Alpes françaises 2030 : Le COJO installé, le plus dur commence désormais

Après des mois de polémiques et de tergiversations – marqués notamment par la franche opposition exprimée par les Régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d’Azur à la perspective de nomination de Martin Fourcade à la tête du Comité d’Organisation des Jeux (COJO) – les parties au projet des Alpes françaises 2030 s’embarquent à présent dans un chantier crucial qui – et c’est une certitude – ne sera pas de tout repos.

(Crédits – CNOSF / KMSP)

Depuis l’enceinte du Groupama Stadium à Décines-Charpieu (Rhône) en périphérie de Lyon, les parties au projet olympique et paralympique des Jeux d’hiver de 2030 se sont retrouvées ce mardi 18 février 2025 pour poser les fondations du COJO qui devra assurer la livraison effective des Jeux dont l’ouverture est prévue pour le vendredi 1er février 2030.

L’Assemblée Générale constitutive du Comité d’Organisation des Jeux (COJO) des Alpes françaises 2030 qui s’est tenue ce jour a ainsi acté l’installation du Président de l’instance, Edgar Grospiron, Champion Olympique de ski de bosses aux JO 1992.

Un choix par consensus ainsi que l’a rappelé le Président du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF), David Lappartient, aujourd’hui candidat à la présidence du Comité International Olympique (CIO). Un choix qui résulte toutefois – faut-il le rappeler aussi – du retrait de Martin Fourcade qui, bien qu’adoubé par l’institution olympique, a fait le constat de l’impasse dans laquelle il se trouvait face à des acteurs politiques soucieux de conserver la mainmise sur le projet.

Avec de facto l’ombre plus que présente de ces acteurs politiques planant derrière le projet tricolore, le plus dur commence pour les organisateurs, nombre de problématiques étant toujours sans réponse à désormais moins de cinq ans de la Cérémonie d’ouverture.

Installation du Comité d’Organisation des Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030, mardi 18 février 2025 à Décines-Charpieu, Rhône, avec, de gauche à droite, David Lappartient, Président du Comité National Olympique et Sportif Français ; Fabrice Pannekoucke, Président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes ; Marie-Amélie Le Fur, Présidente du Comité Paralympique et Sportif Français ; et Michel Barnier, ex-Premier Ministre, nommé préfigurateur du COJO (Crédits – CNOSF / KMSP)

Encore ce jour, lesdits acteurs se sont relayés à la tribune du Groupama Stadium pour se confondre dans des discours plus enthousiastes les uns que les autres pour des Jeux qu’ils pensent ouverts sur les territoires. Surtout, ils n’ont eu de cesse de se congratuler entre eux comme ils ont appris à le faire à la perfection depuis la conférence de presse de présentation de la candidature en juillet 2023.

Que ce soit Fabrice Pannekoucke pour la Région Auvergne-Rhône-Alpes ou Renaud Muselier pour la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, chacun d’eux a ainsi profité de la conférence de presse pour remercier l’autre pour son engagement au profit de la candidature et du projet, reléguant ostensiblement au second rang le Mouvement sportif.

Or, la place du Mouvement sportif et des athlètes devra impérativement être établie au risque de laisser se phagocyter le projet autour des seuls desiderata tenant aux ambitions politiques locales et régionales susceptibles de faire déraper les dépenses à réaliser dans la perspective des Jeux.

Il faudra également s’inquiéter de la prise en compte de la montagne – le cœur des Jeux d’hiver – et des répercussions du changement climatique sur celle-ci.

Le CIO en perçoit depuis quelques années les conséquences, avec des candidatures moins nombreuses sur l’événement hivernal ou tout du moins plus soucieuses de l’impact que pourrait avoir ledit événement sur les territoires. Les organisateurs des Alpes françaises 2030 se devront à leur tour de prendre à bras le corps ce problème au risque sinon de susciter le désintérêt voire l’opposition de la population vivant au plus près des massifs montagneux.

Michel Barnier, ex-Premier Ministre, nommé préfigurateur du Comité d’Organisation des Jeux d’hiver de 2030 par le CIO, mardi 18 février 2025 à Décines-Charpieu, Rhône (Crédits – CNOSF / KMSP)

De sa place de préfigurateur du COJO, Michel Barnier a bien pris soin d’esquisser les défis que devront surmonter les organisateurs, en appelant de surcroît le souvenir des Jeux d’Albertville et ceux de Paris 2024, ainsi que les figures de proue de ces deux éditions qu’ont été Jean-Claude Killy pour la première et Tony Estanguet pour la seconde.

Une façon de poser un regard sage sur les préparatifs à venir en invitant les parties au projet des Jeux de 2030 à s’inspirer des réalisations et des leçons passées.

Ainsi que l’a en tout cas résumé l’ex-Premier Ministre qui fut Co-Président du Comité d’Organisation des Jeux d’Albertville 1992 :

[Il faut] réussir des Jeux impeccables dans un contexte de sobriété budgétaire et de durabilité face au changement climatique.

Les premiers mots exprimés par la suite lors de la conférence de presse à l’issue de l’installation du COJO n’ont cependant pas apporté les réponses escomptés, loin de là. Un propos – même exposé avec une pointe d’humour – a de quoi en particulier inquiéter quant aux suites d’un projet brouillon depuis les prémices de la candidature.

Comme l’a notamment déclaré, un sourire en coin, Renaud Muselier, concernant les problématiques liées à des éléments en suspens tel l’emplacement des Cérémonies :

On va faire comme avec Paris, on va rien vous dire.

Un peu de mystère et de secret, c’est le gage du succès !

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Or, les challenges sont immenses pour les Alpes françaises 2030 et ce, par-delà la question de la Cérémonie d’ouverture – possiblement au Groupama Stadium en dépit de toute logique pour un écrin qui ne sera pas sollicité durant les Jeux – et de la Cérémonie de clôture projetée en parallèle du Carnaval de Nice (Alpes-Maritimes) sur la célèbre Promenade des Anglais.

Les sites sportifs demeurent pour certains en pointillé dans les deux Régions-Hôtes.

Il faudra notamment sanctuariser l’emplacement de l’Anneau de vitesse à défaut d’une structure pérenne dans l’Hexagone. Le choix d’un pays européen semble être le plus approprié sur ce sujet. Reste à savoir si ce sera en Suisse, en Italie, en Allemagne ou au Pays-Bas, soit les quatre options les plus crédibles compte-tenu des installations existantes ou de l’expérience sportive de ces pays en matière de patinage de vitesse.

Toujours sur la glace, le choix de l’Allianz Riviera pour l’accueil du tournoi de hockey-sur-glace devra être entériné en lien avec la Fédération Internationale et le CIO. Il devra en être de même pour la perspective d’une nouvelle patinoire limitrophe de l’enceinte de l’OGC Nice, tout comme pour les sites fixés pour le reste des épreuves sur glace.

En montagne, la place de Val d’Isère devra également être arrêtée pour in fine venir ou non en complément des sites de Courchevel et de Méribel jusqu’alors planifiés sur la carte pour le ski alpin, sport-phare des Jeux d’hiver et vitrine incontestable de l’événement olympique et paralympique.

Installation du Comité d’Organisation des Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030, mardi 18 février 2025 à Décines-Charpieu, Rhône (Crédits – CNOSF / KMSP)

Parallèlement à ces points-clés du dossier, la gouvernance devra aussi poursuivre son installation effective, avec les nominations successives des postes directionnels tant du côté du COJO localisé près du Groupama Stadium lyonnais en Région Auvergne-Rhône-Alpes, que du côté de la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO) dont le siège se situera à Marseille (Bouches-du-Rhône) en Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

Peu à peu, ces deux entités devront trouver leur rythme de croisière avec, pour le COJO, quelques 2 000 salariés qui pourraient y être employés au plus fort des préparatifs qui vont s’accélérer eu égard au calendrier serré qui se profile à l’horizon d’ici 2030.

La gouvernance devra en outre fixer les règles tenant au financement des Jeux, avec en particulier les limites budgétaires, à la fois pour le COJO et pour la SOLIDEO et ce, sachant que le modèle des Jeux d’hiver ne peut en aucun cas se juxtaposer sur celui des Jeux d’été, les contraintes et la logistique n’étant pas les mêmes.

Avec un risque de déficit plus évident, les Jeux d’hiver doivent dès lors être travaillés avec une rigueur certaine par les organisateurs.

Christophe Dubi, Directeur Exécutif des Jeux Olympiques au sein du CIO ; et Marie Barsacq, Ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, mardi 18 février 2025 à Décines-Charpieu, Rhône, pour l’installation du Comité d’Organisation des Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030 (Crédits – CNOSF / KMSP)

Jusqu’à présent, les Alpes françaises 2030 ont déjà fait évolué les projections à plusieurs reprises. Aux prémices de la candidature, les premières annonces tablaient ainsi sur des besoins compris entre 1,6 et 1,7 milliard de dollars (valeur 2030), soit entre 1,48 et 1,58 milliard d’euros, avant un rehaussement de l’enveloppe prévisionnelle à l’aune de la visite de la Commission de Futur Hôte du CIO au printemps 2024.

Comme l’avait affirmé David Lappartient en avril dernier à ce sujet :

Nous souhaitons […] que ce soit un coût maîtrisé.

Nous sommes aujourd’hui, dans le budget du Comité d’Organisation – je ne parle pas là des infrastructures – aux alentours de 2 milliards d’euros. Le chiffre précis à l’heure actuelle, qui n’est qu’une estimation à date, est de 1,975 milliard d’euros.

[…] Les Jeux de Paris 2024, ce sont 4,4 milliards d’euros, donc nous serons à moins de la moitié pour les Jeux Olympiques d’hiver.

A ce moment-là, les Présidents des deux Régions avaient fait du seuil de 2 milliards d’euros une barre critique. Aujourd’hui, le dépassement de ce seuil semble toutefois acquis, avec une nouvelle projection à 2,1 milliards d’euros au moins.

Du côté de la SOLIDEO, le budget alloué devrait offrir des marges de manœuvre limitées, avec une enveloppe de quelques 600 millions d’euros.

Mais qui dit dépenses, dit aussi recettes en ce qui concerne le budget d’organisation des Jeux. Celui-ci – bien que largement abondé par la contribution du CIO et des Partenaires Mondiaux de ce dernier – devra ainsi trouver les ressources nécessaires au bouclage financier, sans être trop gourmand, ni pour la partie billetterie, ni pour la partie sponsoring. Là-encore, le modèle des Jeux d’été ne saurait être reproduit pour les Jeux d’hiver.

Edgar Grospiron, Président du Comité d’Organisation des Jeux des Alpes françaises 2030, mardi 18 février 2025 à Décines-Charpieu, Rhône (Crédits – CNOSF / KMSP)

Sites, gouvernance et financements.

Trois mots-clés que devra garder en tête Edgar Grospiron pour mener à bien sa mission, avec le souci premier de tenter de rééquilibrer le partage des rôles entre Mouvement sportif et sphère politique, et l’impérieuse nécessité de convaincre par-delà le microcosme régional.

Cela s’entend par un travail minutieux avec le CIO pour parvenir au meilleur schéma possible sur un projet qui s’est distingué à ce jour par ses contours chaotiques. Cela s’entend aussi par des discussions poussées avec de futurs partenaires dont le nombre et l’envergure permettront pour partie de répondre aux besoins budgétaires.

Sur ce dernier point, le choix à venir du Directeur Général du COJO – et l’exemple de Milan-Cortina 2026 en est une illustration – donnera sans doute une indication quant aux marges de manœuvre dont celui-ci bénéficiera pour conduire à bon port l’instance organisatrice des Jeux.


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