Rio 2016 : L’organisation des Jeux, une affaire politique

Lorsque Rio de Janeiro décide de se porter candidate à l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques d’été 2016, la cité brésilienne sait pertinemment qu’elle ne partira pas avec le statut de favorite.

Rio sort en effet de deux échecs – pour les Olympiades 2004 et 2012 – où elle n’a pas réussi à franchir l’étape cruciale de la requérance, et présente des faiblesses techniques non-négligeables avec un nombre important de noyaux sportifs proposés ainsi qu’un grand nombre d’infrastructures olympiques à aménager.

Pourtant, la ville carioca a su profiter de l’aura du Président du Brésil de l’époque, Luis Ignacio Lula da Silva, pour remonter la pente mois après mois et convaincre les électeurs du Comité International Olympique (CIO) face à des villes d’un tout autre calibre : Chicago (États-Unis), Tokyo (Japon) et Madrid (Espagne).

Rio 2016 - logos et drapeau

Lula est alors un Président en exercice particulièrement populaire. Il engrange les succès politiques et multiplie les initiatives pour faire de son pays, l’une des principales puissances économiques émergentes. L’un de ses crédos est d’ailleurs l’organisation d’événements internationaux majeurs afin de dynamiser l’économie fédérale et hisser le Brésil dans la cour des grands de ce monde.

La Coupe du Monde de football 2014 fut l’un des objectifs affichés. Les Jeux Olympiques et Paralympiques n’ont été qu’une suite logique à cette ambition qui certains ont parfois jugé démesurée.

Dans le cadre du dossier de candidature de Rio de Janeiro, Lula ainsi que le Gouverneur de l’État de Rio, le Maire de la ville et le Président du Comité Olympique Brésilien avaient d’ailleurs affiché enthousiasme et optimisme.

« Notre garantie est que Rio accueillera les Jeux de la célébration, de l’enthousiasme et de la transformation, en solidarité avec la force et la vision des Mouvements olympique et paralympique.

Le gouvernement et le sport sont unis pour soutenir cette candidature historique. Nous sommes résolus et déterminés. Rio est prête.

La candidature de Rio bénéficie du soutien continu des trois niveaux de gouvernement depuis son lancement. Ce fait est confirmé par le rôle dirigeant dynamique que jouent les autorités publiques dans l’élaboration de la proposition pour des Jeux à Rio et le soutien total qu’elles apportent à cette candidature et la mise en place de 100% des garanties exigées par le niveau de gouvernement correspondant, ainsi que tout un éventail d’engagements allant au-delà des prescriptions de base ».

Présent à Copenhague (Danemark) lors de l’élection de la Ville Hôte des Jeux de 2016, le Président Lula a assisté à la déroute de Chicago et Tokyo mais surtout au triomphe de Rio sur Madrid (66 voix contre 32).

Pour la première fois de l’Histoire, les Jeux Olympiques et Paralympiques auront lieu en Amérique du Sud.

Jacques Rogge - Carlos Nuzman - Lula

Mais malgré la singularité de l’événement et l’aspect historique de celui-ci, les préparatifs liés à l’organisation des Jeux ne furent pas de tout repos. Encore aujourd’hui, les défis demeurent immenses et ce, en dépit du regain d’optimisme récemment affiché par la Commission de Coordination en visite au Brésil.

Il faut dire que les autorités politiques se sont retrouvées face à une situation inédite dans l’Histoire récente : organiser, à deux ans d’intervalle, les deux plus grands événements sportifs de la planète.

Les moyens déployés ont certes été considérables mais n’ont pu empêcher retards et problèmes liés à la bureaucratie et au fléau de la corruption.

La Coupe du Monde de football a ainsi connu une dernière année de préparation particulièrement délicate, confrontée tout aussi bien à la fronde populaire exprimée à l’égard des choix économiques et sociaux de la Présidente Dilma Rousseff, qu’aux retards dans l’aménagement des différents stades.

Un an avant la Coupe du Monde, ce qui devait s’apparenter à une répétition générale, tourna au fiasco et à l’inquiétude. Malgré la bonne organisation de la Coupe des Confédérations, les autorités sportives et politiques brésiliennes – mais également internationales – ont perçu les difficultés du Brésil à maintenir le rythme et la cadence et à livrer des infrastructures en temps et en heure.

Tradition brésilienne pour certains, ces ennuis logistiques n’ont fait que renforcer la colère vis-à-vis d’une manifestation sportive vilipendée pour son coût – plus de 12 milliards d’euros – et pour la démonstration du « sport business ». Face à ce déballage de moyens et d’efforts et face à l’augmentation du coût de la vie (transport, produits de première nécessité…), nombreux furent ainsi les Brésiliens à ne pas comprendre le sens des priorités de Dilma Rousseff.

L’une des illustrations les plus marquantes de ce véritable désamour à l’égard de l’ex-dauphine de Lula, interviendra quelques mois plus tard, lors de la finale de la Coupe du Monde. Devant plusieurs milliards de téléspectateurs et dans un Estadio Maracana à guichets fermés, Dilma Rousseff et les représentants du football mondial furent copieusement sifflés par une bonne partie des spectateurs.

Coupe du Monde Dilma Rousseff

Depuis, la situation ne s’est guère améliorée pour la Présidente en exercice, bien au contraire.

Fragilisée par une croissance économique en berne (récession et inflation à plus de 6%) et par les critiques relatives aux scandales politico-financier ayant frappé plusieurs caciques du Parti des Travailleurs (PT), Dilma Rousseff s’est vue menacée dans les sondages par la dynamique candidate des Verts et du Parti Socialiste, Marina Silva.

Se posant en recours contre la corruption et les vieilles pratiques politiques, Marina Silva a connu une ascension fulgurante dans les sondages, allant même jusqu’à passer devant l’héritière du toujours très populaire Lula dans certains enquêtes d’opinion.

Mais après plusieurs semaines d’une intense campagne – sur le terrain, dans les médias traditionnels et sur les réseaux sociaux – Dilma Rousseff semble avoir repris du poil de la bête et se montre désormais plus combative que jamais.

Il y a quelques mois, la Présidente avait déclaré, au cœur du mouvement de protestations :

« Je ne crois pas que la Coupe du Monde va décider de mon élection. Elle ne va pas m’aider, ni me porter préjudice.

Le Brésil peut très bien être Champion et moi perdre l’élection, tout comme le Brésil peut bien perdre et moi être réélue ».

Une déclaration comme pour dissocier les deux événements. Or, en cas de défaite électorale, nul doute que nombreux seront ceux qui feront un parallèle entre les investissements pharaoniques, l’humiliante défaite de la Seleçao face à l’Allemagne (1-7) et la déroute de Dilma Rousseff.

Sepp Blatter et Dilma Rousseff

Les derniers jours de campagne ont été disputés. Les ultimes sondages apportent cependant du réconfort sinon de l’assurance à la Présidente sortante. Son capital sympathie est en effet revenu à un niveau respectable.

Début septembre, un sondage accordait 35% d’intentions de vote à Dilma Rousseff contre 34% à sa rivale Marina Silva et 14% seulement à Aecio Neves, économiste social-démocrate.

Le 30 octobre dernier, un nouveau sondage marquait un tournant dans la campagne présidentielle. Tandis que Dilma Rousseff et Aecio Neves remontaient dans les intentions de vote, à respectivement 40% et 20%, Marina Silva connaissait une perte de régime passant de 27% à 25% d’intentions de vote.

La dynamique semble se confirmer aujourd’hui. Une enquête menée à la veille du premier tour montre que Dilma Rousseff arriverait en tête (44%) juste devant son adversaire social-démocrate (27%) et Marina Silva, reléguée en troisième position, synonyme d’élimination de la course (24%).

Si elle parvient à être réélue, Dilma Rousseff devra encore démontrer sa capacité à faire revenir la confiance, dans la société brésilienne mais aussi au niveau des marchés financiers et des échanges internationaux.

Rio 2016 - Commission de Coordination - octobre 2014

Sur le plan des Jeux Olympiques et Paralympiques, la Présidente s’est récemment affichée aux côtés des membres de la Commission de Coordination. Déambulant sur les chantiers du Parc Olympique de Barra et de Deodoro, Dilma Rousseff a ainsi souhaité démontrer le plein engagement des autorités politiques vis-à-vis de l’organisation des Jeux.

Une manière d’affirmer que l’accélération des travaux a été possible grâce à son implication. Une manière comme une autre de faire des Jeux une vitrine de sa politique. Celle qui récemment encore voulait dissocier son destin personnel et celui du Brésil dans les grands événements mondiaux semble aujourd’hui être revenue sur ses propos.

Il faut dire qu’un succès organisationnel aurait une répercussion majeure pour le Brésil, son développement, son dynamisme et disons-le, sa Présidente. En s’inscrivant dans les pas de son mentor Lula, Dilma Rousseff veut marquer de son empreinte l’Histoire de son pays.

Lula fut le Président qui permis la désignation du Brésil pour accueillir le Mondial de football puis les JO. Dilma Rousseff pourrait devenir la Présidente de l’héritage olympique.

Le premier tour de l’élection présidentielle a lieu ce dimanche. La Cérémonie d’ouverture des Jeux se déroulera pour sa part dans 670 jours. Entre les deux, le temps nécessaire pour retrouver force et confiance.

Illustrations :
– Figurine du Christ rédempteur de Rio, drapeau brésilien, logos olympique et paralympique (Crédits – Rio 2016 / Alex Ferro)
– L’ancien Président du CIO, Jacques Rogge ; le Président du Comité d’Organisation, Carlos Arthur Nuzman et l’ex-Président du Brésil, Lula lors de la signature du Contrat Ville-Hôte (Crédits – Rio 2016 / Arnaud Meylan)
– Remise de la Coupe du Monde de football à l’équipe d’Allemagne par Dilma Rousseff et le Président de la FIFA, Sepp Blatter (Crédit – FIFA / Laurence Griffiths / Getty Images)
– Sepp Blatter et Dilma Rousseff (Crédits – FIFA / Roberto Stuckert Filho / PR)
– Dilma Rousseff et la Commission de Coordination des JO 2016 (Crédits – Rio 2016 / Alexandre Loureiro)

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