Tokyo 2020 : Le CIO et le Japon actent un report d’ici l’été 2021

Engagées dans le délicat processus décisionnel pour parvenir à un report des Jeux Olympiques et Paralympiques d’été de 2020, les autorités nippones ont donné aujourd’hui leur accord pour un décalage de l’événement d’ici l’été 2021.

(Crédits – CIO)

Depuis plusieurs jours, face à la propagation de l’épidémie de Coronavirus – notamment en Europe – les instances sportives internationales multiplient les reports et les annulations d’événements pourtant inscrits au calendrier de l’année 2020.

Le Comité International Olympique (CIO) devait pour sa part se pencher sur la délicate problématique d’un report ou non des Jeux Olympiques et Paralympiques d’été de Tokyo 2020, sachant qu’une telle manifestation représente des enjeux et des intérêts bien supérieurs à n’importe quel autre événement, sur le plan de la mobilisation des athlètes (10 500), des spectateurs, des moyens logistiques et financiers, etc.

Aussi, malgré les critiques à son encontre, l’institution de Lausanne (Suisse) a souhaité garder la main et ce, en engageant rapidement des discussions avec l’ensemble des parties prenantes aux Jeux, à savoir, au-delà du Comité d’Organisation (TOCOG), les autorités nippones, les Fédérations Internationales (FI), les Comités Nationaux Olympiques (CNO), sans oublier les partenaires et les diffuseurs détenteurs des droits. Le CIO avait par ailleurs précisé qu’il consulterait aussi régulièrement que nécessaire, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

La semaine dernière, le CIO avait dès lors rappelé l’importance de prendre le temps nécessaire avant d’acter toute décision, écartant toutefois l’idée d’une annulation pure et simple des Jeux de Tokyo 2020. Peu après, le Président de l’institution olympique avait martelé ce même message, arguant que la précipitation ne pouvait aboutir à une décision viable pour toutes les parties au projet.

De ce fait, à l’aune des dernières évolutions sur le plan sanitaire et au regard du discours adopté par les organisateurs des JO 2020 et les autorités nippones, l’idée d’un report s’est peu à peu imposée à tous. Il restait encore à valider les modalités – nombreuses et complexes – pour acter une telle entreprise.

Vue extérieure du Stade Olympique de Tokyo (Crédits – Japan Sport Council)

Trois options se présentaient alors aux CIO et à ses partenaires : un report à l’automne 2020 (dès le mois d’octobre), un report à horizon 2021 ou un report, plus hypothétique, sur l’année 2022.

Si la première option avait le mérite de conserver l’année olympique en 2020, avec un surcoût limité pour chacun des acteurs engagés dans le projet, elle risquait cependant d’être soumise au développement futur – dans un sens ou dans l’autre – de l’épidémie. La sécurité des athlètes et leur capacité à s’entraîner convenablement devant primer sur toute autre considération, le choix d’un report plus large s’est donc matérialisé.

La deuxième option assurait en effet aux organisateurs et aux CIO une marge de manœuvre plus aisée, bien que plus problématique, avec des sites à mobiliser un an plus tard que prévu, des réservations d’hôtels à réévaluer, sans oublier aussi la gestion du Programme des Volontaires – 80 000 personnes recrutées et disponibles pour l’été 2020 – et le maintien des opérations de marketing qui ont permis, en sept ans, de récolter comme aucune autre Ville Hôte auparavant, plus de 3,3 milliards de dollars de contrats. L’autre défi d’un report à échéance 2021 résidait dans le fait que d’autres événements majeurs avaient déjà été planifiés, parfois depuis plusieurs années, ou se sont intercalés depuis l’émergence de l’épidémie.

Avec un calendrier bien garni, les Jeux risquaient ainsi de se retrouver face à des compétitions comme les Championnats du Monde d’athlétisme à Eugene (Oregon, États-Unis). Mais signe du dialogue constant entre les parties, la Fédération Internationale d’Athlétisme (World Athletics) avait indiqué qu’elle était disposée, si nécessaire et au regard des contraintes locales, à repenser l’accueil des Mondiaux 2021. Ce point-là à sans doute été l’une des clés dans la décision finalement prise par le CIO, tout comme d’ailleurs le positionnement américain, le Comité Olympique et Paralympique (USOPC) n’ayant eu de cesse de démontrer sa volonté à aller de l’avant, en vrai partenaire du CIO, loin des pressions parasites exprimées par certains.

Surtout, l’ouverture des organisateurs nippons à concevoir le report éventuel d’un événement attendu depuis plus de sept ans, symbole de la reconstruction du pays après la catastrophe du printemps 2011, a été déterminante. Là-encore, comme avec les FI et les CNO, le CIO a su maintenir un dialogue constant, soucieux de parvenir à un accord dont les aspects conviendraient à chacun, dialogue notamment mené avec le Gouvernement de Shinzo Abe.

L’information d’un accord a d’ailleurs émané du Cabinet du Premier Ministre nippon, ce mardi 24 mars à la mi-journée. Dans un tweet, il a ainsi été précisé :

Après son entretien téléphonique avec le Président du Comité International Olympique (CIO), Thomas Bach, le Premier Ministre s’est exprimé face à la presse et a expliqué que les deux parties avaient convenu que les Jeux de Tokyo ne seraient pas annulés et qu’ils se tiendraient d’ici l’été 2021.

Peu après, le CIO et le TOCOG ont publié une déclaration conjointe pour sceller cet accord sans précédent dans l’histoire récente du Mouvement Olympique.

En effet, hormis les annulations des Jeux durant la période des deux Guerres mondiales – le CIO n’avait pas été confronté à pareil défi logistique et organisationnel depuis le contexte tumultueux de la Guerre Froide et les tensions alors générées autour des Jeux de Moscou 1980 et de Los Angeles 1984.

Dans la déclaration commune, les deux parties ont ainsi exposé :

La propagation sans précédent et imprévisible de l’épidémie entraîne une détérioration de la situation dans le reste du monde. Hier, le Directeur Général de l’Organisation Mondiale de la Santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré que la pandémie de Covid-19 s’accélérait. Plus de 375 000 cas sont actuellement enregistrés à l’échelle mondiale, presque tous les pays étant touchés, et leur nombre augmente d’heure en heure.

Dans la conjoncture actuelle et sur la base des informations transmises par l’OMS aujourd’hui, le Président du CIO et le Premier Ministre japonais sont arrivés à la conclusion qu’afin de préserver la santé des athlètes, de toutes les personnes associées à la préparation des Jeux Olympiques et des membres de la communauté internationale, les Jeux de la XXXIIe Olympiade à Tokyo devaient être reprogrammés après 2020 mais au plus tard à l’été 2021.

L’accord – qui doit encore être finalisé avec le choix des dates, mais sans changement de dénomination pour Tokyo 2020 – a été conclu à l’issue d’une conférence téléphonique qui a mobilisé, outre Thomas Bach et Shinzo Abe, le Président du TOCOG, Yoshiro Mori, la Ministre nippone chargée des Jeux, Seiko Hashimoto, la Gouverneure de la Ville de Tokyo, Yuriko Koike, mais également John Coates, Président de la Commission de Coordination du CIO pour les JO 2020, Christophe De Kepper, Directeur Général du CIO, et Christophe Dubi, Directeur Exécutif des Jeux Olympiques.

Vue extérieure de l’Ariake Arena (Crédits – Tokyo 2020)

A présent, chacun des acteurs mobilisés dans ce dossier va pouvoir s’atteler à moduler les plans initialement programmés et calibrés pour assurer le déroulement de 339 épreuves dans 33 sports à l’été 2020.

Cela inclus évidemment la logistique autour des 43 sites destinés aux Jeux, avec le réexamen inévitable de certains contrats de concessions qui devaient intervenir après les compétitions de l’été 2020, à l’image de l’Ariake Arena.

Pour ce site par exemple, hôte d’une partie du tournoi de volleyball durant les Jeux Olympiques et écrin du tournoi de basket-fauteuil lors des Jeux Paralympiques, un contrat avait été signé il y a maintenant plusieurs mois entre le Gouvernement Métropolitain de Tokyo (TMG) et la nouvelle société Tokyo Ariake Arena Inc.. Dès le mois d’août 2021, cette dernière devait pouvoir disposer de la structure et ce, à l’issue d’une phase de réagencement. Compte-tenu du report des Jeux, ce calendrier devra être amendé, moyennant, sans doute, compensation financière.

La question des sites concerne en outre le devenir du Village des Athlètes, dont les immeubles doivent être reconvertis en logements pour la population locale après la clôture des Jeux. En repoussant d’un an au maximum l’échéance olympique et paralympique, les organisateurs de Tokyo 2020 repoussent d’autant la mise en œuvre des travaux de reconversion et, en conséquence, la vente ou la location des différents espaces.

Il conviendra par ailleurs de s’intéresser à la gestion du Programme des Volontaires pour lequel 80 000 personnes, au Japon et aux quatre coins du globe, avaient été recrutées pour contribuer à la bonne tenue de l’événement à l’été 2020.

Design de la billetterie officielle des Jeux d’été 2020 (Crédits – Tokyo 2020)

Il sera enfin nécessaire de se pencher sur les répercussions qu’aura le report des Jeux sur le plan financier, avec bien entendu, l’impact sur les budgets – qui s’élevaient en décembre 2019 à 5,6 milliards de dollars à la charge du TOCOG et 7 milliards d’investissements réalisés par le Gouvernement Métropolitain de Tokyo et le Gouvernement du Japon – le Programme des Sponsors et ses plus de 75 partenaires nationaux et mondiaux, la vente de produits dérivés, et la billetterie.

Sur ce dernier point, et pour illustrer une fois encore l’étendue du défi logistique lié au report des Jeux, pas moins de 8,2 millions de demandes avaient été formulées par de potentiels spectateurs à la date du 24 janvier 2020, tandis qu’un total de 4,48 millions de billets avaient été écoulés, avant le déclenchement désormais caduque d’une ultime phase de mise en vente.

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