L’Ukraine veut décrocher les Jeux de la Jeunesse puis viser les Jeux d’hiver

Depuis 2019 et l’arrivée au pouvoir du Président Volodymyr Zelensky, l’Ukraine planche sur l’émergence d’une candidature à l’organisation des Jeux. Si l’objectif ultime demeure les Jeux Olympiques et Paralympiques, les autorités sportives et institutionnelles veulent acquérir de l’expérience grâce à la tenue espérée des Jeux Olympiques de la Jeunesse de 2030 ou de 2032.

Vue du domaine skiable de Bukovel, Ukraine (Crédits – Flickr / loginwashere)

Dans un avenir plus ou moins proche, l’Ukraine entend se faire une place parmi les pays-hôtes des Jeux, en profitant des dernières réformes olympiques qui favorisent le dialogue et la co-construction d’un projet, et en misant sur d’importants aménagements dans les infrastructures sportives du pays.

A la suite des Jeux de Tokyo 2020, le Président de la République, Volodymyr Zelensky a d’ailleurs profité d’une rencontre avec les médaillés ukrainiens pour réaffirmer, une fois encore, son souhait de voir son pays organiser un jour l’événement planétaire et ce, même si le challenge à relever s’annonce majeur.

Comme il l’a ainsi affirmé :

Nous ne les avons jamais eus. Je ne suis pas sûr que cela se produise à notre époque, mais nous allons certainement tout construire pour faciliter la tâche des prochaines générations.

Aussi, afin de préparer au mieux l’Ukraine à une candidature et à l’organisation des Jeux, les autorités préparent actuellement des plans pour soumettre un potentiel projet pour accueillir les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) avec, comme point d’horizon immédiat et au regard des investissements à réaliser, l’échéance estivale de 2030 ou l’échéance hivernale de 2032.

De fait, une candidature aux JOJ d’été pourrait être incarnée par la capitale, Kiev, grâce à des aménagements et aux sites existants, comme le Palais des Sports de 10 000 places ou le Stade Olympique de 70 000 places qui, malgré sa dénomination, n’a jamais accueilli la grand messe du sport mondial, hormis quelques matchs du tournoi de football lors des Jeux de Moscou 1980 organisés dans ce qui était alors l’Union Soviétique (URSS).

Pour ce qui est des JOJ d’hiver, le projet pourrait être élaborée autour du vaste domaine skiable de Bukovel. Situé dans le massif des Carpates, ce site a connu une croissance fulgurante au cours des vingt dernières années, profitant notamment d’un investissement estimé à 400 millions de dollars (341,96 millions d’euros) entre 2002 et 2020 et de l’afflux de touristes étrangers. Sur cette double dynamique, Bukovel fut même un temps intéressé par l’accueil des Jeux d’hiver de 2018.

Volodymyr Zelensky, Président de la République d’Ukraine, lors de la réception des médaillés olympiques ukrainiens des Jeux de Tokyo 2020, le 17 août 2021 (Crédits – President of Ukraine)

Les prochaines semaines permettront sans doute d’affiner l’ambition ukrainienne, le Président du Comité International Olympique (CIO) étant attendu à Kiev dans le courant du mois de septembre.

A cette occasion, le Président de la République ne manquera pas bien sûr d’évoquer les objectifs sportifs de son pays, et profitera aussi de cette rencontre au sommet pour présenter le Programme National de développement des infrastructures sportives, pensé comme une véritable pierre angulaire du rêve olympique et paralympique de l’Ukraine.

Car le galop d’essai que représenterait la tenue des JOJ serait par la suite mis à profit pour créer les conditions d’une candidature aux Jeux Olympiques et Paralympiques, à l’aune des investissements et des contraintes, sachant que le Ministre de la Jeunesse et des Sports a récemment balayé l’idée d’un projet conjoint avec un pays frontalier, comme cela fut pourtant évoqué par le passé.

A la fois pragmatique et déterminé, Vadym Gutzayt a ainsi récemment résumé la stratégie de l’Ukraine pour les années à venir, sans pour autant préciser l’échéance hivernale visée.

Comme il l’a exposé dans un entretien pour l’agence Interfax-Ukraine à la mi-août :

Nous ne regardons pas encore les Jeux Olympiques d’été.

Nous comptons sur le travail pour les Jeux Olympiques d’hiver de la Jeunesse, les Jeux Olympiques d’été de la Jeunesse, et les Jeux Olympiques d’hiver.

Nous parlons actuellement des Jeux de la Jeunesse comme d’un test. Cela représente un budget plus petit et une organisation moins difficile que les Jeux Olympiques.

Sergueï Bubka, Président du Comité Olympique Ukrainien et membre du Comité International Olympique, lors de la réception des médaillés olympiques ukrainiens des Jeux de Tokyo 2020, le 17 août 2021 (Crédits – President of Ukraine)

Compte-tenu du calendrier actuel, des objectifs évoqués par les autorités nationales, mais également de la concurrence internationale, la première fenêtre de tir pour des Jeux d’hiver serait sans doute 2034.

En effet, l’échéance de 2026 ayant été attribuée à Milan-Cortina (Italie) en 2019 et l’édition de 2030 étant aujourd’hui à portée de main de Salt Lake City (États-Unis), le cadre de 2034 serait certainement plus abordable pour le pays de plus de 42 millions d’habitants.

Il n’empêche, l’obtention éventuelle des JOJ ne constituerait en aucun cas une garantie pour obtenir, quelques années plus tard, le rendez-vous olympique et paralympique.

Les discussions à venir avec le CIO s’annoncent d’ores et déjà déterminantes pour convenir de la meilleure option et des investissements les plus adéquats, que ce soit du côté de Bukovel ou de Lviv, dont la candidature aux JO 2022 avait été contrainte à l’abandon en raison du contexte géopolitique instable entre 2013 et 2014.

2 pensées

  1. Belle analyse, comme toujours. Je préciserai cependant que le Stade olympique de Kyiv (et non Kiev) a accueilli la finale de l’Euro 2012 de football, co-organisé à l’époque par l’Ukraine et la Pologne. Un événement de calibre mondial.

    Pour ce qui est de Salt Lake City en 2030, je ne suis pas certain que le CIO voudra confier les Jeux au même pays à deux années d’intervalle, après LA 2028. LA va assurément éclipser SLC jusqu’en 2028. Pas l’idéal pour une campagne marketing d’envergure. Évidemment, le CIO y sera peut-être contraint si aucune autre ville ne se manifeste. Sapporo est également sur les rangs, mais après l’expérience « covidienne » vécue par Tokyo, pas certain du tout que le Japon sera finalement de la partie. Ce qui serait bien compréhensible. Reste le projet porté par Barcelone et quelques sites pyrénéens. Intéressant, mais l’incertitude politique en Catalogne couplée à un modèle incertain qui lie trois pays pourrait vite avoir raison du projet. Je sais aussi que le Canada, avec Vancouver, réfléchit à une autre candidature pour 2030. Ce qui serait une excellente opportunité pour le CIO: tout est déjà construit. Peut-être aussi qu’une autre candidature émergera après Beijing 2022, en Europe ou en Asie…

    1. Tout d’abord, merci pour votre commentaire et votre compliment concernant ce nouvel article.

      Effectivement, le Stade Olympique a été hôte de la finale de l’EURO 2012, mais j’aurai certainement l’occasion de porter davantage d’attention sur le sujet dans les mois à venir, avec le développement possible / probable du projet ukrainien.

      Pour ce qui est des candidatures aux JO 2030, bien qu’étant en position de favorite, Salt Lake City a ce handicap de la proximité avec LA 2028. J’avais d’ailleurs consacré quelques papiers sur le sujet il y a quelques mois. Cependant, la position actuelle de l’USOPC semble sous entendre que des discussions avec le CIO pourraient lever cette inquiétude. Quoiqu’il en soit, le CIO ne devrait pas s’engager dans l’immédiat avec tel ou tel projet, préférant sans doute attendre la tenue des JO 2022 – avec le contexte sanitaire que l’on connaît et qui aura encore certainement un impact en février / mars de l’année prochaine.
      Sapporo peut représenter une belle alternative, mais comme vous le soulignez, le cas de Tokyo 2020 pourrait refroidir les ambitions, surtout du côté gouvernemental. Vancouver sera là-aussi un site de choix. Peut-être que les mois à venir permettront d’y voir plus clair concernant la motivation des autorités locales.
      Pour Barcelone, j’évoquais dans un récent article l’impasse dans laquelle se trouve en ce moment le projet. Pour rebondir, ce projet devra nécessairement réussir à dépasser les égos politiques ; chose qui n’est pas aisée, les tentatives précédentes l’ont démontré, que ce soit d’ailleurs en Espagne ou dans d’autres pays.

      Au plaisir en tout cas de poursuivre cet échange !

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