Tokyo 2020 : La déclaration de l’USOPC qui conforte le CIO dans sa ligne de conduite

Fortement critiqué par certains, concernant sa gestion de la crise liée au Coronavirus et son attentisme par rapport aux Jeux d’été de Tokyo 2020, le Comité International Olympique (CIO) peut compter sur la bienveillance du Comité Olympique et Paralympique des États-Unis (USOPC). Dans un communiqué publié ce dimanche soir, ce dernier use de bons mots pour soutenir la position de l’institution de Lausanne (Suisse).

(Crédits – Sport & Société)

Dans un contexte de crise, les propos distillés ici et là démontrent à souhait une certaine maîtrise stratégique ou, à l’inverse, une fébrilité évidente.

Ainsi, alors que le débat sur l’opportunité de maintenir ou non les Jeux Olympiques et Paralympiques d’été de Tokyo 2020 aux dates prévues – soit à compter du 24 juillet – fait rage auprès des athlètes et des décideurs sportifs, la réaction de l’USOPC est un parfait cas d’étude.

Peu après la déclaration du CIO faisant référence au délai de quatre semaines que s’accorde encore l’institution avant de prendre une décision, l’USOPC a, par l’intermédiaire de sa Directrice Générale, Sarah Hirshland, et du Président du Comité Consultatif des Athlètes, Han Xiao, publié un communiqué dont chacun des mots est pesé. Pour preuve :

La déclaration du CIO adressée aujourd’hui à la communauté mondiale des athlètes est une étape importante pour clarifier les choses, mais notre communauté d’athlètes continue de faire face à une énorme ambiguïté entourant les Jeux de Tokyo 2020.

Après avoir passé d’innombrables heures à échanger avec la direction du CIO, nos pairs du monde entier, nos Fédérations nationales, et les athlètes que nous servons, nous connaissons les obstacles difficiles et nous sommes tous reconnaissants sur le fait que le CIO ait entendu nos préoccupations et nos attentes et s’efforce de les résoudre aussi rapidement que possible.

Cette semaine, l’USOPC avait déjà salué l’initiative du CIO de se laisser le temps de la réflexion pour consulter les Fédérations Internationales et les Comités Nationaux Olympiques, et scruter les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). L’instance américaine avait d’ailleurs profité de l’occasion pour répondre à la Fédération américaine de natation – USA Swimming – qui avait alors plaidé pour un report rapide des Jeux.

Dans son communiqué, l’USOPC précise en outre que :

Chaque jour compte. Nous restons fermes dans notre recommandation à l’égard des athlètes de l’équipe américaine pour qu’ils continuent de suivre les conseils des responsables de la santé publique et nous poursuivons notre objectif prioritaire qui est de préserver la santé et le bien-être par dessus tout.

Dans le même temps, nous sommes soucieux de poursuivre l’étude d’alternatives pour garantir à tous les athlètes de vivre une expérience olympique et paralympique solide et épanouissante, quelque soit le moment où cela se produira.

Ensemble, nous trouverons des solutions qui perpétueront l’esprit des Jeux.

Vue du siège du Comité Olympique et Paralympique des États-Unis à Colorado Springs (Crédits – USOPC)

Dans un langage des plus olympiens, la déclaration de l’USOPC tranche radicalement avec les propos tenus par d’autres dirigeants sportifs ; André Giraud, Président de la Fédération Française d’Athlétisme (FFA) n’ayant pas manqué de cibler vertement le Président du CIO par exemple, en affirmant, au détour d’une interview pour « France TV Sport » :

Il y a derrière de gros enjeux financiers, on est suffisamment responsable pour comprendre cela. Mais à situation exceptionnelle, il faut avoir le courage de prendre des décisions et la priorité, c’est la santé publique. On gérera les autres problèmes ensuite. […] La déclaration de Thomas Bach mardi était complètement à côté de la plaque. Elle n’est pas acceptable.

Certes, il convient de distinguer la plume d’une déclaration formelle et la verve d’une interview.

Néanmoins, cette différence d’appréciation témoigne de deux cultures, sans doute, mais surtout de deux façons de s’exprimer à l’égard du CIO et, par extension, vis-à-vis des partenaires du Mouvement Olympique.

Plus que n’importe qui en effet, l’USOPC connaît les tenants et les aboutissants de l’organisation des Jeux qui, au-delà de la promesse de fraternité entre les nations et les participants, est aussi une grand-messe de moyens logistiques et financiers. L’afflux massif de sponsors pour Tokyo 2020 en est une illustration, avec un niveau inédit de partenaires – plus de 70 en comptabilisant les sponsors TOP du CIO – et plus de 3,3 milliards de dollars de recettes pour les Jeux de Tokyo 2020.

Or, le report d’une telle manifestation ne peut se faire dans la précipitation et ne peut être dicté par l’émotion. Un report, quelque soit sa durée, aura des répercussions considérables, dans le pays hôte des Jeux et bien au-delà, d’où la ligne de conduite adoptée par le CIO.

Pour affronter une crise sans précédent, et comme le fait le CIO depuis maintenant quelques jours, avec un message martelé par le Président Thomas Bach en fin de semaine dernière, il convient de faire un minutieux tour de table afin de sonder les intentions et les positions des uns et des autres dans le but final de parvenir à un accord commun pour sauvegarder les contours d’un événement qui rassemble habituellement plus de 10 500 athlètes, plusieurs millions de spectateurs et plus de 4 milliards de téléspectateurs.

Aux États-Unis, les parties en ont conscience, d’autant plus lorsque l’on sait que NBC Universal a déboursé pas moins de 7,65 milliards de dollars pour s’assurer, en 2014 et jusqu’en 2032, les droits télévisés. Une manne financière conséquente pour le CIO et in fine, une redistribution des revenus de l’institution assurée et même pérennisée.

Car oui, certains l’oublient peut-être, mais l’institution de Lausanne reverse une part non-négligeable de ses revenus annuels à l’ensemble du Mouvement sportif autour de la planète, avec une vocation éducative et de partage de connaissances et de moyens, en particulier pour les structures les moins développées.

(Crédits – USOPC)

Le ton employé par l’USOPC témoigne donc d’une reconnaissance vis-à-vis de l’action menée par le CIO, mais également d’une relation désormais apaisée et ce, alors que des tensions ont pu être relevées au cours des dernières années.

Souvenons-nous ainsi de la querelle passée entre le prédécesseur de l’USOPC – alors USOC – et le CIO sur fond de répartition des revenus, au moment même où New York candidatait à l’organisation des JO 2012. Le bras de fer avait coûté cher, la Big Apple ayant été balayé dès le second tour de scrutin, le 06 juillet 2005. Depuis, le contact a été renoué et l’accord conclu à l’été 2017 entre le CIO et Los Angeles 2028 – soit l’attribution des Jeux de 2028 et une contre-partie financière intéressante pour financer des actions locales à destination de la jeunesse – a permis de sceller une entente durable entre les deux parties.

Du côté français, les cicatrices du passé ont mis du temps à se refermer ; certaines étant malgré tout bien présentes.

Rappelons-nous par exemple des relations distendues entre la France et le CIO après le passage désastreux de la flamme olympique de Pékin 2008 dans les rues de la Ville Lumière, mais encore les vives critiques du Maire de Paris de l’époque, Bertrand Delanoë, après la cuisante défaite de Paris 2012. Gardons en mémoire aussi, le traitement infligé par les médias français et autres donneurs de leçons à celui qui porta longtemps la parole olympique tricolore au sein du CIO, Jean-Claude Killy, mais qui fut jugé trop proche du Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, du fait de son poste de Président de la Commission de Coordination des Jeux de Sotchi 2014…

Indéniablement, la stratégie de communication constitue la différence flagrante entre les États-Unis et la France.

De gauche à droite, Casey Wasserman, Président du Comité Los Angeles 2028 ; Eric Garcetti, Maire de Los Angeles ; Thomas Bach, Président du Comité International Olympique ; Anne Hidalgo, Maire de Paris ; et Tony Estanguet, Président du Comité Paris 2024, le 11 juillet 2017 (Crédits – Sport & Société)

Ce fut déjà le cas lors du duel Paris 2024 / LA 2028, là où les premiers ont vu une double victoire – l’accord de 2017 – et ont subtilement communiqué en ce sens, la seconde s’est contentée d’une validation de projet sans bonus.

Il en est de même aujourd’hui.

Alors que certains adopteront une vision à long terme, avec immanquablement un intérêt à agir de la sorte, d’autres préféreront le court terme et l’immédiateté avec, dans les deux cas, la santé des athlètes élevée au rang de priorité mais une manière distincte de promouvoir cette dernière.

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