JO 2024 : Échec de la candidature de Hambourg : L’analyse de « Sport & Société »

Au cours des dernières années, les référendums olympiques ont été dévastateurs pour les candidatures désireuses de s’appuyer sur la légitimité des urnes : Munich 2022 (Allemagne), Cracovie 2022 (Pologne), Les Grisons 2022 (Suisse).

L’échec de la candidature de Hambourg 2024 (Allemagne) après le rejet de cette dernière hier soir, symbolise en tous cas un monde olympique à la croisée des chemins.

Chacun pouvait légitimement penser que l’adoption, en fin d’année 2014, des 40 résolutions de l’Agenda 2020, serait de nature à modifier la perception du décorum olympique auprès de la population. Force est de constater que Hambourg 2024 n’a pas réussi à transformer l’essai et ce, malgré des qualités évidentes.

Quatre points peuvent, ce matin, permettre de mieux comprendre le rejet surprise – et de fait le retrait – de la candidature olympique de Hambourg.

Composition des anneaux olympiques par 17 000 personnes, le 08 novembre 2015 (Crédits - Hamburg 2024)
Composition des anneaux olympiques par 17 000 personnes, le 08 novembre 2015 (Crédits – Hamburg 2024)
  • Un choix déterminé par l’originalité du pré-projet de candidature

Le 21 mars 2015, le Comité Olympique Allemand (DOSB) surprend et désigne à l’unanimité le pré-projet de Hambourg dans la course à l’investiture nationale. Avec ce choix, l’institution affiche sa préférence pour la cité portuaire plutôt que pour la capitale fédérale, Berlin.

Cette dernière, après son échec dans la course aux JO 2000, a vu une nouvelle fois son rêve olympique s’éteindre.

Il faut dire que sa rivale a su, très tôt, développer une stratégie de communication singulière ainsi qu’un projet de candidature d’ampleur comparable à la transformation urbaine de Barcelone 1992 ou plus récemment, de Londres 2012.

En envisageant le réaménagement du quartier portuaire et industriel de Kleiner Grasbrook, Hambourg 2024 a porté un souffle nouveau, un vent de fraîcheur, en promettant un cadre écologique et un investissement économe. Surtout, Hambourg bénéficiait alors d’un soutien populaire exceptionnel, soutien qui était moindre dans la capitale allemande.

Il y a quelques jours, le Dr. Nikolas Hill, Directeur Général du Comité de Candidature de Hambourg 2024, avait résumé le choix du DOSB en quelques lignes :

« Même si Berlin a beaucoup de sites sportifs existants, Hambourg a convaincu avec un concept unique.

L’offre de Hambourg est durable, compacte et elle a inclus la population dès le lancement de la procédure. Le projet olympique et paralympique de Hambourg présente un grand potentiel pour être un modèle du programme Agenda 2020 du Comité International Olympique ».

Les escaliers aux couleurs de la candidature (Crédits - Feuer und Flamme für Hamburg 2024)
Les escaliers de l’une des principales stations ferroviaires de Hambourg aux couleurs de la candidature (Crédits – Feuer und Flamme für Hamburg 2024)
  • Une campagne promotionnelle intense… mais contre-productive

L’une des forces de la candidature de Hambourg a longtemps résidé dans sa capacité à mettre en scène sa communication et sa promotion.

De fait, plusieurs partenaires ont contribué à créer une « marque » Hambourg 2024 : l’entreprise Miniatur Wunderland a notamment réalisé plusieurs affiches promotionnelles avec des objets miniatures, mais encore une maquette d’exposition d’un Stade Olympique aux couleurs de Hambourg 2024…

Plus tard, une série de timbres postaux a été éditée à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires, sans oublier des autocollants pour les voitures, des pin’s et plus récemment… un album Panini avec ses célèbre vignettes.

D’autres actions ont par ailleurs été entreprises sur le terrain : marche aux flambeaux autour du Lac Binnenalster en février 2015, composition de gigantesque anneaux olympiques au début du mois de novembre, mobilisation du plus grand porte-conteneurs du monde pour rappeler la vocation portuaire de Hambourg, décoration d’une station ferroviaire et des pistes de l’aéroport

Cette stratégie de communication variée a sans nul doute permis de promouvoir le projet olympique, mais elle a aussi eu pour conséquence de rendre la candidature inaudible. Paradoxal ? Pas vraiment.

En multipliant les efforts de communication, les partisans de la candidature ont noyé le message de cette dernière et surtout les éléments techniques qu’elle devait initialement présenter à la population.

Certes, une brochure explicative de plus de 80 pages a été présentée avec des visuels et des données chiffrées précises, mais cela n’a pas permis de consolider une base de soutien populaire forte mais qui s’est finalement érodée à mesure que la date fatidique approchait.

Olaf Scholz et Alfons Hörmann (Crédits - Wilfried Witters Sport-Presse-Fotos GmbH)
Olaf Scholz, Maire de Hambourg, et Alfons Hörmann, Président du DOSB (Crédits – Wilfried Witters Sport-Presse-Fotos GmbH)
  • Une forme d’arrogance ?

Avec une telle stratégie – communication pour les entreprises partenaires et information pour le Comité de Candidature – Hambourg 2024 ambitionnait de rallier une majorité de suffrages.

Sûr de lui, le Maire de Hambourg, Olaf Scholz, avait même affiché un optimiste exacerbé en mai dernier. Écartant le sens même de la question posée par « Sport & Société », le Maire avait ainsi affirmé :

« En cas de rejet populaire lors du référendum de novembre 2015, quelle sera la position de la Ville ? Retrait ou maintien de la candidature ?

L’issue du référendum sera favorable à Hambourg 2024 à une écrasante majorité ».

Si cette déclaration peut paraître à mille lieues des résultats constatés hier soir, elle ne fut pas la seule à exprimer une certaine forme d’arrogance et de certitude.

Ainsi, il y a quelques semaines, Walther Tröger, membre honoraire du CIO, a fixé un ambitieux objectif dans le cadre du référendum : 60% en faveur du « Oui ». Cruel erreur puisque cela n’a eu d’autre effet que de conforter les partisans de la candidature dans leur certitude et de rendre plus évidente encore la mobilisation des opposants.

Car l’échec du référendum de Munich 2022 a eu pour première leçon la grande mobilisation des opposants dans la dernière ligne droite. Certain de son succès, la candidature bavaroise n’avait pas pris garde à la poussée du « Non » dans les derniers jours de la campagne.

In fine, le « Non » l’avait emporté à près de 52%… Le même résultat qu’hier soir pour Hambourg 2024. Cruelle destinée.

Alors certes, les porteurs de la candidature ont bien tenté de ne pas fixer le moindre objectif par la suite, le mal était fait. Certains, comme le Maire, avait notamment déclaré qu’une victoire à 50% serait suffisante et que chaque point supplémentaire serait perçu comme un bonus, les citoyens en ont décidé autrement.

Pourtant, une donnée aurait pu mettre la puce à l’oreille des partisans de la candidature. Le dernier sondage FORSA réalisé au mois de novembre et récemment publié sur « Sport & Société » avait mentionné une forte baisse de popularité.

En l’espace de deux mois, la candidature de Hambourg était ainsi passée de 63% à 56% d’avis favorables. Sept points de moins en deux mois, alors que la candidature avait sans cesse dépassé les 60% voire même frôlé les 70% d’opinions positives

Visuel des trois principaux équipements sportifs de Kleiner Grasbrook, avec de gauche à droite, le Centre Aquatique, le Stade Olympique et la Halle Olympique (Crédits – Hambourg 2024 / Visualisierungen HH Vision, Luftbilder Matthias Friedel)
Visuel des trois principaux équipements sportifs de Kleiner Grasbrook, avec de gauche à droite, le Centre Aquatique, le Stade Olympique et la Halle Olympique (Crédits – Hambourg 2024 / Visualisierungen HH Vision, Luftbilder Matthias Friedel)
  • Un projet coûteux et un manque de transparence quant à l’investissement public

En présentant un projet particulièrement détaillé et illustré, Hambourg 2024 avait vu les choses en grand. Au milieu de l’un des hangars principaux de Kleiner Grasbrook, le Maire de la ville avait précisé certaines données de la candidature.

Cette dernière ne devait pas seulement servir les intérêts du sport local et fédéral, elle devait aussi et surtout permettre une accélération de la transformation urbaine de la ville.

Mais si le projet olympique est apparu séduisant sur le papier, il présentait néanmoins d’importantes carences et représentait même un risque de dérives financières au yeux de la Cour des Comptes.

Pour rappel, Hambourg dispose de 64% d’installations sportives existantes. Un bon score, mais un score en dessous de Paris, Los Angeles ou encore Rome, chacune disposant de 80% des sites nécessaires aux Jeux.

Surtout, à l’inverse des Villes Candidates précitées, Hambourg ne dispose pas d’un Stade Olympique, une infrastructure qui représente tout de même un élément majeur du projet et de fait, du budget d’organisation des Jeux.

D’autres équipements devaient également être aménagés dans le cadre de la candidature : Halle Olympique et Centre Aquatique, sans oublier le Vélodrome Olympique et le Village des Athlètes.

Un autre point faible avait par ailleurs été soulevé par les opposants aux JO 2024 à Hambourg : la délocalisation et l’indemnisation des entreprises actuellement présentes sur le site de Kleiner Grasbrook.

Membre active du mouvement « NOlympia Hamburg », Nicole Vrenegor avait précisé l’avis général des opposants dans le cadre d’une interview exclusive pour « Sport & Société » :

« Les coûts d’aménagement et de développement de l’île de Kleiner Grasbrook sont immenses.

Il s’agit d’un site inexploité par les transports publics et dont les sols sont extrêmement chargés.

Les entreprises portuaires résidentes réclameraient 5 à 7 milliards d’euros pour le déménagement de leurs structures et l’implantation sur un site présentant des conditions similaires d’exploitation ».

Dernièrement, un nouveau point de vue avait même été apporté et avait conforté la position des opposants.

Outre ces coûts potentiellement élevés, une autre donnée a sans nul doute joué un rôle déterminant dans le choix final des citoyens de Hambourg : la part d’investissement public et donc, le niveau de financement du projet par les contribuables.

En dévoilant son projet, Hambourg 2024 ne s’attendait peut-être pas à soulever une telle méfiance. Pourtant, sur 11,218 milliards d’euros nécessaires à la tenue des Jeux à Hambourg et dans sa périphérie, 7,4 milliards devaient incomber aux autorités locales, régionales et fédérales, dont 1,2 milliard à la charge exclusive de la Ville de Hambourg.

Une part trop important qui a fini par fragiliser le concept même de Hambourg 2024.

Maquette d'un Stade Olympique avec 70 000 figurines (Crédits - Miniatur Wunderland / Hamburg 2024)
Maquette d’un Stade Olympique avec 70 000 figurines (Crédits – Miniatur Wunderland / Hamburg 2024)

Avec les suffrages exprimés hier soir, les citoyens de Hambourg ont clairement écarté la candidature de leur ville.

Désormais, le Maire de Hambourg et le DOSB devront faire un examen approfondi afin de connaître les erreurs et les failles de la candidature et de la campagne référendaire.

Ce retrait précipité et inattendu de Hambourg de la course aux JO 2024 va par ailleurs rebattre les cartes.

Elles étaient cinq sur la ligne de départ, le 15 septembre dernier, elles ne sont plus que quatre à présent. Paris (France), Rome (Italie), Budapest (Hongrie) et Los Angeles (États-Unis) vont certainement analyser à leur tour les raisons de l’échec allemand, avant peut-être d’en récolter les fruits.

Car même affaibli – il ne faut pas espérer une nouvelle candidature Outre-Rhin avant plusieurs années -, le Mouvement Olympique allemand demeure un acteur incontournable. Aussi ne faut-il pas oublier la présence de membres au sein du CIO et d’institutions internationales et surtout la présence de Thomas Bach, ancien patron du DOSB, à la tête de l’institution de Lausanne (Suisse).

Les déclarations des Villes Candidates auront donc toute leur importance et aucune ne devra se permettre la moindre critique ou le moindre écart vis-à-vis de la désormais ex-candidature allemande.

Le positionnement – stratégique – de ces mêmes Villes Candidates aura là encore toute son importance dans une course qui se terminera par l’élection de la Ville Hôte, le 13 septembre 2017 à Lima (Pérou).

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