Alpes françaises 2030 : La Commission de Coordination du CIO se concentre sur le positif

Pour sa première venue au complet dans l’Hexagone, la Commission de Coordination chargée de superviser les préparatifs des Jeux d’hiver 2030 a souhaité retenir le positif, notamment la promesse que cette édition reposerait en partie sur l’héritage sportif des rendez-vous olympiques déjà orchestrés dans les Alpes françaises.

Visite de la Commission de Coordination du CIO pour les Jeux d’hiver 2030 dans les Alpes françaises en décembre 2025 (Crédits – Grégory Picout / Alpes françaises 2030)

Alors que la Commission de Coordination du Comité International Olympique (CIO) a effectué sa première visite in situ en Savoie et en Haute-Savoie, le Président de l’instance a fait part de son enthousiasme et ce, malgré les évidentes tensions territoriales qui se sont ravivées cette semaine, ainsi que les questions structurelles qui demeurent autour du projet.

Comme l’a notamment exprimé Pierre-Olivier Beckers-Vieujant, qui pilotait déjà la Commission de Coordination pour les Jeux de Paris 2024 :

Ici, dans les Alpes françaises, nous parlons d’un projet exemplaire qui repose largement sur les infrastructures existantes.

Cette approche responsable est en parfaite adéquation avec les ambitions, les réalités et les défis des territoires hôtes.

Elle démontre la volonté de toutes et tous de concevoir des Jeux exceptionnels, durables, responsables sur le plan financier et respectueux de l’environnement.

Mais avant de pouvoir assister à ces Jeux, encore faut-il peaufiner la vision et les objectifs de l’événement qui, en 2030, fera son retour en France dans sa configuration hivernale pour la première fois depuis l’édition d’Albertville 1992.

Et tandis que le concept des Alpes françaises 2030 se démarque des précédentes éditions des Jeux d’hiver organisées dans l’Hexagone, avec ici un éclatement territorial qui englobe tout autant la Région Auvergne-Rhône-Alpes et la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, la Commission de Coordination du CIO s’est concentrée cette semaine sur les clusters de la première entité régionale citée.

Intervention de Pierre-Olivier Beckers-Vieujant dans le cadre de la visite de la Commission de Coordination du CIO pour les Jeux d’hiver 2030 dans les Alpes françaises en décembre 2025 (Crédits – Grégory Picout / Alpes françaises 2030)

Aussi, la Commission a pu multiplier les échanges avec les responsables du Comité d’Organisation et les élus locaux, avec le concours également de deux personnalités – réunies comme pour apporter une certaine caution morale au projet olympique et paralympique – à savoir Michel Barnier, ex-Premier Ministre, mais surtout ancien Co-Président du Comité d’Organisation des JO 1992 aux côtés de son acolyte d’alors, Jean-Claude Killy, légende du ski alpin qui a lui-aussi fait le déplacement pour accompagner la délégation olympique du côté de Val d’Isère (Savoie).

L’instance olympique a dès lors eu l’opportunité de mesurer l’apport des précédents Jeux pour le territoire, d’autant plus en considérant l’intégration des infrastructures à la probable carte des sites qui reste actuellement en débat après avoir provoqué des remous de la phase de candidature à l’entrée dans les préparatifs opérationnels, entre retrait et retour de Val d’Isère et départ fracassant de Méribel.

De surcroît, la Commission en provenance de Lausanne (Suisse) a pu apprécier l’expertise et le savoir-faire des sites emblématiques qui composent à ce jour les deux clusters sportifs locaux entre la Haute-Savoie, avec La Clusaz et Le Grand-Bornand, et la Savoie, avec Val d’Isère, Courchevel et La Plagne.

Au-delà des visites sur le terrain, les travaux du début de semaine – 1er au 03 décembre 2025 – ont aussi porté sur l’avancement dans la structuration de la gouvernance depuis l’attribution effective des Jeux.

Ainsi que l’a jugé à ce stade des préparatifs le Président de la Commission de Coordination :

Les fondations sont solides et la dynamique est excellente.

Je suis impressionné par le soutien de l’ensemble des parties prenantes, l’État, les Régions et l’ensemble des Collectivités. Cette implication collective est un signal fort.

Visite de la Commission de Coordination du CIO pour les Jeux d’hiver 2030 dans les Alpes françaises en décembre 2025 (Crédits – Grégory Picout / Alpes françaises 2030)

Il a notamment été rappelé l’établissement cette année du Comité d’Organisation (COJO), dont le Comité de Direction est désormais au complet, avec par ailleurs l’installation de la Commission des Athlètes, ainsi que la fondation de la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO Alpes 2030) qui, sur le modèle de l’instance créée pour les JO 2024, supervisera les principaux chantiers.

Il a également été mentionnée l’installation de ces deux structures dans les deux Régions Hôtes, avec le COJO localisé à Décines-Charpieu près de Lyon (Rhône) dans le secteur du Groupama Stadium, et la SOLIDEO Alpes 2030 basée à Marseille (Bouches-du-Rhône).

Bien que les organisateurs puissent apprécier cette répartition, elle n’en demeure pas moins l’illustration d’un projet quelque peu déséquilibré entre l’expérience du Nord et la quête de reconnaissance olympique du Sud, et sans doute davantage encore, le témoignage d’un concept développé à l’origine par les deux entités régionales dont les leaders tâchent désormais de conserver une juste représentation et un équitable partage.

Pour Edgar Grospiron en tout cas, le satisfecit de la Commission de Coordination – notamment quant à l’intégration d’anciens collaborateurs du COJO de Paris 2024, mais également quant à la mobilisation des pouvoirs publics qui a été relevée avec la participation aux réunions et aux visites de la Ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, Marina Ferrari – est un encouragement pour la suite des préparatifs.

Comme l’a fait savoir le Président du Comité d’Organisation qui, dans sa carrière, a brillé sur les pistes alpines en devenant Champion Olympique de bosses en 1992 :

Cette première visite de la Commission de Coordination du CIO est un grand succès qui a permis de montrer les qualités de notre projet, avec des sites exceptionnels et une envie très forte des Jeux partout sur le territoire.

Nous avons ainsi posé les bases d’un travail commun pour les quatre années à venir, pour faire des Jeux de 2030 un nouveau succès.

Edgar Grospiron, Président du Comité d’Organisation des Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030 (Crédits – Grégory Picout / Alpes françaises 2030)

Il n’empêche, à l’approche des Jeux d’hiver de Milan-Cortina 2026 – lors desquels une délégation des Alpes françaises 2030 participera au Programme des Observateurs du CIO – et alors que le drapeau olympique fera son retour à Albertville dès le lendemain de la Cérémonie de clôture de l’édition 2026, les défis s’annoncent encore nombreux et les questions périlleuses pour les organisateurs tricolores.

La grogne exprimée en marge de la visite olympique par le Président du Département de la Savoie sur la problématique budgétaire, avec la suspension jusqu’à nouvel ordre de toute participation savoyarde aux réunions préparatoires, a d’ailleurs mis en exergue les fragilités du projet français pensé sur des considérations politiques et territoriales avant l’intérêt sportif.

Or, aujourd’hui, la vision sportive de l’événement à venir doit être travaillée et le positionnement des sites doit permettre d’identifier le modèle qu’entendent incarner les Jeux d’hiver de 2030.

Ce positionnement reste néanmoins en suspens, la Commission de Coordination et les Fédérations Internationales devant pour l’instant se contenter d’un « schéma préférentiel des sites » en lieu et place d’une cartographie qui, après moult reports, devrait à présent être dévoilée au mieux au cours du premier semestre 2026.

L’expérience de Milan-Cortina 2026 et le recul sur cette édition qui va se tenir à cheval sur trois Régions italiennes – la Lombardie, le Trentin-Haut-Adige et la Vénétie – seront sans nul doute des éléments à ajouter à la réflexion française qui, au regard du succès ou non du rendez-vous transalpin de l’an prochain, pourrait fortement impacter le développement du projet.

Visite de la Commission de Coordination du CIO pour les Jeux d’hiver 2030 dans les Alpes françaises en décembre 2025 (Crédits – Grégory Picout / Alpes françaises 2030)

A la problématique des sites – qui inclut la localisation non-définie de l’Anneau de vitesse, avec la participation attendue de Italie ou des Pays-Bas, ainsi que la sectorisation des épreuves paralympiques et des sports additionnels – viendra aussi s’ajouter le point de crispations portant sur l’effort budgétaire que chacune des parties au projet devra in fine consentir selon un cadrage qui, aujourd’hui et pour la partie organisationnelle propre au COJO, est chiffré à 2,1 milliards d’euros.

Cette première projection budgétaire réalisée depuis l’installation effective dudit COJO est toutefois à prendre avec précautions, les errements du projet pouvant aboutir à un alourdissement plus ou moins conséquent des coûts… avec en filigrane le sujet brûlant de la rallonge budgétaire des acteurs publics.

D’ailleurs, le financement des Jeux devra immanquablement être scruté de près à l’aune des évolutions du projet bien sûr et de l’intérêt que pourrait exprimer le secteur privé, d’autant plus en sachant que les Alpes françaises ont fait de l’attractivité post-Paris 2024 un argument de poids durant la candidature.

Pour permettre la venue de sponsors, la qualité du projet, la solidité de celui-ci et la concorde générale autour du concept des Jeux devront être sanctuarisées, au risque sinon de devoir lutter pour obtenir des partenaires.

Sur ce dernier point, les Alpes françaises pourraient se remémorer le souvenir de Milan-Cortina 2026 qui avait tardé à formaliser son Programme de Sponsoring, avant la venue d’un premier partenaire en juillet 2022, trois ans après l’attribution des Jeux à l’Italie, et surtout l’élan opéré à partir de 2023 sous l’impulsion d’un nouveau Directeur Général en la personne d’Andrea Varnier.

Mais à la différence du dossier français, les organisateurs italiens ont pu bénéficier d’un délai de préparation de sept ans. Dans le cas hexagonal, et compte tenu des questions à régler, le temps est plus que jamais compté.

Le dossier alpin sera en tout cas au menu des discussions de la Commission Exécutive du CIO qui se réunira les 09 et 10 décembre 2025, avant d’aborder une année 2026 capitale.

Une chose est sûre : la sérénité avec laquelle le CIO a pu travailler et avancer avec Paris 2024 ne sera pas la même avec les Alpes françaises 2030.


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