Le Comité de révision récemment installé pour réexaminer l’ensemble de la cartographie des sites des Jeux de Brisbane 2032 a livré ses recommandations en ce qui concerne la problématique singulière du Gabba Stadium, faisant d’ailleurs un constat des plus sévères au sujet de l’enceinte initialement intégrée pour accueillir les Cérémonies et les épreuves d’athlétisme.

Après des mois de polémiques et de rebondissements qui ont largement dépassé le cadre sportif, une certitude s’est peu à peu dessinée – puis matérialisée – quant à la mobilisation de l’emblématique Gabba Stadium de Brisbane (Queensland, Australie) parmi les sites appelés à recevoir une part des festivités olympiques et paralympiques en 2032.
Sauf improbable retournement de situation, l’écrin monumental de Brisbane ne sera pas le théâtre des Cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux et sans doute pas non plus celui des compétitions d’athlétisme, seuls des matchs de cricket pouvant in fine venir sauver la place du Gabba, à la condition bien sûr que ce sport – qui foulera la scène des Jeux de Los Angeles 2028 – soit retenu par les organisateurs comme sports additionnels.
Pour l’historique enceinte – officiellement connue sous la dénomination de Brisbane Cricket Ground – les derniers mois ont clairement pris l’apparence d’un inexorable chemin de croix.
Alors que depuis l’attribution des Jeux en 2021, le gouvernement mené par Annastacia Palaszczuk avait défendu avec détermination l’idée de démolir et de reconstruire le stade autour d’un projet devant permettre un rehaussement de la jauge de 42 000 à 50 000 places, les polémiques s’étaient ensuite multipliées, gagnant progressivement l’opinion publique et une partie de la classe politique à l’échelle du Queensland et même de l’Australie.
Face à la défiance rencontrée, le nouveau Premier Ministre du Queenland avait récemment fait le choix d’une remise à plat du projet vilipendé notamment pour son coût estimé à 2,71 milliards de dollars australiens (1,63 milliard d’euros).
Aussi, en actant plus tôt cette année l’installation d’un Comité de révision, Steven Miles a souhaité faire retomber la pression, chargeant l’ancien Maire de Brisbane (2011-2019), Graham Quirk, de piloter une mission dont les conclusions ont été livrées ce lundi 18 mars 2024 dans le cadre d’un rapport de 80 pages.
L’entièreté dudit rapport ne concerne évidemment pas le seul cas du Gabba Stadium, l’objet de la mission ayant consisté à un réexamen de l’ensemble du dispositif des Jeux de 2032. Il n’empêche, sur une quinzaine de pages, le Comité de révision évoque spécifiquement les contraintes, les faiblesses et les aléas potentiels relatifs au stade précité et énonce en suivant plusieurs options de remplacement du site.

Ainsi, le Comité présente dès le départ le fait que le Gabba Stadium ne dispose pas à l’heure actuelle d’une capacité suffisante lui permettant de rejoindre le cercle restreint des grandes enceintes australiennes que sont notamment le Melbourne Cricket Ground (100 000 places), l’Optus Stadium à Perth (60 000), ou encore le Sydney Cricket Ground (48 000).
Sur ce point, il est en particulier fait état d’une jauge à considérer entre 33 000 et 37 000 places et non à 42 000 places, l’écart important se justifiant ici par les écrans et autres structures ayant amené à la perte de sièges.
Outre cet élément factuel, le Comité pointe surtout le vieillissement d’une installation réaménagée en 1995 et dont la refonte nécessiterait de vastes travaux.
Comme le précise le rapport :
La conception du Gabba était prévue pour avoir une durée de vie de 50 ans, avec une tolérance de +/- 20% (40 ans minimum). Au bas de cette fourchette, le Gabba atteindra cette étape en 2035. A moins d’une intervention beaucoup plus précoce, cela créera d’importants problèmes structurels et opérationnels.
[…] L’examen du groupe de travail sur les stades de 2018 avait identifié le Gabba comme un site fatigué qui, sans remplacement ni amélioration significative, aurait une durée de vie utile restante d’environ 11,6 ans, portant celle-ci au début des années 2030.
Parmi les travaux essentiels à étudier, le Comité cible notamment la structure de la toiture dont la composition en toile tendue avait déjà donné lieu à un remplacement partiel à la suite d’une dégradation survenue en 2008. Des altérations de parties en acier devraient aussi conduire à une reprise importante de l’ensemble de l’équipement, sans compter la mise à niveau requise pour les systèmes de sécurité, les ascenseurs ou l’éclairage.
Pour ces travaux de maintenance, le Comité rapporte un coût prévisionnel compris entre 400 et 500 millions de dollars australiens (240,51 à 300,64 millions d’euros). Un montant auquel s’ajouterait le coût d’un chantier qui devrait respecter les nouvelles normes en matière de construction, normes qui n’existaient pas lors de l’édification du stade ou au cours des rénovations antérieures. Au montant précédemment évoqué viendrait dès lors se juxtaposer une somme quasi-équivalente portant la rénovation globale à plus d’un milliard de dollars australiens (601,2 millions d’euros).
Face à ces constatations – qui intègrent également les problématiques d’accessibilité d’une enceinte sportive en cœur de ville et de fonctionnalité quant à l’absence de vestiaires pour les femmes par exemple ou d’espaces de réception devenus obsolètes – le Comité de révision du projet olympique et paralympique revient évidemment sur la question du réaménagement, avec l’idée initiale de démolir et de rebâtir le stade.
Or, malgré les pistes avancées jusqu’à présent par les pouvoirs publics, un réaménagement de cet nature ne résoudrait pas certains points comme celui de la jauge maximale possible ou la diversité de fonctionnalités de l’ouvrage.
En ce sens, le Comité se montre sévère quant au projet estimé à 2,71 milliards de dollars australiens défendu par l’ancienne administration du Queensland. Car si ce chiffrage constitue déjà une inflation conséquente par rapport aux projections initiales, il demeurerait bien en retrait d’une potentielle facture frôlant le seuil des 3 milliards de dollars australiens (1,8 milliard d’euros) incluant des coûts non-inclus jusqu’alors, qu’ils s’agissent des coûts de déplacement des équipes sportives durant le chantier ou des coûts d’aménagement d’un site d’entraînement.
Dès lors, le Comité de révision donne ce qu’il convient de considérer comme un coup de grâce pour le projet de reconstruction.
Ainsi que le mentionne le rapport :
Le Comité a noté que même avec ce niveau d’investissement, les contraintes du site du Gabba entraîneraient certains compromis opérationnels qui ne permettraient pas d’en faire un véritable stade aux normes internationales par rapport aux meilleurs stades d’Australie et du monde.
[…] En grande partie à cause de son âge, le Gabba Stadium est en mauvais état, inefficace sur le plan opérationnel, inaccessible et offrant de très mauvais équipements aux athlètes et au public. Il existe des éléments montrant que l’état du stade est un frein à la venue de nouveaux événements et, dans une certaine mesure, au maintien de manifestations actuelles.
Le Comité va plus loin encore dans sa critique de l’enceinte existante, préconisant de fait une démolition sans reconstruction, le site débarrassé du Gabba pouvant alors être requalifié. Cette recommandation pourrait toutefois ne pas être retenue par les autorités, l’histoire du stade et l’attachement sportif à ce dernier étant susceptibles d’être des arguments à la préservation du site et à sa rénovation à moindre coût.

Pour palier à l’absence de grand projet englobant le Gabba Stadium afin d’y établir les Cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux ainsi que les épreuves d’athlétisme toujours très prisées, le Comité de révision s’est engagé dans un examen des pistes alternatives, se focalisant in fine sur des équipements ou sites urbains existants.
Mais aussi surprenant que cela puisse paraître, ledit Comité avance l’idée de sélectionner un site sur lequel pourrait être construit une nouvelle enceinte dont le coût estimatif est toutefois bien plus conséquent que celui portant sur le Gabba.
En effet, il a été recommandé de bâtir un ouvrage moderne et fonctionnel disposant d’une jauge pouvant atteindre 55 000 places dans le secteur de Victoria Park. Pour le Comité, cette solution assurerait l’intégration des caractéristiques appropriées d’un stade comme le Gabba mais sans les contraintes liés à ce dernier. Surtout, l’implantation d’un stade dans ce périmètre permettrait un développement sportif et un héritage massif selon le Comité de révision qui cite en cela les exemples de nouveaux stades conçus dans le monde autour ou au sein de parc urbain pouvant offrir des opportunités intéressantes.
Bien que résolument distinct du projet centré autour du Gabba Stadium, et nécessitant de l’aveu même du Comité de révision un approfondissement certain, le concept de Victoria Park représenterait la bagatelle de 3 à 3,4 milliards de dollars australiens (1,8 à 2,04 milliards d’euros).
Une somme astronomique que n’entend pas assumer le gouvernement du Queensland.
Comme l’a exposé dès la sortie du rapport le Premier Ministre en exercice :
J’ai ordonné cet examen parce que j’avais entendu des habitants du Queensland dire que 2,7 milliards pour le Gabba, c’était trop. Pour les habitants, 3,4 milliards à Victoria Park, seront de trop, donc j’exclus cette possibilité.
Je sais que j’ai dit que je ferais ce que l’étude Quirk recommanderait, mais je ne peux pas soutenir cette option.
Aussi, en lieu et place d’un nouvel écrin dans le paysage de Brisbane, Steven Miles préfère plus que jamais miser sur l’existant. Deux alternatives plutôt qu’une pourraient en ce sens être consacrées.

Concrètement, les Cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux pourraient être localisées au cœur du Suncorp Stadium édifié au début des années 2000 et qui, jusqu’à présent, fut mentionné pour abriter en 2032 les finales des tournois de football et de rugby à 7.
Des travaux de mise à niveau de l’enceinte de 52 500 places devraient cependant être réalisés, sans pour autant atteindre les sommets des autres projets.
En ce qui concerne le choix du site des épreuves d’athlétisme, le gouvernement du Queensland penche très clairement en faveur d’une piste écartée par le Comité de révision, à savoir la requalification du Queensland Sport and Athletics Centre.
Construit dès 1975 dans la perspective des Jeux du Commonwealth 1982, le stade fut par la suite proposé comme Stade Olympique pour les Cérémonies et pour les compétitions d’athlétisme dans le cadre de la candidature formalisée par Brisbane pour l’accueil des Jeux d’été de 1992 finalement attribués à Barcelone (Espagne).
Disposant actuellement d’une jauge de 48 500 places environ, l’ouvrage situé à Nathan, en périphérie sud de Brisbane, est entouré d’équipements sportifs qui, ensemble, attirent plus de 780 000 visiteurs chaque année.
Malgré la qualité des installations et leur utilisation régulière, l’accessibilité du site semble représenter un frein pour le Comité de révision qui, dans son rapport, pointe l’impérieuse nécessité de prévoir l’afflux de centaines de bus pour acheminer les milliers de spectateurs susceptibles de venir assister aux compétitions lors des Jeux.
Ainsi que l’énonce le rapport :
Compte tenu du manque de transports en commun directs, l’accès au stade pendant les Jeux pourrait n’être facilité que par la mise en place de navettes de bus.
Afin de garantir un niveau d’accès sécurisé aux Jeux, il serait nécessaire de construire des centres de bus capables de gérer plus de 380 trajets pour chaque session payante.
Mais au-delà de cette question essentielle, le Comité de révision évoque aussi un point qui ne semble pas être problématique pour le gouvernement, à savoir le fait qu’avec une capacité maximale de 40 000 places lors des Jeux, le Queensland Sport and Athletics Centre pourrait être ni plus ni moins que la plus petite enceinte olympique à héberger les épreuves d’athlétisme depuis les Jeux d’Amsterdam 1928.
Néanmoins, les autorités du Queensland seraient disposées à accompagner la réhabilitation du site et de ses tribunes pour partie conservées suite aux aménagements consentis pour les Jeux du Commonwealth 1982.
Selon la Comité de révision, un tel projet se chiffrerait entre 1,4 et 1,6 milliard de dollars australiens (840 à 960 millions d’euros), incluant jusqu’à 600 millions (360,73 millions d’euros) pour la modernisation de 14 000 places pérennes dans le stade actuel – jauge qui demeurerait à l’issue des Jeux – et un investissement d’un milliard (601,2 millions d’euros) pour établir une capacité d’accueil globale de 40 000 sièges dans la perspective de l’événement planétaire.

Bien que le cas du Gabba Stadium soit désormais tranché après moult débats, la question des stades et arènes de Brisbane 2032 perdure.
Dans les mois à venir, les autorités publiques et le Comité d’Organisation – qui s’est distingué par une position très en retrait – devront convenir des sites adéquats dans et autour de Brisbane. Le Suncorp Stadium et le Queensland Sport and Athletics Centre pourraient dès lors être sanctuarisés sur une carte des Jeux qui ne manquera pas d’évoluer au gré des préparatifs.
D’ores et déjà, le Premier Ministre du Queensland a indiqué qu’il suivrait 27 des nombreuses recommandations émises par le Comité de révision dans son rapport de 80 pages.
Mais dans ce qui s’apparente à une ferme reprise en main du dispositif, l’État du Queensland devra aussi associer l’autre partie prenante dont le rôle sera décisif dans la livraison des Jeux, à savoir le gouvernement fédéral australien et ce, ne serait-ce qu’à l’aune de l’accord-cadre financier conclu entre les deux autorités en février 2023.
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