Après plusieurs années de polémiques et autres tergiversations, les organisateurs des Jeux Olympiques et Paralympiques d’été de 2032 semblent être sur le point d’entamer une étape cruciale avec la validation de la cartographie des principaux sites, fruit d’un travail de refonte complet du dispositif initialement envisagé.

Les Jeux de Brisbane 2032 se dessinent enfin à l’horizon.
Si le Comité d’Organisation – présidé par Andrew Liveris et dirigé par Cindy Hook – a bien sûr été installé par suite à la désignation du Queensland comme Hôte des Jeux, le concept même de l’événement restait à définir en ce qui concerne la répartition des divers sites sportifs et extra-sportifs sur la carte du territoire régional.
De fait, les mois et années qui ont suivi l’attribution des JO 2032 ont surtout été marqués par des interrogations autour de l’opportunité de démolir et de reconstruire le Gabba Stadium de 42 000 places pour en faire le site-phare des Jeux pour l’accueil tant des Cérémonies d’ouverture et de clôture que de la tenue des épreuves d’athlétisme.
Le coût de ce réaménagement – évalué à 2,71 milliards de dollars australiens (1,57 milliard d’euros) – et l’impact sur le quartier tout entier avaient ainsi soulevé nombre de polémiques, notamment au travers d’une franche opposition locale de résidents et d’élus.
A cela s’est ajouté le questionnement autour de la construction – également coûteuse – de la Brisbane Arena pour l’organisation des épreuves de natation, sans compter aussi les bisbilles un temps sensibles entre les autorités du Queensland et celles de l’État fédéral australien quant à l’effort budgétaire à consentir de part et d’autre.
In fine, pour tenter de sortir la tête de l’eau, l’État du Queensland a pris la décision de réinterroger toute la cartographie des sites de Brisbane 2032 pour, sept ans avant l’échéance, être enfin en capacité d’enclencher les nécessaires chantiers destinés à permettre l’accueil de la manifestation planétaire qui effectuera son retour en Australie, trente-deux ans après l’édition de Sydney 2000.
Aussi, la nouvelle mouture de ladite cartographie a été dévoilée ce mardi 25 mars 2025 par les autorités du Queensland et ce, à l’issue d’un examen approfondi pour mesurer les forces et faiblesses du dispositif présenté jusqu’alors et pour jauger de la faisabilité de certains projets, le tout, au regard d’une enveloppe budgétaire de 7,1 milliards de dollars australiens (4,11 milliards d’euros).

Au bout du compte, plusieurs bouleversements importants apparaissent, à commencer par l’abandon définitif de la piste du réaménagement du Gabba Stadium.
Si cette piste avait du plomb dans l’aile depuis maintenant plusieurs mois, elle pouvait encore revenir sur le devant de la scène. Mais face aux polémiques et à la complexité – notamment calendaire – de tenir les travaux, les autorités ont choisi de revoir leur copie pour privilégier la construction d’une nouvelle arène dans le secteur de Victoria Park et ce, bien que le coût d’aménagement s’annonce bien au-delà du chiffrage présenté pour le Gabba Stadium.
La future enceinte est ainsi évalué à 3,785 milliards de dollars australiens (2,19 milliards d’euros), soit une large part du budget global évoqué pour les sites sportifs de Brisbane 2032.
L’emplacement exact du Stade Olympique et le choix de l’architecte ne seront toutefois pas connus avant la mi-2027, le temps de mener les études techniques nécessaires et de lancer l’appel d’offres pour la conception de l’ouvrage, les travaux devant ensuite s’achever au plus tard dans le courant de l’année 2031, soit peu ou prou un an avant l’ouverture des JO 2032.
D’une capacité pouvant atteindre les 63 000 places – contre 55 000 dans une précédente projection -, l’enceinte devra pouvoir recevoir les Cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux, de même que les compétitions d’athlétisme, avant de rester en héritage pour devenir l’écrin des clubs des Brisbane Lions, du Brisbane Heat et des Queensland Bulls.
Comme le justifie le rapport de présentation des sites :
Son emplacement en centre-ville, sa vue sur la ville et sa capacité à s’intégrer dans un parc aménagé en font un choix incomparable pour un lieu emblématique de sport et de divertissement. […]
Ce nouveau site de classe mondiale contribuera à faire de Brisbane et du Queensland une destination incontournable pour les événements majeurs, bien au-delà de l’organisation des Jeux, et offrira la possibilité d’augmenter la prospérité économique et sociale du Queensland grâce à un tourisme événementiel accru.
Pour le Gabba Stadium, un dernier tour de piste dans le cadre des Jeux de 2032 reste envisageable dans la perspective, par exemple, de la présence du cricket parmi les sports inscrits au programme de cette édition.
En revanche, pour l’après-JO, la démolition de ce site emblématique de Brisbane semble aujourd’hui actée, la refonte du quartier de Woolloongabba devant à terme conduire à l’aménagement de nouveaux logements.

Outre le Stade Olympique qui est un site-clé du dispositif des Jeux, les autorités du Queensland ont également revu le projet de Centre Aquatique Olympique.
En lieu et place de la Brisbane Arena (17 000 places), dont la construction en pleine ville et pour partie sur une emprise ferroviaire était évaluée à 2,5 milliards de dollars australiens (1,45 milliard d’euros), lesdites autorités ont ainsi sanctuarisé l’aménagement d’un nouvel équipement à l’emplacement de l’actuelle Centenary Pool dans le quartier de Spring Hill.
Pensé pour être un pôle de référence pour les quatre sports aquatiques, le Centre – d’un coût estimé de 650 millions de dollars australiens (376,23 millions d’euros) – se composera de deux structures complémentaires dotées de bassins aux dimensions olympiques et de tours de plongeon, permettant la tenue des épreuves et le déroulement des entraînements.
La première structure disposera au moment des Jeux d’une capacité de 19 350 places, tandis que la seconde pourra recevoir jusqu’à 5 000 spectateurs.
Dans sa globalité, le site offrira donc une capacité avoisinant les 25 000 places, ce qui en fera la deuxième plus vaste enceinte olympique de l’histoire dédiée à la natation, devant La Défense Arena pour Paris 2024, mais derrière le SoFi Stadium qui, pour les Jeux de Los Angeles 2028, pourra abriter 38 000 spectateurs par session.
A l’issue des compétitions, la jauge permanente sera abaissée à 8 350 places – soit dans le détail 5 850 pour la première structure et 2 500 pour la seconde – ce qui garantira la possibilité pour l’ouvrage de recevoir de façon régulière des événements d’envergure nationale et de classe mondiale.
Comme l’a d’ailleurs salué la Fédération Australienne de Natation :
Ce plan constitue un véritable héritage pour les communautés de Brisbane et du Queensland, honore et célèbre l’amour de longue date des Australiens pour les sports aquatiques et permettrait au sud-est du Queensland de devenir un pôle mondial des sports aquatiques.

Figurant pour sa part dans le dispositif initial, le Queensland Tennis Centre est conservé dans la nouvelle mouture présentée par les autorités gouvernementales, mais avec cependant une réévaluation du projet.
De fait, alors qu’une adaptation mineure du site le temps des Jeux avait d’abord été privilégiée, il est désormais convenu que le Centre de tennis bénéficiera d’une cure de jouvence majeure qui assurera à l’installation pas moins de 13 nouveaux courts, dont l’un d’une capacité de 3 000 places.
Édifié en 2009 à Tennyson, au sud de Brisbane, le Queensland Tennis Centre dispose à l’heure actuelle d’un court principal de 5 500 places – la Pat Rafter Arena – et de 23 courts annexes.
Ainsi que l’expose le rapport de présentation des sites :
L’amélioration du Queensland Tennis Centre offrira des avantages patrimoniaux importants en répondant à la demande croissante en matière d’accès aux courts de tennis et pourra être réutilisé pour de futurs événements majeurs.
D’autres sites sportifs se distinguent dans le rapport rendu public cette semaine, parmi lesquels le Brisbane International Shooting Centre.
L’installation – qui propose aujourd’hui quatre stands de tir – sera réaménagé dans l’optique des Jeux afin de porter sa capacité à 2 000 spectateurs par session.
Pour sa part, le Vélodrome Anna Meares et la BMX Supercross Track sont consacrés pour les épreuves de cyclisme sur piste et de BMX, les deux installations disposant des certifications internationales et de l’expérience acquise avec l’accueil des Jeux du Commonwealth en 2018 et celle à venir du fait de l’organisation in situ des Championnats du Monde de BMX en 2026 et des Championnats du Monde de cyclisme sur piste en 2030.
Plus largement, le site du Sleeman Sports Complex situé dans le quartier de Chandler est aussi destiné à accueillir au moment des Jeux les épreuves de natation synchronisée, de plongeon et les matchs du tournoi préliminaire de water-polo dans l’écrin du Brisbane Aquatic Centre (4 300 places).
La gymnastique artistique et le trampoline devraient eux-aussi être localisés dans l’immense complexe édifié à l’occasion des Jeux du Commonwealth de 1982.
Il devrait en être de même pour le basket-fauteuil alors que les autorités ambitionnent de faire du Chandler Sports Precinct un pôle de référence pour le handisport.
Au-delà de Brisbane, le Sunshine Coast Stadium profitera lui-aussi de la venue des Jeux pour connaître des travaux de modernisation qui permettront à l’enceinte d’accroître sa jauge de 1 046 à 10 680 sièges permanents, renforçant dès lors la dimension régionale de ce stade situé dans le périmètre territorial de Sunshine Coast.
A Cairns, le Barlow Park bénéficiera également d’une mise à niveau importante, avec la construction d’une nouvelle tribune pérenne de 5 000 places.
Du côté de Rockhampton, les autorités projettent la tenue des compétitions d’aviron et ce, en lieu et place du Wyaralong Flatwater Centre qui était jusqu’à présent évoqué. Le Rockhamption Fitzroy Rowing Club – actuel centre d’entraînement de l’équipe nationale australienne – sera pour l’occasion réaménagé avec des infrastructures pérennes pour mettre le site au niveau des standards internationaux.
Parallèlement, les épreuves de canoë-kayak se tiendront au sein d’un nouveau Centre d’eaux vives à Redland d’une capacité de 8 000 places qui fut pourtant un temps pointé du doigt dans le cadre d’un rapport d’une Commission Sénatoriale.
Les épreuves équestres devraient quant à elles se dérouler dans l’écrin à réhabiliter du Parc des Expositions de Toowoomba, tandis que le VTT prendra place sur le site du Sunshine Coast Mountain Bike Centre à Parklands.
A l’instar de Brisbane et de Sunshine Coast, Gold Coast sera aussi sous le feu des projecteurs en 2032.
Ce sera notamment le cas pour le Gold Coast Hockey Centre qui aura droit à des améliorations techniques pour recevoir le tournoi de hockey-sur-gazon.
Surtout, Gold Coast mise grandement sur une nouvelle aréna multifonctionnelle de 12 000 places dont la construction doit débuter entre 2026 et 2027 pour un achèvement prévisionnel deux ans plus tard, le tout pour un budget propre de 480 millions de dollars australiens (277,83 millions d’euros).
Deux autres infrastructures multifonctionnelles de 7 000 et 10 000 places, qui pourraient servir à l’accueil d’épreuves de sports collectifs sont par ailleurs projetées et soutenues par les autorités du Queensland.
Situés respectivement à Logan et à Petrie, les deux Centres sportifs indoor se veulent des écrins régionaux accessibles pour divers sports olympiques et paralympiques, que ce soit le badminton, le basketball, le basket-fauteuil, le volleyball et le volley-assis, ou le rugby-fauteuil, mais encore des sports non-présents sur la scène des Jeux (futsal, netball, etc.).

Si les ajustements sur le plan des sites sportifs constituaient le principal défi de la revue de projet engagé par le gouvernement du Queensland, ladite revue a aussi conduit à remodeler le schéma envisagé pour l’accueil des compétiteurs, en particulier en ce qui concerne la localisation du principal Village des Athlètes.
Prévu jusqu’alors dans le secteur de Northshore – dans le cadre d’un vaste projet de requalification urbaine – avec une vue imprenable sur la Brisbane River et le quartier d’affaires en toile de fond, le Village des Athlètes des JO 2032 est finalement déplacé en direction du quartier de Bowen Hills.
Plus central et assurant une connexion directe avec la ville, ce nouvel emplacement offrira aux compétiteurs des prestations de qualité au travers d’immeubles résidentiels pouvant aisément recevoir jusqu’à 10 000 athlètes au moment des Jeux Olympiques et encore 5 000 lors des Jeux Paralympiques.

Par la suite, le Village deviendra une nouvelle composante du quartier avec l’apport de logements dans une ville en perpétuelle croissance.
Au-delà de l’espace résidentiel, l’aménagement désormais planifié prévoit également la rénovation du Brisbane Showgrounds qui n’est autre que le cadre annuel de la Brisbane Ekka, soit la plus grande manifestation agricole du Queensland, et qui devait initialement abriter les épreuves équestres dans une configuration à 15 000 sièges, dont 10 000 démontables.
Bien qu’il ne soit plus intégré au dispositif des sites sportifs de Brisbane 2032, le stade sera néanmoins rénové dans l’optique des Jeux et ce, afin que sa nouvelle jauge de 20 000 places soit pleinement opérationnelle à l’issue de l’événement planétaire.

Outre le Village des Athlètes dans la ville-centre du Queensland, la cartographie prévisionnelle repose aussi sur l’agencement de trois autres Villages de moindre envergure.
La revue de projet a permis de sanctuariser ce programme.
De fait, le Sunshine Coast Athlete Village de 1 400 lits pour les Jeux – 350 logements pérennes – est projeté au cœur de Maroochydore, dont la requalification du centre d’affaires comprendra aussi l’aménagement d’une aréna et d’une zone culturelle, tandis que le Gold Coast Athlete Village s’accompagnera lui-aussi d’un réaménagement urbain d’ampleur, cette fois dans le cadre du projet de développement des activités du Royal Pines Resort.
Aux côtés de ces deux structures, un troisième ensemble immobilier de plus petite taille devrait émerger dans le sillage du projet de régénération du quartier ferroviaire de Rockhampton.

Approuvés par le Comité d’Organisation des Jeux de Brisbane 2032, ces multiples changements et adaptations reflètent in fine les priorités tant des organisateurs que des pouvoirs publics, conscients que le plus dur commence.
Après les hésitations des premières années, le calendrier va en effet s’accélérer inexorablement, avec bien sûr d’inévitables nouveaux ajustements comme le démontre chaque édition successive des Jeux.
Pour Brisbane 2032, l’enclenchement des chantiers devra en tout cas s’opérer avec une nécessaire mission de reconquête de l’opinion publique qui, après l’exaltation liée à l’attribution des Jeux, avait fini par se lasser des polémiques en mesurant de surcroît les risques possiblement sévères de dérapages budgétaires.
Avec la revue de projet menée ces derniers mois, les autorités ont en sens voulu démontrer qu’elles étaient prêtes à relever le pari de Jeux, certes déjà adaptés, mais en maintenant le cadre budgétaire décidé sous les précédentes administrations dans l’État du Queensland et au niveau de l’État Fédéral.
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L’impression générale autour de ces JO 2032 est très brouillonne. Tous les sites envisagés sont modifiés, beaucoup de constructions nouvelles, un concept assez flou sans marqueurs forts. Il y a encore du temps mais pour l’instant ça ne fait pas rêver. J’ai du mal à comprendre cette attribution, qui avait été une surprise, basée sur un concept aussi peu porteur.
Effectivement, les hésitations ayant suivi la désignation de Brisbane 2032 se confirment aujourd’hui, ce qui est relativement déroutant compte tenu de la solidité – au moins apparente – avec laquelle avait réussi à avancer l’Australie dans sa candidature.
La sélection rapide de cette candidature par le CIO tenait tout à la fois du projet d’envergure régionale soutenu sur le terrain et politiquement, que du désir de l’institution olympique de saluer l’engagement de John Coates, aujourd’hui ex-Président du Comité Olympique australien, figure historique du CIO et proche de Thomas Bach.
Il ne faut pas oublier non plus que Brisbane 2032 fut le premier Hôte choisi selon le nouvelle procédure d’attribution – phase de dialogue continu / phase de dialogue ciblé – avec les avantages et les risques que cela induit.
A mon sens, le fait d’attribuer les Jeux avec 11 ans d’avance constitue un réel pari.
Dans le cas d’une candidature comme Brisbane 2032, cela a été marqué par des années de « perdues » qui ont mis en évidence des éléments qui auraient dû être sécurisés dès le stade de la candidature ou tout du moins discutés de manière approfondie. Je pense ici à la répartition de l’effort budgétaire entre le Queensland et l’Etat fédéral qui a été l’un des points de crispation (aux côtés aussi du sort du Gabba Stadium et de la coûteuse Brisbane Arena).
A l’inverse, dans le cas par exemple de Los Angeles 2028, les organisateurs ont finalement très tôt mis à profit la désignation précoce pour commencer à sanctuariser le cadrage budgétaire avec les premiers sponsors, tout en pouvant étoffer la carte des sites avec, il est vrai, la capacité de Los Angeles et sa région de pouvoir profiter de plus de 95% de sites existants ou temporaires. Comme je l’ai précisé dans un récent article au sujet justement du dernier ajustement de la carte des sites, LA 2028 a ce luxe que d’autres candidatures et projets n’ont pas.
Pour Brisbane 2032, il sera essentiel de tirer profit des organisations de Paris 2024 et à venir de LA 2028.
Vous pouvez en tout cas compter sur moi pour évoquer de façon régulière les prochains développements.