Paris 2024 : Marseille renégocie et conditionne l’accueil de la voile et du football

Dès la phase de candidature de Paris 2024, la Cité Phocéenne avait été proposée pour abriter les épreuves de voile et une partie du tournoi de football. Aujourd’hui, après le changement de majorité municipale à l’issue des élections de juin dernier, la Maire de Marseille pose ses conditions à l’organisation effective des compétitions dans la ville.

L’équipe et les soutiens du Printemps Marseillais, avec à sa tête Michèle Rubirola au centre, lors de la campagne des élections municipales de juin 2020 à Marseille (Crédits – Michèle Rubirola / Compte officiel Twitter)

Au cours du mois de juin 2020, le déroulement du second tour des élections municipales avait interpellé quant à la capacité de la nouvelle majorité – alliance de personnalités issues du Parti Socialiste, du Parti Communiste, des Insoumis et d’Europe-Écologie / Les Verts – à maintenir l’engagement de Marseille pour les préparatifs des Jeux d’été de 2024 lors desquels la deuxième ville de France doit mobiliser la Marina du Roucas Blanc profondément réaménagée pour l’occasion, ainsi que le Vélodrome destiné à recevoir une partie du tournoi olympique de football.

En ce début d’automne, les incertitudes marseillaises ne sont pas complètement dissipées.

De fait, même si des négociations ont d’ores et déjà eu lieu, des discussions doivent encore être engagées afin de finaliser un cadrage budgétaire que la Ville de Marseille souhaite plus avantageux pour ses deniers publics.

Ainsi, dans le cadre de la prochaine séance du Conseil Municipal programmée au lundi 05 septembre 2020, Michèle Rubirola, Maire de Marseille soumettra à l’examen et au vote de ses collègues, un projet de délibération (20-35799-DGSE) tenant en quatre pages et qui, d’une part, rappelle le positionnement de la nouvelle majorité municipale vis-à-vis du projet de Paris 2024 et, d’autre part, conditionne la participation de Marseille à la confirmation formelle d’un soutien renforcé de l’État et des Collectivités associées dans le but de réduire le reste à charge pour la Ville.

Ce projet – publié aujourd’hui en même temps que l’ensemble de l’ordre du jour dudit Conseil – revient d’abord sur l’adoption, sous l’ancienne majorité alors dirigée par Jean-Claude Gaudin, d’une série de Conventions portant sur la mobilisation de la Cité Phocéenne dans l’optique du rendez-vous de 2024.

Ces Conventions, passées entre la Ville de Marseille, le Comité d’Organisation des Jeux (COJO) et la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO) comprennent ainsi la Convention d’études approuvée par une délibération municipale du 25 juin 2018, la Convention de participation au financement des ouvrages olympiques approuvée par le Conseil Municipal à la date du 20 décembre 2018 et enfin la Convention d’objectifs entre les trois parties précitées, approuvée quant à elle par délibération municipale du 16 septembre 2019.

Pour ces trois Conventions, le projet de réaménagement de la Marina du Roucas Blanc était mentionné, tant pour ce qui concerne la livraison du site pour les Jeux de 2024 que pour la reconversion des équipements après le déroulement des épreuves.

Visuel de la Marina de Marseille dans le cadre du projet aux JO 2024 (Crédits – Paris 2024 / Populous / Luxigon)

Concrètement, au regard de la concertation préalable et du projet initial, des travaux terrestres, ainsi que des travaux de gros entretien et d’amélioration de la circulation de l’eau dans le bassin de la Marina – bassin régulièrement soumis à l’envasement et aux aléas météorologiques dans la région – ont été planifiés.

Les études réalisées jusqu’alors ont notamment fait mention de travaux nécessaires pour permettre de créer une circulation de l’eau limitant l’envasement du site, tout en assurant une profondeur adéquate pour accueillir l’ensemble des navires destinées aux compétitions. Afin de pérenniser la réhabilitation de l’ouvrage, ces mêmes études ont par ailleurs souligné la nécessité de conforter les quais et de réaliser, dans l’enceinte du bassin, un ouvrage maritime pour protéger le trait de côte et les installations présentes face aux conditions périodiques sensibles comme les tempêtes hivernales.

Grâce à ces aménagements majeurs d’un coût global de 45 millions d’euros – soit 30 millions pour les aménagements terrestres et 15 millions pour les travaux maritimes – le projet de réhabilitation de la Marina du Roucas Blanc tel que présenté par les pouvoirs publics et les acteurs de Paris 2024, entend offrir en phase Héritage, un site aux dimensions élargies et en mesure d’accueillir tous les publics, des débutants jusqu’aux pratiquants confirmés de la voile.

Initialement, la Ville de Marseille devait en effet débourser 20,733 millions d’euros, une somme jugée trop importante par la nouvelle équipe aux manettes de la Cité Phocéenne. Dans le même temps, le Département des Bouches-du-Rhône s’était engagé dans la fourniture d’une enveloppe budgétaire de 20 millions d’euros, alors que l’État – via une contribution de la SOLIDEO – avait acté une participation à hauteur de 3 millions d’euros, avec aussi un apport de l’Agence Nationale du Sport pour 1,267 millions d’euros.

Toutefois, compte-tenu de la part devant rester à charge pour la Ville de Marseille, Michèle Rubirola a sollicité un réexamen du projet avec la formulation d’un appui financier plus conséquent de la part des autres parties prenantes et ce, afin de réduire la participation locale à moins de 10 millions d’euros.

Aussi, face au risque de tensions accrues avec Marseille et alors que le COJO est actuellement concentré sur les conclusions d’une revue de projet aux contours encore flous, les discussions de ces dernières semaines, en particulier avec Michel Cadot, Délégué Interministériel aux Jeux Olympiques et Paralympiques (DIJOP), ont permis d’établir un cadrage budgétaire plus acceptable pour la nouvelle Maire.

Comme il est ainsi exposé dans le projet de délibération :

Un accord financier a été trouvé, sous la forme d’une dotation de 2 millions d’euros supplémentaires de la part de l’État dans le cadre du Plan de Relance, et de 3 millions d’euros de subvention de la Région. Cet accord, qui prendra la forme d’une Convention multipartite, sera présenté à un prochain Conseil Municipal.

Ce soutien financier a été complété par une évolution substantielle du programme des travaux maritimes, opérée en lien étroit avec le Comité d’Organisation des Jeux Olympiques, afin de réduire les travaux envisagés aux besoins strictement nécessaires à l’accueil des Jeux et à l’amélioration du fonctionnement du bassin du Roucas Blanc.

Le montant des travaux maritimes à réaliser a ainsi été ramené de 15 millions d’euros à 9 millions d’euros.

Visuel des tribunes temporaires de la Corniche Kennedy à Marseille (Crédits – Paris 2024 / Populous / Luxigon)

Grâce à la pression exercée par Michèle Rubirola sur les acteurs des Jeux de Paris 2024, le reste à charge pour la Ville de Marseille a donc été considérablement réduit, passant d’un peu plus de 20 millions d’euros à 9,733 millions d’euros.

Si cette baisse massive des dépenses est de nature à satisfaire la majorité municipale et à rassurer le COJO quant à l’engagement des autorités locales, une condition est tout de même posée :

Au regard de l’ensemble de ces éléments, il est proposé au Conseil Municipal de confirmer l’accueil par Marseille des épreuves de voile olympique de 2024.

Cet engagement de la Mairie de Marseille reste conditionné à la confirmation formelle par les collectivités locales et l’État des subventions indiquées ci-dessus et au respect du plafonnement des travaux maritimes.

Autrement dit, au cours des semaines et mois à venir, la Ville de Marseille maintiendra une pression constante à l’égard de ses interlocuteurs, que ce soit au Département, à la Région, au COJO et même au niveau de l’État, via le DIJOP.

A ce jour, avec une renégociation même conditionnée, les objectifs liés à l’accueil des Jeux semblent préservés. Il pourrait en être autrement en ce qui concerne l’ambition initialement évoquée pour la phase Héritage.

Pour la Ville, les discussions aboutissent à ce que l’on peut considérer comme une victoire politique, l’équipe du « Printemps Marseillais » ayant exposé durant la campagne électorale son souhait de flécher les investissements en direction de projets considérés comme davantage prioritaires au regard de la feuille de route alors élaborée.

Lundi prochain, les élus marseillais devront donc entériné le projet revu et corrigé pour la Marina du Roucas Blanc et devront par ailleurs engager une autre négociation – qui s’annonce elle-aussi âpre – en ce qui concerne le nouvel appel à candidatures pour le tournoi olympique de football soumis par Paris 2024 et, en filigrane, les conditions de mobilisation du Vélodrome.

Comme l’indique ainsi le projet de délibération :

La remise du dossier de candidature est fixée au 06 novembre 2020. Le Comité International Olympique devrait se prononcer et annoncer les sites retenus pour l’accueil des épreuves olympiques de football avant la fin de l’année 2020.

Dans ce contexte de nouvelle candidature demandée à la Ville de Marseille pour l’accueil du tournoi olympique de football, la nouvelle majorité municipale souhaite renégocier les conditions de cet accueil, notamment en ce qui concerne la mise à disposition du stade. Les autres frais liés à l’accueil de ce tournoi sont limités, et nombre d’entre eux sont déjà prévus lors de l’accueil des épreuves de voile (mise en place d’un site de célébration des Jeux, animations, etc.).

L’objectif est de s’accorder avec Paris 2024 sur une matrice budgétaire plus avantageuse pour la Ville de Marseille, avant la remise du dossier le 06 novembre prochain.

Visite de la Commission de Coordination du CIO à Marseille, les 11 et 12 juin 2019, avec, au centre, Tony Estanguet, Président du Comité d’Organisation des JO 2024 (Crédits – Paris 2024)

Force est de constater qu’en actant une revue de projet, trois ans après l’attribution des Jeux et désormais moins de quatre ans avant la tenue effective de ces derniers, le COJO a pris le risque d’ouvrir la Boîte de Pandore et de se retrouver in fine confronté à des élus locaux soucieux de tirer profit de la situation.

La Ville de Marseille s’est engouffrée dans la brèche. Il n’est pas à exclure aujourd’hui que d’autres Collectivités Territoriales suivent le même chemin, là-aussi dans le but de parvenir à l’établissement d’une « matrice budgétaire plus avantageuse »

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