Réflexion : L’héritage de Paris 2012, cinq ans après la défaite olympique

« Notre candidature semble avoir été vécue par certains comme un programme de politiques entouré de sportifs, alors que celle de Londres est apparue comme celle de sportifs entourés de politiques ». L’ancien Président du Comité National Olympique Français (CNOSF), Henri Sérandour avait pour partie compris l’échec de PARIS 2012.

Avec un dossier technique jugé d’une « très grande qualité » par la Commission d’Evaluation du CIO, Paris semblait promise à remporter l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques d’été 2012, devant des villes prestigieuses comme Londres, Madrid, New York ou encore Moscou.

Jusqu’au dernier tour, Paris pouvait espérer gagner l’or olympique, bien qu’elle ne fût jamais en mesure d’être en tête. Quatre voix de plus en faveur de Londres firent basculer l’issue finale (54 / 50).

– Paris a-t-elle retenu les leçons de l’échec du 06 Juillet 2005, dans l’optique d’une Candidature aux Jeux 2020 ou 2024 ?

– La France a-t-elle comblé son retard en termes d’infrastructures ?

– La diplomatie hexagonale a-t-elle bien entendu les signaux envoyés par le Comité International Olympique ?

Autant de questions qui peuvent se poser, cinq ans jour pour jour après la défaite de Paris.

I – Une candidature par les sportifs pour les sportifs avec l’appui des politiques… et non l’inverse !

Lorsque la capitale française se porta candidate à l’organisation du plus grand évènement sportif et médiatique au monde, l’ensemble de la classe politique tricolore se mobilisa en faveur de la candidature parisienne. De Droite comme de Gauche, tous les partis politiques signent une lettre de soutien à « Paris 2012 ».

Lorsque l’on songe à organiser un évènement sportif de grande envergure, il est primordial de s’assurer du soutien politique (et financier !) de l’Etat et des Collectivités Territoriales parties au projet (Ville, Département, Région).

« Paris 2012 » avait tout sur le fond comme sur la forme et c’est d’ailleurs que le bas blesse.

Le Comité de Candidature a, dès le départ, eu comme directeur général, le Maire de Paris Bertrand Delanoë.

Jean-Paul Huchon, Président de la Région Ile-de-France figurait aussi en bonne position.

A l’inverse, « Londres 2012 » avait mis en avant, l’ancien sportif de haut niveau, l’athlète Sebastian Coe.

Pour séduire les membres électeurs du CIO, il faut savoir les flatter, leur montrer de l’intérêt, leur donner de l’importance, bien qu’ils ne soient pas, pour partie, d’anciens sportifs. La présence d’un sportif à la tête de l’exécutif de Candidature est un signe. La composition du Comité de Candidature en est un autre.

Paris avait fait le choix, comme pour 2008 et bien avant, 1992, de placer en premier lieu dans l’organigramme, les politiques puis les sportifs.

Ce choix peut pour partie expliquer l’échec de Paris 2012.

Aujourd’hui, « Annecy 2018 » semble avoir retenu la leçon « 2012 », privilégiant la présence de sportifs de premier plan, comme Edgar Grospiron, Champion Olympique de Bosses aux Jeux d’Albertville 1992… les derniers organisés en France. D’ailleurs, cette habitude franco-française de revenir sur le passé, est aussi une des causes de la défaite de 2005.

A partir des années 1980, sous l’impulsion de son Président Juan Antonio Samaranch, le CIO parvient a retrouver une certaine stabilité, tant sur le plan organisationnel des Jeux, que financier. En 1984, les Jeux de Los Angeles deviennent les premiers à réaliser un bénéfice (près de 250 millions de dollars). Dès lors, l’aspect économique des Jeux ne sera plus jamais négligé.

Les membres du CIO savent que Pierre de Coubertin fut le rénovateur des Jeux Olympiques… mais ce n’étaient pas exactement les mêmes que les Jeux version XXIe siècle. Ce constat est cruel mais pourtant bien réel dans l’esprit d’une partie des membres de l’instance olympique, à Lausanne (Suisse).

Au cours de ses trois candidatures olympiques (1992, 2008 et 2012), Paris, Ville Lumière, n’a eut de cesse de vanter son Histoire, son attachement aux valeurs de l’Olympisme, son statut – il faut bien le dire – de « fille ainée des Jeux Olympiques », après la Grèce berceau des Jeux.

II – La perte d’influence manifeste de la France dans les organisations sportives internationales

La France n’est plus la Nation du sport qu’elle était il y a encore trente ans.

En 1989, le Mouvement Olympique comptait 29 Fédérations Sportives affiliées. Philippe Chatrier (qui a donné son nom au Central  des Internationaux de France de Roland-Garros et qui a contribué à démocratiser la petite balle jaune) fut Président de la Fédération Internationale de Tennis de 1977 à 1991 ; Paul Libaud fonda en 1947, la Fédération Internationale de Volley-ball…

Aujourd’hui, aucun des dirigeants des fédérations sportives mondiales affiliées n’est Français ! Un nouveau constat tout aussi cruel pour l’ambition olympique de la France.

Les Fédérations Internationales Olympiques sont issues, dans leur grande majorité, de la première moitié du XXe siècle. La médiatisation croissante et l’impact de la télévision dans le monde, ont contribué à la transformation radicale des politiques sportives des Fédérations.

Comment pouvoir créer des réseaux influents au sein des Fédérations Internationales Olympiques (FIO) sans aucune présidence française ?

Ce n’est pas avec quelques membres français au CIO que l’Hexagone retrouva la flamme olympique. En effet, les sportifs sont – et c’est bien regrettable – dans une position qui tend plus à de la figuration qu’à de l’action, à l’intérieur du CIO.

Pour illustrer ce propos, deux exemples s’imposent : Nawal El-Moutawakel, Championne Olympique du 400 mètres aux Jeux de Los Angeles (1984), a présidé la Commission d’Evaluation des Jeux de 2012 et des Jeux de 2016, commission qui n’a aucun poids concret dans l’issue du vote pour désigner la Ville-Hôte. Jean-Claude Killy, membre français du CIO, Champion Olympique de Descente, de Slalom et de Slalom Géant en 1968, coordonne actuellement le bon déroulement des travaux des Jeux de Sotchi 2014 (Russie). Là aussi, un rôle – important certes – mais qui n’est pas déterminant dans le fonctionnement du CIO.

III – Un déficit persistant d’infrastructures performantes

L’échec de Paris pour les Jeux de 2012, n’a pas considérablement inversé une tendance persistante depuis plusieurs décennies : la France souffre d’une carence d’infrastructures d’entrainements et de compétitions, au niveau national.

Quelques exemples permettront d’y voir plus clair :

–          Natation

Malgré des résultats sportifs exceptionnels, plaçant les athlètes Français parmi les meilleurs au monde (Laure Manaudou, Alain Bernard ou encore Virginie Dedieu en natation synchronisée), la France ne possède pas, à l’heure actuelle, une infrastructure capable d’accueillir un évènement de portée continentale ou mondiale. La dernière grande manifestation sportive de la discipline organisée en France remonte à 1987, à Strasbourg (Championnats d’Europe). La France n’a jamais accueilli de Championnats du Monde de Natation sur son sol, à l’inverse de l’Espagne (1986 et 2003), de l’Italie (1994 et 2009) ou encore de l’Australie (1991, 1998, 2007). Les prochaines éditions mondiales se tiendront respectivement en Chine (Shanghai 2011) et aux Emirats Arabes Unis (Dubaï 2013).

L’importance d’une telle manifestation n’est pourtant pas minime à l’exemple de Melbourne 2007 qui a vu nager dans ses piscines, quelques 2 158 athlètes devant 215 000 spectateurs et des millions de téléspectateurs dans le monde.

Prévu dans le projet de « Paris 2012 », le Centre Aquatique d’Aubervilliers semble s’éloigner année après année, malgré la désignation d’un Cabinet d’Architectes en 2008.

Ce centre composé de quatre bassins permanents, d’un bassin extérieur et de deux bassins temporaires aurait pu accueillir jusqu’à 20 000 personnes à l’occasion d’une compétition internationale.

–          Tennis

En projet depuis plusieurs années, l’extension de Roland-Garros est un feuilleton annuel.

En 2005, Paris proposait dans son dossier de candidature, la construction par la Fédération Française de Tennis (FFT) d’un « Dôme, nouvelle installation [qui] compléterait le stade de tennis de Roland-Garros et serait utilisé pour le judo et le badminton durant les Jeux Olympiques ».

–          Gymnastique

Il est des disciplines où les Français sont régulièrement bien positionnés sur les podiums continentaux et mondiaux, si ce n’est olympiques. La gymnastique en fait partie.

Un « Super Dôme » de 20 000 places aurait du être construit près du Stade de France, si Paris avait obtenu les Jeux. Un projet qui aurait tout de même du voir le jour… mais qui ne le verra malheureusement pas dans les prochaines années.

–          Cyclisme sur piste

Seul lot de consolation si l’on peut dire, le cyclisme sur piste, discipline longtemps dominée par les Français, aura à l’horizon 2013, un écrin de dimension exceptionnelle et d’une conception unique en Europe, situé à Saint-Quentin-en-Yvelines.

Le designer Allemand du projet (Ralph Schuermann) indique d’ailleurs qu’il s’agira de la « première piste de vélodrome de 250 mètres de longueur sur 8 mètres de large, avec un rayon constant de 23 mètres ». Une piste de BMX entièrement couverte viendra compléter ce joyau architectural aux normes HQE, entouré en outre, d’un complexe de loisirs, de bureaux et de logements.

Suivant les recommandations de la Commission Costantini qui a rendu son Rapport en Mars dernier, il serait souhaitable et impératif de lancer un vaste plan d’aménagement du territoire consistant à la construction de salles multifonctionnelles de grande capacité (10 000 / 15 000 places) répondant aux normes européennes et internationales en vigueur.

Depuis 1984, aucune salle multifonctionnelle de plus de 10 000 places n’a vu le jour en France (Palais Omnisports de Paris Bercy – jusqu’à 17 000 places).

En Septembre 2010, Montpellier (Hérault) inaugurera la deuxième plus grande salle de France. L’Arena 2010 pourra dès lors accueillir jusqu’à 14 000 personnes et recevoir divers évènements (spectacles, conférences, sport).

En Novembre 2010, la chanteuse internationale Shakira se produira sur scène. En Octobre 2010, l’Open « Sud de France » accueillera les meilleurs joueurs tricolores de tennis et quelques pointures internationales (250 points ATP – ancien Tournoi de Lyon). En Septembre 2011, les meilleures gymnastes de la planète, s’affronteront durant les Championnats du Monde Féminins de Gymnastique Rythmique, qualificatifs pour les Jeux Olympiques de Londres. En Mai 2012, les Championnats d’Europe Masculins de Gymnastique Artistique auront lieu à l’Arena de Montpellier.

Autant d’évènements qui n’auraient sans doute jamais pu avoir lieu en France – dans une ville de province qui plus est – sans une salle de cette qualité pouvant rivaliser avec les meilleurs équipements européens en la matière (O2 Arena de Londres, Arena de Belgrade, O2 Arena de Prague…).

L’Article 28 de la Loi sur le développement et la modernisation des services touristiques dispose depuis le 25 Juillet 2009, que « les enceintes sportives figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé des sports, destinées à permettre l’organisation en France d’une compétition sportive internationale ou à recevoir, à titre habituel, des manifestations sportives organisées par une fédération sportive délégataire au sens de l’article L. 131-14 du code du sport ou une ligue professionnelle au sens de l’article L. 132-1 du même code sans condition de discipline et de capacité, ainsi que les équipements connexes permettant le fonctionnement de ces enceintes, sont déclarés d’intérêt général […] ».

 

Souhaitons que cette évolution législative permette enfin d’engager la France et le sport tricolore sur la voie de la modernité, du XXIe siècle en somme.

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