Alors que l’instance chargée de piloter les Jeux d’hiver de 2030 doit être officiellement installée le 18 février prochain, Martin Fourcade a pris la décision de renoncer à la présidence en raison de profonds désaccords, notamment sur la vision des Jeux et la localisation du siège du Comité d’Organisation (COJO).

L’omniprésence politique autour du projet olympique et paralympique des Alpes françaises 2030 générait déjà des tensions vives bien avant que l’attribution des Jeux d’hiver ne soit entérinée en juillet 2024.
Face à deux Présidents de Régions déterminés à marquer de leur empreinte la venue prochaine de l’événement sportif hivernal pour la première fois depuis l’édition d’Albertville 1992, plusieurs éléments du projet furent ainsi débattus dès la phase de candidature, en particulier afin de proposer un concept équilibré entre Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d’Azur.
De l’installation des épreuves sur tel ou tel site, à la localisation de la Cérémonie d’ouverture dans les Alpes du Nord et de la Cérémonie de clôture à Nice (Alpes-Maritimes), en passant bien sûr par l’établissement des quartiers généraux du Comité d’Organisation des Jeux (COJO) et de la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO 2030), chaque point stratégique devait et doit répondre à la recherche d’un consensus.
Cette problématique s’est également retrouvée sur le choix non moins stratégique de la personnalité appelée à diriger le COJO, Laurent Wauquiez, ex-Président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes mais toujours en première ligne, et Renaud Muselier, Président de la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, étant désireux de conserver la mainmise sur les décisions importantes de la future instance.
Dès lors, il apparaissait délicat d’envisager l’installation d’une personnalité sportive face à des enjeux politiques et territoriaux clairement affirmés au cours des mois ayant suivi le dépôt de la candidature tricolore. Pourtant, des profils de gloires du sport tricolore avaient progressivement émergé, notamment avec Vincent Jay, Champion olympique de biathlon en 2006 et favori de Laurent Wauquiez, et l’incontournable Martin Fourcade, sextuple Champion olympique de biathlon et surtout membre du Comité International Olympique (CIO) depuis 2022 et son élection au sein de la Commission des Athlètes.

Ce dernier avait d’ailleurs fait acte de candidature à la présidence du COJO en octobre 2024, soutenu dans sa démarche par l’institution olympique soucieuse de positionner l’un des siens à la tête du réacteur des Alpes françaises 2030, mais aussi par le Président de la République, Emmanuel Macron, qui suit le projet depuis ses prémices.
Or, des craintes exprimées au départ quant à un possible conflit d’intérêts eu égard à l’engagement de l’ancien biathlète avec ses sponsors, les tensions se sont accrues au gré des échanges, Martin Fourcade souhaitant rappeler le rôle fondamental du Mouvement sportif dans une telle entreprise et exprimant de surcroît son opposition sur la question de l’implantation du siège du COJO.
Si Martin Fourcade plaidait en toute logique pour un positionnement au cœur des Alpes, au plus près des sites, les leaders régionaux étaient davantage favorables à une localisation près ou au sein de la « Capitale des Gaules », Lyon (Rhône). L’aéroport de Lyon-Saint-Exupéry avait été l’une des pistes de réflexion des mois passés avant que le site du Groupama Stadium à Décines ne soit évoqué plus récemment.
Aussi, dans un courrier adressé aux porteurs du projet olympique et paralympique, la légende du biathlon a fait savoir qu’il renonçait à la présidence du COJO, conscient qu’il ne pourrait avoir les coudées franches pour agir.
Comme il le mentionne ainsi, en revenant d’abord sur les raisons qui l’ont poussé à candidater :
Je me suis engagé dans le projet des Alpes 2030 persuadé que la France était le pays le mieux armé pour relever l’immense défi lancé aux sports d’hiver, et plus largement à nos territoires de montagnes. Car les Jeux sont bien plus qu’une compétition sportive, ils ont le pouvoir de rassembler pour transformer.
J’ai construit cette conviction lors des trois éditions auxquelles j’ai participé.
Je l’ai renforcée, chaque jour depuis 2018, aux côtés de Tony Estanguet et des équipes de Paris 2024 ainsi qu’au sein de la Commission des Athlètes du CIO.
C’est fort de cette volonté, avec le soutien indéfectible des athlètes, des Mouvements olympique et paralympique et de l’État, que j’échange depuis plus de sept mois sur la présidence du Comité d’Organisation des Alpes 2030. Le défi d’une vie, au service d’un projet hors norme, qui justifie bien des concessions sur le plan personnel comme professionnel.
Et de poursuivre, sur un ton grave qui illustre bien la situation complexe dans laquelle se trouve le concept même des Alpes françaises 2030 :
Cependant, aujourd’hui, les désaccords restent trop nombreux pour pouvoir envisager sereinement cette mission.
Le mode de gouvernance, la vision, l’ancrage territorial : nous n’avons pas réussi à nous retrouver sur ces sujets fondateurs. Mon ambition pour ces Jeux est claire : ils doivent être en phase avec leur époque, pleinement conscients des enjeux écologiques et ancrés dans la réalité économique de notre pays.
Aussi, organiser ces Jeux depuis un territoire de montagne est à mes yeux essentiel.
Permettre à chaque acteur de comprendre les spécificités de la montagne d’aujourd’hui me paraît indispensable pour appréhender pleinement les défis propres aux Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver. Cette vision n’est pas partagée par tous les acteurs de ce dossier, et je le regrette. Je ne peux me résoudre à sacrifier mes convictions.
Dans ces conditions, j’ai pris la difficile de me retirer des discussions autour de la présidence des Jeux d’hiver de 2030.

Par cette décision – lourde de sens dans le propos – Martin Fourcade referme la porte des JO 2030, même si sa place de choix au CIO et au sein du sport tricolore pourrait l’amener à jouer un rôle dans les préparatifs d’organisation.
Pour les acteurs du dossier des Alpes françaises 2030, ce renoncement constitue un véritable coup de tonnerre, alors que l’instauration effective du COJO est désormais programmée pour le 18 février 2025.
Missionné par le CIO pour préfigurer l’instance organisationnelle, Michel Barnier dispose d’un profil et d’une expérience qui pourraient être de précieux atouts, lui qui fut Coprésident du Comité d’Organisation des Jeux d’Albertville 1992 et qui entretient depuis un lien fidèle avec l’institution olympique.
Mais à défaut d’une adhésion des parties prenantes autour de cette personnalité ou tout du moins d’un nom ayant l’envergure suffisante pour incarner un tel projet à cinq années à peine de l’ouverture des JO 2030, le risque pour les Alpes françaises 2030 est d’être piloter par un leader fantoche qui ne serait finalement que le plus petit dénominateur commun auxdites parties.
Une telle perspective – fort possible à ce jour – conforterait la place des autorités politiques régionales dont les desiderata – et exigences possiblement coûteuses sur le plan budgétaire – pourraient faire dérayer le projet à mesure que l’échéance de livraison des Jeux approchera.
Dans ce contexte singulier, et alors même que le succès des Jeux d’été de Paris 2024 fut largement commenté dans la sphère olympique, le CIO pourrait au moins en partie regretter d’avoir fait le choix d’attribuer les JO 2030 à la France qui était apparue comme l’option idéale au moment où l’institution de Lausanne (Suisse) se cherchait des organisateurs fiables pour succéder à Milan-Cortina 2026 et pour précéder Salt Lake City – Utah 2034.
En cette année décisive pour le Mouvement olympique – avec l’élection prochaine du nouveau Président du CIO – nul doute que les yeux vont rester braqués sur l’Hexagone qui, après la mise sur orbite réussie de la candidature puis du projet de Paris 2024 semble aujourd’hui retomber dans les travers de considérations politiques néfastes qui avaient plombé en leur temps les ambitions de Paris 2012, mais encore d’Annecy 2018.
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