Dépôt d’une proposition de loi relative aux « conditions de retransmission des événements sportifs à la télévision »

Le 15 mai dernier, une proposition de loi relative aux « conditions de retransmission des événements sportifs à la télévision », a été enregistré à la Présidence de l’Assemblée Nationale.

Cette proposition arrive au moment même où les chaînes de télévision s’activent pour répondre à divers appels d’offres, et notamment à celui concernant la diffusion des Internationaux de France de Roland Garros, qui interviendra au mois de septembre.

Jusqu’alors sur France Télévisions, le mythique tournoi de tennis pourrait migrer – en partie – vers une autre destination. Le groupe M6 a déjà fait savoir qu’il était intéressé par l’événement. BeIn Sport pourrait également répondre à l’appel d’offres, de même que Canal+ ou TF1.

La Fédération Française de Tennis (FFT) a d’ores et déjà fait savoir qu’elle souhaitait obtenir au total, 64 millions d’euros de droits TV. A l’heure actuelle, France Télévision débourse seule, 15,5 millions d’euros par an, ce qui est insuffisant au regard des nombreuses dépenses – projet d’extension du stade de Roland Garros – envisagées par la Fédération pour les années à venir.

Présentée par 23 députés, la proposition de loi est précédée par l’exposé des motifs suivants:

Mesdames, Messieurs,

Avec l’accroissement de l’offre télévisuelle, la diffusion de contenus sportifs a considérablement augmenté dans les grilles de programmes de chaînes de télévision, posant le problème de l’acquisition des droits de diffusion des événements sportifs mais aussi de la représentativité des différentes disciplines sportives.

La multiplication des chaînes de télévision, qu’elles soient gratuites ou payantes, a modifié la représentation du sport à la télévision, mais également les parts d’audience qui lui sont consacrées. Même si 15 %, en moyenne, des grandes réussites en parts d’audience concernent des retransmissions d’événements sportifs, les audiences des diffusions de programmes sportifs sont désormais beaucoup plus fragmentées en raison de leur multiplication et du nombre croissant de chaînes de télévision. Aussi, les chaînes de télévision, dites classiques, ont continué à acquérir les droits de diffusion d’événements sportifs onéreux, cependant moins rentables en raison de l’étendue de l’offre télévisuelle actuelle.

En parallèle, les contenus sportifs des chaînes payantes ont connu une forte croissance entraînant « la multiplication par neuf des volumes horaires de diffusion de programmes sportifs en 1994 et 2010 » selon un rapport du CSA. En effet, sur 100 000 heures de diffusion d’événements sportifs, 98 % l’ont été sur des chaînes de télévision payantes.

Pour rentabiliser leurs investissements, les chaînes de télévision ont tendance à acquérir les droits de diffusion d’événements sportifs, dits rentables, qui ne concernent que quelques disciplines. À titre d’exemple, les deux tiers des programmes sportifs des nouvelles chaînes de la TNT représentent le football, le tennis, le rugby et le cyclisme. En l’espace de 16 ans, on est passé de cent quatre diffusions de rencontres de football sur les chaînes gratuites à cent soixante-seize.

Cependant, une observation attentive des moyennes d’audience du sport sur les chaînes gratuites démontre que la focalisation des programmes sportifs sur certaines disciplines ne garantit en rien des parts d’audience importantes. La question de cette concentration de l’offre sportive à la télévision doit donc être posée. En 1990, quarante-huit disciplines sportives étaient représentées sur les chaînes gratuites, contre quarante-deux en 1995, trente-deux en 2000 et vingt et une en 2010.

Par ailleurs, la poursuite de cette offre télévisuelle sportive axée sur quelques disciplines sportives pourrait aggraver la situation financière des fédérations et ligues de disciplines moins médiatisées. Leurs revenus commerciaux seraient réduits étant donné leur manque de visibilité médiatique, les rendant ainsi dépendantes des financements publics.

En outre, au-delà de la situation financière des fédérations et des ligues, le fort développement des contenus sportifs sur les chaînes payantes pose le problème de l’accès à ces programmes par le plus grand nombre. Actuellement, la voie hertzienne gratuite reste le principal mode de réception de la télévision dans notre pays. Ainsi, en décembre 2009, 53 % des Français n’avaient accès qu’à 2 % des diffusions de programmes sportifs. En 2016, l’Euro ne sera pas diffusée dans son intégralité sur une chaîne gratuite. Ce sera une première alors que cette compétition se déroulera sur notre territoire.

Le décret n° 2004-1392 du 22 décembre 2004 relatif à la liberté de communication, par transposition de l’article 3 bis de la directive 89/552/CEE du Conseil des communautés européennes du 3 octobre 1989, dite directive « télévision sans frontière », indique que « les événements qualifiés d’importance majeure pour la société française peuvent être retransmis par les éditeurs de services de télévision dans des conditions qui garantissent leur accès au plus grand nombre de téléspectateurs ». Quatre critères ont été établis pour définir les événements d’importance majeure :

« – L’événement fédère un public plus large que celui qui est traditionnellement concerné,

– L’événement participe de l’identité culturelle nationale,

– L’événement implique l’équipe nationale dans le cadre d’une manifestation d’envergure,

– L’événement fait traditionnellement l’objet d’une large audience télévisée. »

En dehors des Jeux Olympiques d’été et d’hiver, les vingt et un événements majeurs, cités par ce décret, représentent huit disciplines sportives sur cent trente-six reconnues de haut niveau.

Sans aller jusqu’à remettre en cause la logique des appels d’offres pour l’obtention des droits de diffusion des programmes sportifs, le manque de représentativité de l’ensemble des disciplines sportives reste important et problématique pour de nombreuses fédérations et nombre de téléspectateurs amateurs de sports.

Aujourd’hui, le décret dit « télévision sans frontière » n’est plus suffisant. Une évolution est nécessaire, d’où la présente proposition de loi.

L’article 1er prévoit que les compétitions sportives à caractère national ou international, se déroulant sur le sol français soient diffusées de manière à ce qu’elles soient accessibles au plus grand nombre.

L’article 2 introduit l’obligation de diffuser, de manière à ce qu’elles soient accessibles au plus grand nombre, les rencontres sportives à caractère national ou international, où interviennent des équipes ou des athlètes français.

L’article 3 augmente à 10 % des encaissements la contribution sur la cession des droits de diffusion de manifestations ou de compétitions sportives en cas de non-respect des articles 1 et 2 de la proposition de loi.

PROPOSITION DE LOI

Article 1er

L’article L. 333-2 du code du sport est complété par un alinéa ainsi rédigé :

« Les compétitions ou manifestations sportives nationales ou internationales se déroulant sur le territoire français sont diffusées de manière à ce qu’elles soient accessibles au plus grand nombre. Les critères définissant les compétitions nationales et internationales sont déterminés par décret. »

Article 2

Le même article est complété par un alinéa ainsi rédigé :

« Les rencontres sportives impliquant des équipes ou des athlètes français dans une compétition ou une manifestation, nationale ou internationale, sont diffusées de manière à ce qu’elles soient accessibles au plus grand nombre. »

Article 3

L’article 302 bis ZE du code général des impôts est complété par un alinéa ainsi rédigé :

« Toute chaîne de télévision refusant de respecter les dispositions prévues aux articles 1 et 2 de la présente loi voit sa contribution sur la cession des droits de diffusion de manifestations ou de compétitions sportives augmenter à 10 % des encaissements. »

Une pensée

  1. Je suis très déçu par la décision de la FFT concernant les droits de retransmission du tournoi de Roland-Garros. j’ai toujours suivi la compétition depuis 1987 sur A2 puis ensuite sur les différentes chaînes de France télévision. Aujourd’hui, la retransmission est amputé de plusieurs heures, en particulier pour les gens qui ne peuvent avoir accès aux chaînes câblés ou via l’internet haut débit …(je me connecte au web via un modem 56K …)
    Un match de tennis, mal commentés ou mal retransmis devient vite pénible a suivre (en particulier sur eurosport) , au contraire, France Télévision a réussi a rendre cette événement attrayant grâce à une qualité de réalisation exceptionnelle tant au niveau des commentaires, que des images et l’ambiance du tournoi…
    Grâce a cette extraordinaire qualité, je suis un mordu de ce tournoi au point de faire correspondre, depuis au moins 10 ans) mes congés avec les dates de RG,
    Je suis bien conscient que le stade a besoin d’une extension, le court centrale d’un toit etc … Mais il y a certainement d’autres voies de financement que le morcellement de la diffusion ! Le sponsoring, la publicité…
    Le Tennis n’est pas le Football, n’espérez pas atteindre les droit de retransmission du foot pour le tennis, ce n’est en aucun cas comparable. Rien que part le nombre de licencié dans les clubs …

    Cordialement,

    M.P.

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