JO 2026 : Milan-Cortina prend une option

Un temps considéré comme étant à la traîne par rapport à ses rivales d’alors que furent Sion (Suisse), Calgary (Canada), et Stockholm (Suède), la candidature italienne de Milan-Cortina semble aujourd’hui offrir les meilleures garanties pour le Comité International Olympique (CIO).

De fait, le Gouvernement Italien conduit par Giuseppe Conte a fourni cette semaine les documents nécessaires assurant le soutien de l’État à l’égard du projet olympique et paralympique, en particulier en ce qui concerne le secteur stratégique de la sécurité.

Si l’apport de ces documents était attendu par le CIO depuis déjà plusieurs semaines, il est intervenu dans un timing parfait, quelques jours avant la date limite du 12 avril fixée par l’institution olympique, mais surtout à l’occasion de la venue en Italie de la Commission d’évaluation du CIO pour les Villes Candidates aux Jeux de 2026.

Avec ces garanties financières présentées, le projet italien se renforce indiscutablement et prend une option certaine en vue de l’élection de la Ville Hôte, le 24 juin prochain, la candidature suédoise de Stockholm-Åre 2026 n’ayant toujours pas communiqué pareils documents au CIO.

Giovanni Malago, Président du Comité Olympique Italien et Octavian Morariu, Président de la Commission d’évaluation du CIO pour les Villes Candidates aux JO 2026 (Crédits – Ferdinando Mezzelani / GMT)

En plus d’avoir respecté le délai imparti pour l’apport des garanties, le projet de Milan-Cortina 2026 se révèle être aussi plus soutenu par l’opinion publique locale que son concurrent.

Selon les sondages officiels menés par l’institut Publicis Media pour le compte du CIO, le taux d’adhésion dépasse ainsi les 80% du côté italien, lorsqu’il plafonne dans le même temps aux alentours de 55% du côté suédois.

Un tel écart peut dès lors venir accroître les chances de victoire de la candidature transalpine, le CIO étant sensible au soutien populaire dont peut bénéficier un tel projet et, au-delà, le modèle olympique.

L’exemple de Tokyo (Japon) est d’ailleurs une illustration adéquate, même si le contexte de l’époque fut différent à maints égards.

En 2009, la capitale nippone avait pu mesurer l’effort à fournir pour convaincre sa population dans l’optique de la candidature aux Jeux d’été de 2016. Pour cette échéance, en dépit d’un solide dossier technique – mixant habilement héritage des Jeux de 1964 et constructions nouvelles – Tokyo fut ainsi confrontée à un soutien relatif de sa population alors que Rio de Janeiro (Brésil) enthousiasmait les Brésiliens. En 2013, pour les Jeux de 2020, cette leçon fut pleinement retenue et le taux d’adhésion à l’égard du nouveau projet – initialement proche de celui porté pour 2016 – fut sensiblement plus élevé lors de la venue de la Commission d’évaluation, avant d’atteindre des sommets quelques jours seulement avant l’élection de la Ville Hôte.

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Outre la considération populaire, le dossier transalpin bénéficie également d’une réelle volonté d’utiliser de manière raisonnée des infrastructures existantes ou temporaires (92%).

Concrètement, la candidature de Milan-Cortina 2026 prévoit la mobilisation de neuf installations existantes, dont deux qui nécessiteront des travaux importants dans l’optique des Jeux. A ces infrastructures déjà en place, le dossier envisage aussi l’aménagement de deux sites temporaires et la construction d’un seul site permanent, qui plus est, indépendamment de l’événement sportif.

Présentation de la future aréna multifonctionnelle du quartier de Milano Santa Giulia (Crédits – Milano Santa Giulia)

Pour le hockey-sur-glace, la candidature propose ainsi l’utilisation de la future arène PalaItalia Santa Giulia qui doit être édifiée dans un nouveau quartier de la cité lombarde, un quartier pensé dans un esprit de ville intelligente, autrement dit, de « Smart City ».

L’aménagement de cette arène de 12 000 à 15 000 places sera assuré par un investissement privé à hauteur de 69,55 millions de dollars (61,92 millions d’euros) selon les chiffres publiés dans le dossier de candidature de Milan-Cortina 2026. Une fois achevée, la salle multifonctionnelle deviendra le plus grand équipement du genre à Milan, de quoi renforcer un projet qui compte aussi mobiliser, après Pékin 2022, le plus grand stade pour une Cérémonie d’ouverture des Jeux d’hiver, en l’occurrence, le Stade San Siro et ses 80 000 places.

Carte du concept olympique de Milan-Cortina 2026 (Crédits – Milan-Cortina 2026)

En plus de ces deux équipements structurants, la candidature italienne s’appuie aussi sur un maillage territorial incluant un total de quatre clusters : Milano Cluster, Cortina Cluster, Valtellina Cluster et Val di Fiemme Cluster.

Au sein du premier, outre le Stade San Siro et la future aréna multifonctionnelle, les porteurs du projet entendent mobiliser la Milano Hockey Arena (7 000 places) pour le tournoi de hockey-sur-glace, et le Mediolanum Forum (12 000 places) pour les épreuves de patinage artistique et de patinage sur piste courte (short-track).

Le principal Village des Athlètes – deux sites temporaires d’hébergement sont prévus à Cortina et Livigno – sera également bâti dans le cluster milanais, tandis que les médias prendront place au cœur du Milano Exhibition Center configuré pour l’occasion en centre de presse principal.

Dans le second cluster, le Stade Olympique de Cortina d’Ampezzo, hôte des Jeux en 1956, abritera les épreuves de curling (3 100 places). Les épreuves de ski alpin féminin seront aussi organisées dans ce cluster (15 000 places), tout comme le bobsleigh, la luge, le skeleton (9 000 places). Le biathlon se déroulera quant à lui sur le site d’Anterselva (19 000 places).

Pour le troisième cluster, les porteurs de la candidature veulent s’appuyer sur les stations de Bormio et de Livigno pour accueillir respectivement les épreuves de ski alpin masculin (13 500 places) et le snowboard / freestyle (3 000 à 10 000 places).

Pour le quatrième et dernier cluster enfin, Milan-Cortina 2026 propose la tenue du patinage de vitesse à Baselga di Piné (5 000 places), les épreuves de saut à ski à Predazzo (20 000 places) et le ski de fond et combiné nordique à Tesero (30 000 places).

Temps de trajet estimés entre les quatre clusters du projet olympique de Milan-Cortina 2026 (Crédits – Milan-Cortina 2026)

La problématique du temps de trajet entre les sites aurait pu constituer, tant pour l’Italie que pour la Suède d’ailleurs, une faiblesse, mais l’importance des infrastructures routières, autoroutières et ferroviaires désamorce en partie ce frein potentiel, tout comme la volonté du CIO d’accompagner des concepts olympiques et paralympiques durables.

Autrement dit, mieux vaut désormais utiliser des installations sportives existantes que de condenser les épreuves dans un noyau faisant appel à des équipements à construire comme cela a pu être le cas dans le passé.

Il n’empêche, les porteurs de la candidature italienne qui, in fine, pourraient devenir organisateurs des Jeux, devront trouver une solution adéquate en ce qui concerne l’acheminement des athlètes en direction de Milan et ce, dans le cadre de la Cérémonie d’ouverture, mais aussi dans le cadre de la Cérémonie de clôture, cette dernière étant envisagée dans les arènes antiques de Vérone.

En effet, les temps de trajet entre Milan et Livigno (3h30) et entre Milan et Cortina (5h à 5h30) pourraient contraindre les athlètes à ne pas assister auxdites Cérémonies, la capacité prévue pour le Village Olympique et Paralympique milanais ne permettant pas en l’état d’héberger l’ensemble des compétiteurs.

Pour le Président de la Commission d’évaluation du CIO, cette problématique ne semble pas être un élément rédhibitoire pour autant, l’échange et le dialogue devant permettre de parvenir à une issue convenable pour chacune des parties selon Octavian Morariu :

Cela pourrait être une expérience fantastique pour les athlètes, parce que c’est un lieu emblématique.

C’est un sujet qui est sur la table des discussions avec le Comité de Candidature, et nous savons qu’ils travaillent dur. Nous savons aussi que le transport est important pour les athlètes et nous sommes impatients d’en discuter avec nos collègues italiens.

Christophe Dubi, Directeur Exécutif des Jeux Olympiques et Octavian Morariu, Président de la Commission d’évaluation du CIO pour les Villes Candidates aux JO 2026 (Crédits – Ferdinando Mezzelani / GMT)

Avec une position de favorite qui se dessine à présent, la candidature de Milan-Cortina 2026 pourrait le cas échéant faire oublier les récents déboires des projets italiens présentés au CIO dans les années 2000.

Malgré une riche expérience dans l’accueil des Jeux – Cortina d’Ampezzo 1956, Rome 1960 et Turin 2006 – le Comité Olympique Italien (CONI) a en effet dû affronter la défiance des autorités locales et nationales pour deux projets alors incarnés par la capitale.

Pour les Jeux de 2020, Rome avait ainsi renoncé à concourir après le refus gouvernemental d’adjoindre les garanties financières et administratives au projet. Plus récemment, pour les Jeux de 2024, la candidature de la Ville Éternelle avait un temps composé avec la nouvelle équipe municipale menée par Virginia Raggi du Mouvement 5 Étoiles (M5S), avant de devoir abandonner faute de soutien ferme de la part de cette même municipalité.

Ces deux candidatures avortées n’avaient pas été sans conséquence pour le Mouvement Olympique transalpin.

Après l’abandon de Rome 2020, Mario Pescante – homme fort de l’époque au sein du CIO – avait ainsi démissionné de ses fonctions de Premier Vice-Président de l’institution basée à Lausanne (Suisse). Avec le retrait de la candidature de Rome 2024, le patron du CONI avait été encore plus explicite, en envisageant clairement un renoncement de l’Italie dans toute course olympique pour les décennies à venir.

Aujourd’hui, les ambitions olympiques italiennes semblent donc revigorées par la bonne tenue de la candidature de Milan-Cortina qui avait pourtant connu des débuts incertains.

Paradoxalement, en dépit des garanties désormais fournies pour la candidature aux Jeux de 2026, il n’est pas à négliger l’impact que de potentielles querelles politiques pourrait avoir sur le devenir du projet, la récurrente instabilité politique italienne étant un élément à prendre en considération.

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