JO 2024 : La candidature de Paris en confiance après la visite de la Commission d’évaluation

A l’instar des journalistes français et étrangers mobilisés ces jours-ci pour suivre la candidature de Paris 2024 à l’heure de l’inspection, les membres de la Commission d’évaluation du Comité International Olympique (CIO) sont partis sur le terrain, ce lundi 15 mai.

Conduite par Patrick Baumann, la Commission a ainsi pu jauger de la capacité des infrastructures franciliennes pour accueillir les Jeux et la faisabilité technique et financière du projet.

Après avoir pu admirer le panorama offert sur la « Ville Lumière » depuis la Tour Eiffel – avec un point de vue sans équivalent sur la majeure partie des sites proposés pour les compétitions – les membres de la Commission ont sillonné le site prévu pour abriter le Village des Athlètes de Paris 2024.

Parvis de la Cité du Cinéma (Crédits – Sport & Société)

Point d’opposition entre le projet américain et le projet français, le concept du Village Olympique et Paralympique répond à une même exigence, à savoir celui du confort des athlètes qui participeront aux Jeux.

D’un côté, Los Angeles propose d’utiliser l’installation existante du campus universitaire de l’Université de Californie UCLA. Outre les logements utilisés tout au long de l’année, la candidature de Los Angeles 2024 a annoncé la semaine passée que le site de UCLA serait doté de 4 500 lits supplémentaires d’ici l’année 2021.

De fait, présentant son concept comme étant « clé-en-main », le projet de Village des Athlètes de Los Angeles devrait tout de même nécessiter des investissements potentiellement élevés afin de rentrer dans les standards d’hébergement souhaités par le CIO.

En effet, les logements existants devront immanquablement être liftés avant l’ouverture des Jeux et ce, afin de répondre aux normes olympiques et paralympiques. Le terrain-même du campus universitaire devrait aussi être réaménagé dans les contours de ce qui est appelé à abriter les athlètes.

De l’autre côté, Paris 2024 propose un terrain en reconversion pour bâtir son Village Olympique et Paralympique.

Visuel du Village des Athlètes de Paris 2024 dans le secteur de Pleyel-L’Île-Saint-Denis (Crédits – Paris 2024)

Situé sur le territoire de Pleyel-L’Île-Saint-Denis, à deux kilomètres du Stade de France et du futur Centre Aquatique, l’équipement serait au cœur d’un nouvel écoquartier de 51 hectares ayant pour enceinte emblématique de premier plan, la Cité du Cinéma imaginée et portée par Luc Besson.

Cette dernière serait configurée – le temps des Jeux – en vaste restaurant pour les athlètes offrant une proximité immédiate avec leur chambre respective. Le Village serait en effet concentré dans un rayon de 500 mètres ce qui limiterait les déplacements tout en garantissant des conditions de vie et de convivialité les plus adaptées possibles.

Après l’événement, l’étude urbaine dirigée par l’architecte de renom, Dominique Perrault – qui avait réalisé les visuels pour le Village de la voile de Kiel (Allemagne) dans le cadre de la candidature de Hambourg 2024 -, prévoit une utilisation optimale des espaces constituant le site.

Avec la reconversion, pas moins de 2 200 logements familiaux, 900 logements étudiants, 2 hôtels et plus de 10 hectares d’espaces verts supplémentaires seraient aménagés. La partie relative à l’hébergement estudiantin serait d’ailleurs ouverte dès l’automne 2024, soit peu après la clôture des Jeux Paralympiques.

L’ancien athlète Stéphane Diagana, a présenté le dispositif du Village Olympique et Paralympique, lundi 15 mai 2017 au cœur de la Cité du Cinéma (Crédits – Sport & Société)

Pour ce projet à construire, Paris 2024 souhaite donc prendre le contre-pied de sa rivale en préparant durablement l’avenir et par voie de conséquence, la reconversion des installations dédiées à l’hébergement.

Au cours de la journée, Tony Estanguet, coprésident du Comité de Candidature – et seul Président du Comité d’Organisation en cas de succès – a précisé la philosophie générale ayant permis de concevoir ce dispositif d’hébergement.

« Nous avons souhaité commencer la visite autour du Village Olympique et Paralympique. Pour nous, ce Village reflète la vision de Paris 2024. Cette vision repose sur le fait de placer les athlètes au cœur de notre dispositif. Nous sommes vraiment partis, sans compromis aucun, avec les athlètes pour imaginer la meilleure localisation pour le Village Olympique et Paralympique, les meilleures infrastructures possibles, pour offrir aux athlètes les meilleures conditions de performance. C’est ce que représente très bien notre Village. Le deuxième aspect important à souligner sur le Village est qu’il est aussi au service du territoire. C’est la vision de ce projet. Il s’agit d’organiser des Jeux exceptionnels pour les athlètes notamment, mais aussi inscrire le projet dans les besoins du territoire pour y laisser un héritage important » a fait savoir Tony Estanguet.

La Commission d’évaluation du CIO et la délégation de Paris 2024 au Stade de France, lundi 15 mai 2017 (Crédits – Sport & Société)

A l’issue de cette visite consacré au possible séjour francilien des athlètes, la Commission d’évaluation a ensuite arpenté les vestiaires et la piste d’athlétisme du Stade de France.

Entourés par des dizaines d’enfants de Saint-Denis venus passer le « Brevet du Petit Athlète » – une institution fondée il y a plusieurs années et exceptionnellement organisée en 2017 dans l’enceinte du potentiel Stade Olympique – les membres de la Commission d’évaluation et les parties prenantes au projet de Paris 2024 ont pu s’imprégner de l’ambiance chaleureuse de l’équipement-phare de la Seine-Saint-Denis.

Tony Estanguet a, sur ce point précis, évoqué l’ouverture au public de l’ensemble des sites de compétitions au lendemain des Jeux Olympiques de 2024.

« On a décidé avec les équipes de Paris 2024, toujours pour aller plus loin dans notre vision ‘Made For Sharing’ (Venez Partager les Jeux), d’offrir la possibilité aux Français de venir s’essayer dans ces infrastructures.

Au lendemain des Jeux, nous ouvrirons ces infrastructures sportives pendant un ou deux jours aux spectateurs qui souhaitent faire du sport dans ces infrastructures avant de les adapter pour les Jeux Paralympiques. Il est important pour nous de montrer combien on veut partager les Jeux et pouvoir inspirer la nouvelle génération à faire du sport, laisser un héritage pour le sport en offrant la possibilité de venir essayer ces infrastructures pour marquer toute une génération » a annoncé le triple Champion Olympique de canoë-kayak, lundi soir.

Toujours au Stade de France, et avant de prendre le temps de quelques photographies avec les enfants présents, la Commission a pu visionner sur grand écran, les exploits d’athlètes français au Stade de France lors des Championnats du Monde d’athlétisme de 2003.

Des sportifs venus nombreux au Stade de France et plus globalement sur l’ensemble des sites : Muriel Hurtis, Eunice Barber, Alain Bernard, et 62 autres athlètes représentant un total de plus de 100 médailles olympiques et mondiales.

La candidature de Paris a pleinement insisté sur l’engagement des athlètes au cours des deux dernières années, et il n’a donc pas été étonnant de constater la présence de sportifs emblématiques de la réussite tricolore aux abords et au sein des différents sites choisis par Paris 2024.

Cédric Pioline, Marion Bartoli, Tony Yoka, Estelle Mossely et Brahim Asloum ont été quelques uns des 65 sportifs mobilisés par Paris 2024 sur la journée du 15 mai 2017 (Crédits – Sport & Société)

Cette mobilisation, affichée et parfaitement assumée devant la Commission d’évaluation, a particulièrement été visible dans l’antre du Court Central Philippe Chatrier de Roland Garros.

Cédric Pioline et Marion Bartoli avaient fait le déplacement pour échanger quelques balles de tennis, Michaël Jeremiasz (tennis fauteuil), Tony Yoka, Estelle Mossely et Brahim Asloum (boxe) attendant quant à eux sur le bord du Court pour expliquer le choix de Roland Garros pour abriter – dans une configuration modernisée – le tennis et la boxe en 2024.

In fine, lors du point presse quotidien organisé dans une salle de réception du temple du tennis français, le Président de la Commission d’évaluation a prononcé des mots qui se sont apparentés à de véritables propos conclusifs.

Patrick Baumann a précisé avoir lui-même échangé quelques balles sur le Court Central avant de saluer l’investissement personnel des sportifs.

« Nous avons été très contents de rencontrer de nombreux Champions Olympiques, des Champions du Monde et d’Europe, ainsi que certains Présidents des Fédérations nationales des différents sports qui nous ont montré leur site.

Il est évident que la passion et l’enthousiasme pour ces Jeux, ainsi que les différents sites et stades, sont impressionnants » a notamment déclaré le dirigeant Suisse.

Patrick Baumann lors de la conférence de presse bilan, mardi 16 mai 2017 (Crédits – Sport & Société)

Patrick Baumann a aussi, durant ce même point-presse, mais également au cours des autres échanges avec les médias et lors de la conférence bilan, mentionné le soutien des autorités publiques.

Si la candidature ne compte pas uniquement sur le financement public, il n’en demeure pas moins que l’appui institutionnel est un gage de sécurité pour le projet et pour le CIO.

Le fait que toutes les parties soient réunies autour d’une même ambition est un élément majeur de la communication de la candidature, avec ce juste dosage entre représentation prioritaire et fondamentale du mouvement sportif hexagonal et engagement des femmes et hommes politiques locaux et nationaux.

« La Commission a eu l’honneur de rencontrer le Président Macron dans sa troisième journée entière et complète en tant que Président de la République. Nous avons eu une très bonne réunion, une bonne discussion. Cette discussion n’a laissé aucun doute, la candidature de Paris 2024 a le soutien extrêmement fort et solide des autorités publiques, à tous les niveaux, depuis le plus haut jusqu’à la Ville de Paris.

J’aimerais particulièrement, en parlant de la Ville, remercier Madame La Maire, Anne Hidalgo, pour avoir passé du temps avec nous pendant trois jours, pour les efforts et son engagement envers la candidature et pour faire en sorte que les Jeux apportent à la ville, mais aussi au Grand Paris et bien au-delà, comme nous l’a dit le Président Macron, à toute la France, un héritage et des développements aussi bien au niveau sportif, social et économique, pour tous les citoyens de cette région, de la ville et de la France » a énoncé Patrick Baumann lors de la conférence de presse finale, mardi 16 mai.

Par la suite, le leader de la Commission a adressé un satisfecit ne souffrant d’aucune faille apparente à l’égard du Comité de Candidature de Paris 2024.

Dans un langage olympien choisi, et à l’instar des propos tenus à Los Angeles, le Président de la Commission d’évaluation a ainsi exprimé le sentiment général émanant de ladite Commission à l’issue des quatre jours d’inspection dans la capitale française.

« Paris 2024 a développé une proposition excellente. Elle est construite autour d’un concept des Jeux très solide, avec de remarquables sites, bâtis autour d’endroits et de bâtiments historiques d’une beauté extraordinaire, autour de la ville de Paris. […] Les Jeux Olympiques rassemblent les peuples. Paris en fait autant tous les jours, avec les visiteurs qui viennent ici visiter cette magnifique ville. De ces deux constats, le mariage entre les Jeux et Paris est absolument évident » a affirmé Patrick Baumann, sous le regard attentif des journalistes mais surtout des membres de la délégation française.

Tony Estanguet et Anne Hidalgo lors du point presse de Paris 2024 à Roland Garros, lundi 15 mai 2017 (Crédits – Sport & Société)

Cette dernière est d’ailleurs ressortie confiante de ces quatre journées de travail avec la Commission du CIO.

Les questions qui auraient pu être problématiques ont été abordées avec méthode et le CIO semble avoir obtenu les réponses adéquates, notamment sur le modèle de gouvernance en cas de succès de la candidature.

Mais le danger – à moins de 120 jours de l’élection de la Ville Hôte – serait toutefois de rester dans une logique qui pourrait vite s’apparenter à de l’arrogance, qui a tant pénalisé Paris au cours de ses précédentes tentatives olympiques.

Bien que Los Angeles soit en capacité d’accueillir les Jeux de 2024 – et cela ne fait de doute pour personne de part et d’autre – il semble aujourd’hui que Paris soit en position de force pour obtenir l’échéance qui constituerait en outre la célébration du Centenaire des Jeux de Paris 1924.

Lundi soir, lors du point presse de la candidature, la Maire de Paris a peut-être frôlé l’excès d’optimisme dans l’une de ses réponses à la presse.

« Je pense que nous serons les meilleurs, nous sommes les meilleurs, mais il n’y a pas de favori. C’est une compétition qui est forcément ouverte, comme toutes les compétitions. Je crois en nos chances, en nos compétences, en notre projet, dans cette ferveur extraordinaire de la France d’accueillir les Jeux Olympiques. On veut vraiment accueillir le monde. Cela fait 100 ans que l’on attend. Et je crois qu’aujourd’hui, nous sommes prêts. Cette confiance que nous donne le fait d’être prêt et soutenu est un moteur extraordinaire pour être les meilleurs dans cette compétition » a lancé Anne Hidalgo, dans un propos à chaud après la journée passée aux côtés de la Commission d’évaluation.

Sans arrogance mais avec méthode, Paris 2024 devra veiller à ne pas tomber dans un optimisme sans borne. La dernière ligne droite étant la plus décisive, la candidature tricolore devra demeurer dans la retenue et dans la mesure.

Jusqu’au dernier jour, Paris 2024 devra par ailleurs mobiliser l’ensemble de son réseau pour sécuriser les voix des membres électeurs du CIO et convaincre les indécis qui feront la différence, le 13 septembre prochain à Lima (Pérou).

En effet, la personnalisation des échanges sera aussi l’une des clés du scrutin. Cette fois-ci, plus que pour 2012, Paris semble bel et bien avoir pris conscience de cet impératif.

Emmanuel Macron saluant Patrick Baumann peu avant le départ de la Commission d’évaluation du Palais présidentiel (Crédits – Sport & Société)

La rencontre entre Emmanuel Macron et la délégation olympique en a d’ailleurs été une éclatante démonstration.

Le Président de la République a en effet tenu à échanger individuellement avec chacun des membres présents. Des échanges sur la perception de l’Olympisme, de Paris, mais aussi sur leur domaine de prédilection ou sur des anecdotes relatives à leur pays d’origine.

Pour le nouveau Chef de l’État, la méthode que Tony Blair – Premier Ministre Britannique au moment de la victoire de Londres 2012 – est maîtrisée.

Pour séduire le CIO, il faut certes parler à l’ensemble de ses membres mais surtout aux divers profils qui se côtoient au quotidien, entre anciens sportifs, dirigeants politiques ou institutionnels, leaders industriels, etc…

Le fait de personnaliser les échanges apporte par conséquence une dimension nouvelle à la stratégie de conviction qui ne repose plus dès lors sur le seul élément de la qualité technique du projet.

Sur ce point, la bataille entre Los Angeles et Paris s’annonce décisive.

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