Si le Comité d’Organisation de Milan-Cortina 2026 dispose de quelques mois pour parvenir à équilibrer le budget des Jeux d’hiver, ou tout du moins à s’en rapprocher, les parties prenantes au projet sont aujourd’hui parfaitement conscientes d’un risque de dérapage pouvant dépasser le seuil des 300 millions d’euros.

Malgré la ferveur populaire relevée dans les arènes et en contrebas des pistes de ski sur les différents sites mobilisés durant les Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver de 2026, et en dépit de l’hommage rendu par le Comité International Olympique (CIO), plus tôt ce mois-ci, les organisateurs transalpins doivent désormais composer avec une enveloppe budgétaire plus que fragile, dans laquelle les décisions d’hier pourraient coûter cher.
En effet, les premières tendances laissent entrevoir la perspective d’un déficit compris entre 130 et 310 millions d’euros.
Un chiffre qui s’explique pour l’heure par des dépenses supérieures aux estimations formulées en 2019 et qui pourraient représenter un surcoût de 230 millions, le tout conjugué à des recettes inférieures aux projections établies jusqu’alors, avec la possibilité d’un manque à gagner de 80 millions d’euros.
Certes, le Comité d’Organisation dispose encore de quelques mois – jusqu’au 31 décembre 2026, date de clôture de l’exercice comptable – pour combler ce qui est susceptible de devenir un déficit à la seule charge des pouvoirs publics. Le temps presse.
Car même si Milan-Cortina 2026 a dernièrement sollicité le CIO pour une rallonge exceptionnelle de la contribution olympique à hauteur de 100 millions d’euros, l’institution de Lausanne (Suisse) a fermement écarté cette possibilité, estimant qu’il revenait aux organisateurs de gérer leurs finances et de facto d’en assumer les différents aspects, incluant tout autant les revenus que les dépenses et les dérives éventuelles.
Un rappel utile et un enseignement capital que devront avoir à l’esprit les organisateurs des Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030 dont les préparatifs demeurent chaotiques depuis l’attribution des Jeux en 2024.
Pour Milan-Cortina 2026, des points noirs pourraient avoir une incidence majeure sur le résultat financier en fin de course, à l’instar du réaménagement de la piste Eugenio Monti de Cortina d’Ampezzo pour le bobsleigh, la luge et le skeleton, et de la construction de l’Arena Santa Giulia dans le quartier éponyme de Milan, mais aussi l’accroissement des dépenses énergétiques consécutivement à la guerre en Ukraine et qui ont pu, sur certains chantiers, contribuer à une inflation de 30% des coûts.

Pour la première enceinte, les signaux d’alerte avaient pourtant été tirés dès la phase de candidature de Milan-Cortina 2026.
A l’époque, la Commission d’Évaluation du CIO avait en effet souligné les risques tenant à la viabilité du site à long terme, eu égard aussi à l’expérience des Jeux de Turin 2006 et d’autres éditions passées.
Comme l’avait d’ailleurs indiqué le Rapport de ladite Commission :
Conformément aux objectifs de durabilité et d’héritage de l’Agenda 2020, la Commission d’Évaluation a soigneusement examiné la proposition de rénovation de la piste Eugenio Monti de Cortina.
La Commission craint que le projet ne nécessite des investissements et des travaux importants, dépassant les estimations établies sur la base des chiffres de référence.
La Commission estime que les plans de financement et d’héritage doivent encore être précisés. Il y a la possibilité d’utiliser une piste existante ailleurs en Europe.
En 2024, l’institution olympique avait à nouveau fait part de ses craintes quant à la détermination des autorités italiennes de mener à bien un projet dont le coût n’a cesser de gonfler au fil des ans, passant de 53,24 millions de dollars (47,01 millions d’euros, valeur 2019) à quelques 61 millions d’euros en 2022, puis à au moins 85 millions d’euros, pour enfin dépasser le seuil des 118 millions, avec une part d’investissement public et un apport du Comité d’Organisation.
Une inflation galopante à mettre en parallèle avec les retards pris dans l’enclenchement des travaux et donc à un resserrement des délais et une accélération nécessaire du chantier pour parvenir à une livraison en temps et en heure de l’ouvrage entièrement reconstruit.
Ainsi que l’avait en tout cas fait savoir le CIO dans un communiqué publié en marge des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) de Gangwon 2024 :
Le CIO est fermement convaincu que le nombre actuel de centres de glisse, au niveau mondial, est suffisant pour le nombre d’athlètes et de compétitions dans les disciplines de bobsleigh, de luge et de skeleton.
Seules les pistes existantes et d’ores et déjà opérationnelles devraient être prises en compte en raison du délai très court restant avant les Jeux.
Un propos qui allait de pair avec une déclaration de Christophe Dubi, Directeur Exécutif des Jeux Olympiques au CIO :
Nous avons dès le début pensé que ce site [de Cortina d’Ampezzo] était extrêmement complexe en termes de coût, d’héritage et de timing, et nous avons favorisé l’utilisation d’une piste existante.

Concernant la deuxième enceinte, soit l’Arena Santa Giulia, là encore les signaux d’alerte ont été nombreux durant la phase préparatoire des Jeux.
Prévue pour abriter une partie du tournoi de hockey-sur-glace, le nouvel édifice a lui aussi connu son flot de polémiques avant même le début du chantier, des polémiques qui se sont densifiées par la suite à mesure de l’avancée dudit chantier et des surcoûts de ce dernier.
Ainsi, alors que le projet reposait sur un financement privé à hauteur de 180 millions d’euros à la présentation de l’enceinte multifonctionnelle à l’automne 2021, les aléas survenus tout au long des travaux ont considérablement fait gonfler la facture globale, avec désormais la perspective d’un coût avoisinant la bagatelle de 315 millions d’euros.
D’ailleurs, la Corte dei Conti (Cour des Comptes italienne) a récemment diligenté une enquête pour connaître les tenants et les aboutissants d’un chantier sur lequel « CTS EVENTIM », concepteur du projet et propriétaire de la structure, réclame aujourd’hui 134 millions d’euros.
L’Arena Santa Giulia est en outre au cœur des débats eu égard à la jauge réduite qui a dû être établie lors de l’événement planétaire, réduisant de facto les recettes de billetterie attendues pour le tournoi de hockey-sur-glace pourtant traditionnel pourvoyeur principal de revenus aux Jeux d’hiver.
De fait, tandis que les organisateurs auraient pu espérer une capacité de 14 000 places, la jauge finalement disponible n’a atteint que 11 500 sièges.

Aujourd’hui, les regards se tournent donc en direction du Comité d’Organisation qui a la lourde tâche de réduire autant que possible le spectre d’un déficit budgétaire, quatre ans après les Jeux de Pékin 2022 qui s’étaient soldés par un excédent de 350 millions de yuans, soit 44,34 millions d’euros.
Milan-Cortina 2026 pensait pourtant avoir relevé l’un des principaux défis, à savoir la mobilisation du secteur privé via le Programme des Sponsors dont l’enclenchement a tardé à se mettre en œuvre avant le remplacement de Vincenzo Novari par Andrea Varnier au poste de Directeur Général en fin d’année 2022.
Pour ce stratégique programme, les organisateurs sont parvenus à engranger des recettes de 550 millions d’euros qui, bien qu’importantes et issues de 56 contrats signés, restent en deçà de ce que de précédents Hôtes des Jeux d’hiver ont réussi. Pour preuve, et malgré l’incidence de la pandémie mondiale de Covid-19, Pékin 2022 était parvenu à générer des recettes de l’ordre de 11,13 milliards de yuans, soit 1,41 milliard d’euros, incluant le sponsoring et la vente de produits officiels sous licence.
Au-delà du Comité d’Organisation, les regards vont également se tourner en direction de l’État et des Collectivités Territoriales associées aux Jeux.
Les choix – assumés – des parties prenantes à l’organisation de l’événement, notamment sur le chantier de la piste de bobsleigh, de luge et de skeleton, pourraient en effet se traduire dans les mois qui viennent par une mise à contribution inévitable des pouvoirs publics, sachant par ailleurs que le Comité National Olympique Italien (CONI) et le Comité National Paralympique Italien (CIP) sont respectivement dans l’attente d’un réglement par Milan-Cortina 2026 de 48 millions d’euros pour le premier et de 5,4 millions d’euros pour le second.
Concrètement – et comme cela a été convenu au stade des préparatifs – la répartition des risques financiers ferait peser à hauteur de 50% le coût d’un probable déficit sur l’État italien. Pour le reste, les Collectivités régionales et les Villes seraient appelées en renfort.
Durant les années ayant suivi l’attribution des Jeux, chacun des acteurs a toutefois pris soin de provisionner une enveloppe qui, en cas de besoin, viendra abonder la couverture du déficit du Comité d’Organisation. A Milan, les élus locaux s’étaient ainsi entendus sur une provision de 100 millions d’euros, tandis que la Région de Lombardie a pour sa part mis de côté 137 millions d’euros.
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