Paris 2024 étudie l’idée d’une Cérémonie en dehors du Stade de France

Si l’usage d’une enceinte sportive est de mise pour l’accueil des Cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux, Paris 2024 pourrait être tenté de repenser ce schéma afin d’ouvrir plus largement les portes de l’événement.

En plus des Cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux, le Stade de France recevra aussi les épreuves olympiques et paralympiques d’athlétisme, ainsi que le tournoi olympique de rugby à 7 (Crédits – Paris 2024 / Elie Stephane Azoulay / DDPI / Luxigon)

Symbole d’une certaine tradition, entre l’esprit du Baron Pierre de Coubertin évoqué lors de chacune de ses candidatures, et la richesse patrimoniale qui caractérise le cœur de ville depuis des siècles, Paris entend aujourd’hui donner une image moderne et dynamique d’elle-même et de la France à l’occasion de la venue des Jeux à l’été 2024.

Il faut dire qu’après trois tentatives infructueuses en trois décennies, la capitale française souhaite plus que jamais s’affirmer comme une partenaire de premier ordre pour un Mouvement Olympique en quête de renouveau, tant au regard de la désaffection des Villes Candidates relevée ces dernières années, que du contexte actuel lié à l’épidémie de Covid-19.

Pour Paris, le challenge est d’autant plus important lorsque l’on sait que l’édition 2028 aura lieu à Los Angeles (Californie, États-Unis) qui a pour ambition clairement assumée de faire entrer les Jeux dans une nouvelle ère.

En milieu de semaine, à l’occasion d’un point presse organisé en visioconférence, le Directeur de Cabinet du Président de Paris 2024 a d’ailleurs posé les bases d’une année 2021 cruciale pour la mise en œuvre des ambitions du Comité d’Organisation (COJO).

Comme l’a ainsi exposé Michaël Aloïsio :

L’année 2021 est une année particulière, car elle ouvre un nouveau cycle pour Paris 2024. C’est à partir de cette année que nous devenons officiellement la prochaine édition des Jeux d’été.

Nous nous sommes préparés depuis de longs mois déjà, avec de nouveaux sports et un concept qui a été salué par l’ensemble des acteurs concernés au cours du mois de décembre 2020.

Parmi les chantiers à venir au cours de cette nouvelle année, le COJO s’apprête à engager une vaste réflexion autour des formes de célébration des Jeux, ce qui inclura le concept du Relais de la flamme, et bien sûr le schéma des Cérémonies d’ouverture et de clôture. Des concepts stratégiques devront ainsi être élaborés dans un premier temps, avec une présentation espérée du cadrage fin 2021, pour ensuite amorcer dans un second temps, les travaux relatifs à la dimension artistique.

Pour les Cérémonies, Paris 2024 a depuis le début de l’aventure olympique et paralympique fait le choix – logique – du Stade de France à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Toutefois, tout paraît envisageable pour les responsables du COJO qui souhaitent dès lors étudier une possible alternative pour le déroulement d’au moins une des quatre soirées qui vont ponctuer le début et la fin des Jeux Olympiques (26 juillet au 11 août 2024), puis des Jeux Paralympiques (28 août au 08 septembre 2024).

Sur ce point, Michaël Aloïsio a précisé les éléments suivants :

On va essayer de conserver ce qui fait l’identité du projet, c’est-à-dire, comment, autour de [nos] marqueurs, nous pouvons ouvrir encore davantage les portes des Jeux.

L’exemple sans doute le plus emblématique sera celui des Cérémonies avec une question simple : est-ce que l’on reste sur un modèle à quelques dizaines de milliers de personnes qui assistent à une Cérémonie d’ouverture dans un stade ou est-ce que l’on ouvre un modèle avec des centaines de milliers de personnes ?

Visuel du live-site du Trocadéro projeté pour les Jeux Olympiques et Paralympiques d’été de 2024 (Crédits – Paris 2024 / Populous / Luxigon)

Concrètement, Paris 2024 pourrait décider l’organisation d’une Cérémonie en dehors du Stade Olympique, à l’image du modèle développé par les organisateurs des Jeux Olympiques de la Jeunesse pour l’ouverture de l’édition 2018 à Buenos Aires (Argentine).

Pour la première fois de l’histoire, une Cérémonie olympique s’était alors déroulée hors les murs, avec la tenue des festivités sur l’emblématique Avenida 9 de Julio. L’organisation de l’événement sur la plus large avenue au monde (140 mètres) avait permis la venue de centaine de milliers de spectateurs rassemblés tout autour de l’Obélisque de Buenos Aires, un des monuments-phares de la capitale argentine.

Dans sa réflexion à venir, le COJO pourrait par ailleurs chercher à s’inspirer – au moins sur les fondamentaux – du modèle présenté en phase de candidature par Los Angeles, d’abord pour les Jeux de 2024, puis pour ceux de 2028.

Plus encore que Paris, la « Cité des Anges » prévoit deux innovations de taille pour assurer la célébration de ses Cérémonies, avec la mobilisation inédite de deux Stades Olympiques et une large déambulation à travers les rues de Los Angeles pour rejoindre Inglewood, en proche périphérie.

Selon les modalités présentés au début de l’année 2017, la flamme olympique entamerait les dernières minutes du relais en parcourant la piste du Memorial Coliseum face à 70 000 spectateurs réunis dans les tribunes de l’enceinte hôte des JO 1932 et 1984 récemment rénovée. Dans le même temps, quelques 100 000 spectateurs supplémentaires pourraient suivre l’événement depuis le SoFi Stadium en attendant l’arrivée du défilé des nations et ce, grâce à une retransmission simultanée sur l’imposant écran géant circulaire et avec l’utilisation de la réalité virtuelle.

Pour la clôture des Jeux, l’enchaînement serait inversé – SoFi Stadium et Memorial Coliseum – avec un final marqué par l’extinction de la flamme et la transmission du drapeau olympique à la Ville Hôte des JO 1932.

Au moment de la présentation de ce concept inédit dans l’histoire des Jeux, Gene Sykes avait valorisé la recherche de la nouveauté pour repenser un modèle jusque-là très codifié.

Pour celui qui était à l’époque Directeur Général du Comité de Candidature de Los Angeles :

L’organisation de Cérémonies olympiques à travers deux stades emblématiques n’a jamais été faite par le passé. Mais la richesse des stades et la technologie de Los Angeles nous permettront de penser ‘What’s next’ plutôt que de nous demander simplement ce qui a été fait avant.

La Cérémonie d’ouverture de Los Angeles [2028] attirera plus de personnes à Los Angeles que n’importe quelle autre Cérémonie d’ouverture dans l’histoire. [LA 2028] déclenchera alors une célébration du sport qui, à notre avis, sera un énorme bénéfice pour la marque olympique.

Visuel du concept des Cérémonies de Los Angeles 2028 avec le SoFi Stadium (au premier plan) et le Memorial Coliseum (Crédits – LA 2028)

Dans le cas du projet parisien, l’étude de faisabilité qui doit être réalisée au cours des prochains mois, devra se pencher sur la logistique d’une Cérémonie en cœur de ville, avec en particulier la prise en compte de la dimension sécuritaire d’une telle manifestation regardée par des centaines de millions de téléspectateurs à travers la planète. Les différents acteurs concernés par le projet seront évidemment consultés, à commencer par l’État, via les Ministères régaliens.

En fonction des conclusions de l’étude, des pistes pourraient par la suite être dévoilées quant aux lieux envisagés pour le déroulement de la Cérémonie, sachant que la Seine pourrait jouer un rôle essentiel dans ce concept.

Le fleuve – déjà évoqué en phase de candidature pour l’implantation de live-sites sur les berges et largement mobilisé lors des Journées Olympiques depuis 2017 – constitue en effet un véritable trait d’union entre la capitale et le département de la Seine-Saint-Denis.

Ce cadre naturel offre par ailleurs des opportunités pour la mise en valeur du patrimoine urbain et paysager, ainsi que pour la promotion des sites sportifs de Paris 2024 qui jalonnent le tracé.

Vue du Stade de France à l’occasion de la visite de la Commission d’évaluation du CIO, en mai 2017 (Crédits – Sport & Société)

Pour l’heure, le Stade de France demeure bien identifié comme lieu des Cérémonies d’ouverture et de clôture, l’enceinte étant aussi prévue pour les épreuves d’athlétisme et pour le tournoi de rugby à 7.

Construit dans l’optique de la Coupe du Monde de football de 1998 dont la France fut le pays hôte, l’équipement majeur de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) se caractérise par sa grande capacité, comprise entre 70 000 (athlétisme) et 81 338 places (sports collectifs), et par ses lignes architecturales marquées par l’imposant toit au-dessus des tribunes.

De ce fait, mais également au regard de son emplacement non loin de Paris, et de sa connexion avec les transports en commun, le Stade de France fut naturellement intégré au dispositif de la candidature de Paris 2024 dévoilé pour la première fois en février 2016.

Si la plus grande enceinte sportive de l’Hexagone fut par le passé mobilisé au service des projets de Paris 2008 et de Paris 2012, la tenue des Cérémonies d’ouverture et de clôture fut néanmoins envisagée à un autre endroit limitrophe de la capitale pour la candidature de Paris 1992.

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Au milieu des années 1980, en l’absence d’un équipement-phare, les porteurs du projet exposèrent en effet l’idée de bâtir un stade d’envergure – le premier du genre depuis le Stade Olympique de Colombes en 1924 – à l’Est de Paris.

Cet emplacement répondait alors à l’aménagement projeté du Parc Euro-Disneyland à Marne-la-Vallée et par ricochets, aux équipements nouveaux appelés à être réalisés pour permettre une desserte adéquate du site dans le département de la Seine-et-Marne.

Deux options furent à ce moment-là retenues pour implanter le Stade Olympique, dont la capacité devait atteindre les 70 000 places pour accueillir, au-delà des Cérémonies, les compétitions d’athlétisme, ainsi que la finale du saut d’obstacles par équipes.

Comme cela fut mentionné dans le cadre du dossier de candidature :

Les études architecturales et techniques du Stade Olympique ont conduit à la conception d’un stade modulable ‘vert’ et à la recherche d’une intégration harmonieuse dans l’environnement très boisé des deux terrains, très proches l’un de l’autre, dont le choix reste encore ouvert : Vincennes ou Le Tremblay*.

L’implantation à Vincennes bénéficie de l’immédiate proximité de l’Institut National des Sports (INSEP). […] L’implantation au Tremblay a l’avantage de se situer au sein d’un parc de sports et de loisirs existant de 73 hectares, en bordure de la rivière la Marne.

En plus de l’argument tenant à cette proximité avec deux espaces boisés, le Stade Olympique aurait pu être édifié à 10 minutes du secteur de Bercy-Tolbiac (12e et 13e arrondissements) où avait été proposé l’aménagement du Village des Athlètes et l’édification du Stade Nautique face au Palais Omnisports de Paris-Bercy, actuel AccorHotels Arena.

*Le Tremblay fait ici référence au Parc du Tremblay situé sur la commune de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) et non à la ville Le Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis).

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