquelle une rénovation planifiée sera entreprise dès 2023.

Vue de la piste Eugenio Monti de Cortina d’Ampezzo en 2007 (Crédits – Flickr / gizmin0)

Au printemps 2021, le Président du Comité d’Organisation des Jeux de Milan-Cortina 2026 avait balayé l’idée d’une solution alternative concernant l’emplacement des épreuves de bobsleigh, de luge et de skeleton.

Dans le but d’accroître la dimension symbolique et le rappel historique, Giovanni Malago avait ainsi salué l’entente des parties au projet pour mobiliser la piste de Cortina d’Ampezzo, hôte des Jeux en 1956, tout en rassurant sur la faisabilité du projet de rénovation de l’équipement sportif.

Moins d’un an plus tard, un investissement de 61 millions d’euros avait été annoncé, l’État italien devant fournir 42 millions d’euros, tandis que le reste à charge aurait été absorbé par la Région de la Vénétie, la Province de Belluno et la Ville de Cortina d’Ampezzo.

Cet investissement – portant sur la démolition de la structure existante fermée depuis 2008 et la construction en lieu et place d’une installation moderne adaptée aux compétitions de haut niveau et susceptible de recevoir par la suite le grand public pour des initiations et une pratique régulière – constituait déjà une hausse sensible par rapport aux projections initiales.

Dans le cadre du dossier de candidature soumis à l’examen du Comité International Olympique (CIO), ces dernières avaient en effet été estimées à 53,24 millions de dollars (47,01 millions d’euros à ce moment-là), dont 47,712 millions de travaux pérennes à la charge des pouvoirs publics (42,13 millions d’euros), le reste demeurant à la charge du Comité d’Organisation au titre des aménagements spécifiques aux Jeux (5,53 millions de dollars, soit 4,88 millions d’euros).

Un autre changement avait en outre été évoqué en parallèle de la question budgétaire.

De fait, selon les plans évoqués durant la candidature, Milan-Cortina 2026 devait pouvoir bénéficier d’un équipement en capacité d’accueillir jusqu’à 9 000 spectateurs par session, avec une jauge assise fixée à 1 000 personnes. Or, le projet repensé aurait pu conduire à un abaissement global de la jauge à 5 500 places au moment des Jeux.

Concernant en revanche l’héritage de l’événement planétaire, les promesses de la candidature et celles des organisateurs avaient été présentées comme identiques, à savoir l’établissement d’un centre d’excellence pour la pratique du bobsleigh, de la luge et du skeleton en Italie, avec aussi l’objectif de recevoir des compétitions européennes et internationales de façon régulière.

Aujourd’hui néanmoins, le projet de réhabilitation de la piste de Cortina d’Ampezzo semble au point mort.

Plusieurs versions ont été avancées puis rejetées, l’une ayant notamment été retoquée par la Fédération Internationale quant aux caractéristiques techniques de l’équipement projeté, alors que d’autres étaient susceptibles de porter un impact significatif sur le paysage environnant.

Giovanni Malago, Président du Comité d’Organisation des Jeux d’hiver de Milan-Cortina 2026, par ailleurs Président du Comité National Olympique Italien et membre du Comité International Olympique, à l’occasion de la 138ème Session du CIO, le 21 juillet 2021 (Crédits – IOC / Greg Martin)

Face à cette impasse, et alors que le projet est désormais chiffré à au moins 85 millions d’euros, soit près du double de l’estimation en phase de candidature, deux réunions publiques ont été planifiées, dont une première organisée ce jeudi 11 août sur la Piazza Angelo Dibona à Cortina d’Ampezzo.

A cette occasion, une proposition surprenante – bien que finalement parfaitement adaptée aux réformes olympiques de l’Agenda 2020, l’Agenda 2020+5 et la Nouvelle Norme – a été présentée au public présent et aux autorités ayant fait le déplacement.

Une ancienne Ville Olympique se propose en effet d’accueillir sur son sol les épreuves de bobsleigh, de luge et de skeleton, en l’occurrence, la station autrichienne d’Innsbruck qui fut hôte des JO 1964 et 1976.

Ainsi que l’a exposé Roberta de Zanna, Conseillère municipale du groupe d’opposition « Cortina Bene Comune », les gestionnaires de la piste autrichienne ont écrit deux courriers dans lesquels ils disposent :

Nous sommes disponibles pour accueillir – sur demande – les épreuves de bobsleigh, de luge et de skeleton sur notre piste qui est en cours de rénovation et qui sera prête pour la saison d’hiver 2024-2025.

A ce jour, nous n’avons reçu aucune demande concernant l’organisation des épreuves dans le cadre des JO 2026. En conséquence, nous n’avons pas soumis d’offre ou un aperçu des frais.

Dans la double missive, Matthias Schipflinger, représentant de la structure en charge de la gestion de la piste située à Igls, près d’Innsbruck, détaille la nature du projet de rénovation et le calendrier pour la mise en œuvre de ce dernier.

Il évoque même la perspective d’une participation de Milan-Cortina 2026 dans l’hypothèse où la piste autrichienne serait in fine sélectionnée par les organisateurs italiens.

Comme il l’énonce :

Une rénovation générale de la piste et de tous les bâtiments est en cours, les travaux seront réalisés en 2023-2024, et la livraison est attendue avant le début de la saison 2024-2025.

La piste sera homologuée pour toutes les compétitions internationales de luge, de bobsleigh et de skeleton. Toutes les épreuves pré-olympiques pourraient donc avoir lieu sur place à partir de 2024-2025.

Sur le principe, nous sommes disposés à discuter à tout moment de l’organisation des compétitions et d’une participation aux frais de rénovation de la piste.

De toute évidence, une telle participation serait toujours inférieure aux coûts d’aménagement d’une nouvelle enceinte en Italie, dont l’utilisation post-JO demeure également problématique.

Surtout, l’optique d’une intégration de la piste olympique d’Innsbruck au projet milanais répondrait aux inquiétudes soulevées par le CIO au moment de la candidature milanaise.

A ce moment-là, la Commission de Futur Hôte pour les Jeux d’hiver présidée par Octavian Morariu, avait particulièrement pointé du doigt l’idée d’une rénovation de la piste historique de Cortina d’Ampezzo, évoquant déjà le risque d’une inflation des coûts.

Comme le mentionnait en ces termes le Rapport de ladite Commission :

Conformément aux objectifs de durabilité et d’héritage de l’Agenda 2020, la Commission a soigneusement examiné la proposition de rénovation de la piste Eugenio Monti de Cortina.

La Commission craint que le projet ne nécessite des investissements et des travaux importants, dépassant les estimations établies sur la base des chiffres de référence.

La Commission estime que les plans de financement et d’héritage doivent encore être précisés. Il y a la possibilité d’utiliser une piste existante ailleurs en Europe.

Cette dernière phrase est dès lors à considérer avec la plus grande attention, d’autant plus lorsque l’on sait que l’État italien amorce son entrée dans la gouvernance des JO 2026, après avoir octroyé une rallonge budgétaire de 400 millions d’euros pour les travaux d’infrastructures (transports, énergie, etc.) complémentaires aux préparatifs d’organisation de l’événement, portant le total de son effort à près de 2 milliards d’euros à ce jour.

A l’aune de l’arrivée d’un nouveau Directeur Général de Milan-Cortina 2026 directement nommé par le Président du Conseil italien, les cartes pourraient en conséquence être rebattues, et la sacro-sainte option du symbole et de l’histoire pourrait en fin de compte laisser place à une alternative à l’étranger.

Pour Innsbruck, l’idée de recevoir potentiellement des épreuves des JO 2026 serait un clin d’œil cocasse à l’histoire, 50 ans après la célébration des Jeux de 1976 et quelques années après avoir formulé une candidature pour l’édition 2026. La station autrichienne avait toutefois fait marche arrière après le revers électoral infligé par les citoyens à l’issue d’une consultation populaire survenue le 15 octobre 2017.

Vue aérienne du centre de glisse de Sigulda en Lettonie (Crédits – Stockholm-Åre 2026)

Par le passé, d’autres candidatures ou projets ont d’ailleurs présenté la possibilité de mobiliser un équipement en dehors des frontières nationales et ce, dans un souci de maîtrise des dépenses et de durabilité, l’héritage n’étant pas pleinement certain.

Ainsi, Stockholm-Åre 2026 – candidature concurrente de l’attelage italien – avait fait alliance en 2019 avec Sigulda en Lettonie où une piste dédiée au bobsleigh, à la luge et au skeleton existe déjà et est même l’une des références européennes en la matière.

De la même manière, la récente candidature avortée de Pyrénées-Barcelone 2030 avait amorcé une entente historique et stratégique avec le Comité National Olympique de Bosnie-Herzégovine pour l’utilisation de la piste des Jeux de Sarajevo 1984.

Les porteurs du projet espagnol s’étaient notamment engagés à participer aux frais nécessaires à la remise à niveau de l’équipement.

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