Milan-Cortina 2026 : Des questions et des sites en suspens

A une semaine de la deuxième réunion de la Commission de Coordination du Comité International Olympique (CIO) pour les Jeux d’hiver de 2026, la question des sites reste complexe pour les organisateurs italiens. Tour d’horizon de cinq projets.

Le Président du CIO, Thomas Bach, annonçant le nom de la Ville Hôte des Jeux d’hiver de 2026, le 24 juin 2019 (Crédits – CIO / Dave Thompson)

Entre le 19 et le 21 avril, la Commission de Coordination chargée de superviser les préparatifs des Jeux de Milan-Cortina 2026 tiendra sa deuxième réunion depuis l’attribution de l’événement à l’Italie, en juin 2019 et depuis son installation en novembre de cette même année.

A cette occasion, les officiels du CIO devraient longuement échanger avec leurs interlocuteurs transalpins concernant l’état d’avancement du projet avec, en particulier, la question de la mobilisation des sites existants et de ceux dont l’aménagement est prévu d’ici le déroulement des Jeux en 2026.

A ce stade, cinq problématiques majeures se posent aux organisateurs qui avaient bénéficié d’un satisfecit plus qu’encourageant de la part de la Commission présidée par Sari Essayah en septembre 2020.

Vue de la piste Eugenio Monti de Cortina d’Ampezzo en 2007 (Crédits – Flickr / gizmin0)

La première, relative à la réhabilitation de la piste Eugenio Monti à Cortina d’Ampezzo, semble avoir été réglée selon les récents propos du Président du Comité d’Organisation, par ailleurs leader du Comité National Olympique Italien (CONI) et membre du CIO, Giovanni Malago.

Malgré les réticences soulevées par la Commission d’Évaluation durant la phase de candidature, la piste historique destinée au bobsleigh, à la luge et au skeleton, devrait ainsi être rénovée pour un coût certainement supérieur à l’estimation initiale de 53,24 millions de dollars.

Longue de 1,28 km, hôte des Jeux en 1956 mais fermée depuis quelques années, la piste de Cortina d’Ampezzo pourrait – si le choix d’un maintien dans le concept de Milan-Cortina 2026 est confirmé par la Commission de Coordination – accueillir jusqu’à 9 000 spectateurs par session durant les Jeux, avant de (re)devenir un site de compétitions et un centre de formation à la pratique des trois disciplines précitées.

Vue nocturne de la Patinoire Piné à Baselga di Piné (Crédits – VisitPineCembra)

La deuxième problématique porte sur la mise à niveau – potentiellement onéreuse – de l’anneau de vitesse de Baselga di Pinè qui doit en principe être couvert pour permettre la tenue des épreuves de patinage de vitesse à l’hiver 2026. Toutefois, à l’instar du précédent site évoqué, le CIO souhaiterait réfléchir à l’utilisation d’un autre équipement qui pourrait à la fois être plus économe sur le plan des dépenses, avec théoriquement une absence de toiture contrairement aux dernières échéances hivernales, et plus proche du cœur des Jeux pour les athlètes.

Aussi, des tests ont été effectués au cours du premier trimestre 2021 sur le terrain de l’Arena Civica de Milan et ce, afin de déterminer si, au regard des conditions climatiques extérieures, le déroulement des épreuves olympiques pouvait être envisagé in situ.

Concrètement, plusieurs spécialistes se sont réunis entre le 10 février et le 12 mars au sein de l’arène, conçue sous l’ère napoléonienne, dans le but d’étudier la capacité d’adaptation d’une patinoire aménagée sur une surface de 60 mètres par 30. Divers équipements ont à cette occasion été installés pour un coût d’environ 350 000 euros, notamment des pompes, des climatiseurs et des stations météorologiques.

Selon les médias locaux, les tests réalisés sur place se seraient avérés concluants, ce qui pourraient in fine conduire la Commission de Coordination du CIO à recommander l’option milanaise au détriment du site de Baselga di Pinè, même si les organisateurs pencheraient davantage pour la préservation du concept initial dont le coût pourrait se chiffrer à près de 70 millions d’euros.

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Le troisième des sites pouvant poser problème aux organisateurs italiens n’est autre que le Stade San Siro, proposé pour l’accueil de la Cérémonie d’ouverture des Jeux.

Deux projets architecturaux ont été élaborés au cours des dernières années avec le double objectif, de détruire l’enceinte actuelle – l’une des références du football italien – pour y aménager un nouvel équipement agrémenté de services, de commerces et autres espaces verts.

Pensé indépendamment du projet olympique de Milan-Cortina 2026, cette possible nouvelle infrastructure de 60 000 places représenterait un investissement conséquent de 1,2 milliard d’euros, ce qui a amené les autorités locales à demander des éclaircissements quant au rôle des deux clubs historiques, l’AC Milan et l’Inter. Ce dernier club est d’ailleurs l’objet des craintes actuelles du Maire de Milan, Giuseppe Sala.

Récemment, le Premier Magistrat de la principale ville de Lombardie, a ainsi estimé que les discussions ne pourront se poursuivre tant que l’Inter ne précisera pas les contours de son projet d’avenir, sachant que l’incertitude demeure concernant la place de la holding chinoise Suning qui possède 70% des parts depuis son opération financière de juin 2016.

Avec cette incertitude, la perspective de voir un nouvel édifice sortir de terre avant l’organisation des Jeux de 2026 apparaît de plus en plus hypothétique. Surtout, en fonction de l’état d’avancement des discussions, de la fourniture des éclaircissements demandés par la Ville de Milan et du climat politico-économique régional, il n’est pas à écarter la possibilité d’un abandon prochain du vaste projet de déconstruction / reconstruction sur le site de San Siro.

La réunion de la Commission de Coordination du CIO devrait à n’en pas douter être l’occasion pour les organisateurs et les autorités locales de faire un point sur cet épineux dossier.

Vue satellite du Palasharp de Milan (Crédits – Google Maps)

Au-delà de ces sites, un quatrième équipement soulève à ce jour des inquiétudes quant à sa capacité à être pleinement opérationnel en amont des Jeux.

Pour preuve de ces inquiétudes, le projet de réhabilitation du PalaSharp de Milan enregistre déjà six mois de retard sur le calendrier prévisionnel, alors même que le site doit abriter les phases préliminaires du tournoi olympique de hockey-sur-glace, puis le tournoi paralympique de hockey-sur-luge.

Ce retard est aujourd’hui la conséquence de décisions de justice successives, qui sont intervenues depuis la fermeture de l’enceinte en 2010 et au gré des modifications apportées au projet de requalification.

Dans le cadre de sa candidature aux JO 2026, Milan-Cortina avait pourtant misé sur ledit projet pour intégrer une installation existante de 7 000 places, grâce à un lifting des installations pour un coût estimé à 11,967 millions de dollars, dont 3,652 millions à la charge des organisateurs de l’événement olympique et paralympique. L’achèvement de cette mise à niveau avait alors été annoncée pour septembre 2021.

Visuel du projet de Pala Italia Santa Giulia à Milan (Crédits – Comune di Milano)

En dépit des doutes persistants autour de certains sites, le chantier d’une cinquième installation se poursuit actuellement sans encombre particulière, de quoi insuffler une dose d’optimisme pour les organisateurs des Jeux.

Le 16 février dernier, un Protocole d’accord a en effet été signé entre les parties au projet Santa Giulia – du nom du quartier milanais concerné – pour compléter les aménagements déjà réalisés et pour entrevoir les travaux de construction de l’enceinte sportive de 15 000 places proposée pour recevoir les phases finales du tournoi olympique de hockey-sur-glace, de même que la Cérémonie d’ouverture des Jeux Paralympiques.

Concrètement, le chantier – reposant sur l’entente entre la Ville de Milan, la métropole, la Région de Lombardie et la société Milan Santa Giulia – doit aboutir à l’émergence d’un site repensé sur un total de 120 hectares, incluant 65 hectares de bâtiments, parmi lesquels 60% à usage d’habitation. Une zone commerciale et de divertissement, ainsi qu’un vaste parc de 33 hectares compléteront le nouveau quartier implanté à proximité de la gare de Rogoredo.

Maire de la cité lombarde, Giuseppe Sala, n’avait pas caché sa satisfaction à l’annonce du Protocole d’accord. Comme il l’avait ainsi affirmé en février 2021 :

Avec ce document, et grâce aux interventions de réaménagement du site, nous commençons la construction d’une installation sportive stratégique pour le quartier Santa Giulia et pour la ville.

Accueillir les Jeux d’hiver de Milan-Cortina 2026 est un honneur pour nous tous. Le Pala Italia Santa Giulia sera une structure fonctionnelle à la hauteur des compétitions et des événements qui y seront organisés par la suite. Mais surtout, elle sera un point de référence pour tous les Milanais et pour les sportifs.

Cartographie des aménagements planifiés dans le cadre du projet urbain Santa Giulia (Crédits – Milano Santa Giulia)

Après une année 2020 profondément impactée par la crise sanitaire du Covid-19, mais qui a néanmoins vu la mise en route progressive des structures de gouvernance des JO 2026, force est de constater que les organisateurs connaissent un début d’année 2021 non moins mouvementé.

La réunion de la Commission de Coordination du CIO – qui devrait aussi porter un regard sur le dossier du Village principal des Athlètes – visera en conséquence à tracer les objectifs d’une année déjà capitale, à moins de cinq ans de l’ouverture de l’événement.

Immanquablement, ces objectifs tiendront compte tout à la fois des répercussions de la crise sanitaire et économique en Italie, mais également des exigences portées par l’institution olympique en ce qui concerne la durabilité des Jeux.

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