Dominique Perrault à la manœuvre pour la couverture du Court Suzanne Lenglen

Alors que s’achève ce dimanche l’édition 2020 des Internationaux de France de tennis, la modernisation du stade Roland Garros (16ème arrondissement) s’apprête à prendre un nouveau virage, avec l’aménagement prochain d’une toiture légère au-dessus du Court Suzanne Lenglen et ce, dans la perspective des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024.

Visuel du Court Suzanne Lenglen avec la toiture imaginée par l’architecte Dominique Perrault (Crédits – Dominique Perrault Architecte / Adagp / FFT)

Si la livraison du Court des Serres d’Auteuil – dénommé Court Simonne Mathieu (4 950 places) – et l’agencement d’un toit amovible pour le Court Philippe Chatrier (15 000 places) ont constitué les principaux travaux du vaste projet de modernisation et d’extension du stade Roland Garros au cours des dernières années, la Fédération Française de Tennis (FFT) entend aujourd’hui aller plus loin.

Ainsi, profitant de l’opportunité de recevoir des épreuves dans le cadre des Jeux d’été de 2024 – le tournoi de tennis bien sûr, mais également un sport complémentaire au moins – la Fédération souhaite désormais mener à bien un autre chantier consistant à doter le Court Suzanne Lenglen (10 000 places) d’une toiture rétractable.

Aussi, afin de réaliser ce projet d’envergure pour moderniser un site construit au début des années 1990 et pour replacer Roland Garros parmi les standards de la planète tennistique, la FFT a annoncé fin septembre avoir porté son choix sur le concept imaginé par l’architecte de renom Dominique Perrault au sein d’un groupement comprenant par ailleurs Renaudat Centre Constructions (mandataire dudit groupement), T/E/S/S (bureau d’étude structure), Ramery Bâtiment (entreprise de génie civil), ELEMENTS Ingénieries, Calcul-Meca (spécialiste en mécanismes), Taiyo (spécialiste en membrane et en toiles), mais également Jean-Paul Lamoureux (ingénieur conseil en acoustique) et Louis Choulet.

(Crédits – Dominique Perrault Architecture)

Dominique Perrault n’en est pas à son premier projet ayant un lien avec la sphère sportive et, plus spécifiquement, l’univers olympique.

En effet, au cours des dernières décennies, l’architecte français a développé plusieurs plans sélectionnés ou non par les candidatures et les organisateurs des Jeux, que ce soit en France ou à travers le monde.

Désigné au printemps 2016 pour réaliser l’étude urbaine du futur Village des Athlètes de Paris 2024, Dominique Perrault avait auparavant proposé ses services pour bâtir à Kiel (Allemagne) le Village secondaire de la candidature de Hambourg engagée un temps pour cette même Olympiade. Pour l’architecte, l’idée de concevoir un Village Olympique n’était pas une première, puisqu’il avait déjà pensé l’édification d’un tel projet à Kitzbühel (Autriche) alors que cette dernière était candidate aux Jeux d’hiver de 2006.

De l’autre côté du Rhin, bien avant le projet lié à Hambourg 2024, Dominique Perrault avait aussi assuré la conception et la livraison d’un ensemble monumental à Berlin. Bien que l’ambition olympique de la capitale fédérale allemande – pour les JO 2000 – ne soit pas arrivée à son terme, le Vélodrome et le Centre Aquatique sont bien sortis de terre à la fin des années 1990 dans une architecture aux lignes épurées.

En Espagne également, Dominique Perrault s’est illustré dans le domaine des Jeux, en aménageant l’imposante Caja Magica – Centre Olympique de tennis – à Madrid pour renforcer le projet de la ville qui fut candidate pour les Jeux de 2016.

Au-delà des frontières européennes, l’architecte a par ailleurs travaillé – sans pour autant que ses projets ne soient retenus – sur l’aménagement d’une Patinoire Olympique à Pékin (Chine) pour les JO d’hiver de 2022 et, il y a quelques années, sur le développement du Vélodrome Olympique et de la Piscine Olympique pour les Jeux de Londres 2012.

Visuel du Court Suzanne Lenglen avec la toiture imaginée par l’architecte Dominique Perrault (Crédits – Dominique Perrault Architecte / Adagp / FFT)

Aujourd’hui, dans le cadre du projet relatif à Roland Garros et, par extension, à la tenue d’épreuves au sein du complexe tennistique limitrophe du Bois de Boulogne, Dominique Perrault a voulu conserver les contours existants du Court Suzanne Lenglen tout en insérant ce dernier dans un assemblage de structures métalliques où viendra se déployer une toiture amovible légère.

Pour assurer une cohérence d’ensemble au projet, l’architecte s’est intéressé aussi bien aux espaces environnants du deuxième plus grand court de Roland Garros, qu’aux besoins spécifiques de la FFT et des parties prenantes pour la tenue du tournoi du Grand Chelem.

Concrètement, le projet s’illustre par une structure fixe en forme de U positionnée en direction du Bois de Boulogne au-dessus des tribunes Ouest, Est et Sud et laissant la tribune Nord entièrement dégagée lorsque la toiture n’est pas déployée.

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Placée comme en lévitation en surplomb du bâtiment existant, ladite structure – qui comprendra des panneaux photovoltaïques – vise à protéger les spectateurs et les joueurs du vent et surtout des intempéries qui perturbent régulièrement le bon déroulement des matchs lors de la quinzaine habituellement organisée entre mai et juin chaque année. Pour cela, les deux bras aménagés côté Ouest et côté Est se déploient sur 87 mètres avec un mécanisme de rails sur lesquels peut venir se tendre la toile – rangée côté Sud – qui compose la toiture.

A l’image des projets développés par Dominique Perrault, les lignes de la toiture sont épurées pour donner une impression de fluidité et de légèreté à l’ouvrage, avec notamment un système d’habillage des piles en maille métallique. Pour accroître cette impression, et comme un symbole, la toile conçue pour le projet de Roland Garros se veut un clin d’œil au plissé des tenues portées en son temps par Suzanne Lenglen.

Ainsi, la structure se caractérisera par l’assemblage de 21 modules de toile tendue en forme de V, fixés entre des câbles, chaque module présentant une longueur de près de 44 mètres pour une largeur d’environ 5 mètres.

Dans un souci à la fois logistique et esthétique, la toile sera réalisée à partir de fibres en PTFE, un tissu 100% fluoropolymère. Cela offrira dès lors à l’ensemble du mécanisme une robustesse optimale, synonyme de coûts de maintenance réduits, malgré les mouvements de pliements et dépliements répétés. Surtout, le choix de ce tissu apportera un certain confort aux spectateurs et aux joueurs avec une haute transmission lumineuse au cœur de l’enceinte.

Pour la FFT, l’aménagement d’une toiture légère sans atteinte à la structure de base de l’édifice a l’avantage de présenté un coût moindre que celui porté lors de la déconstruction partielle et de la reconstruction du Court Philippe Chatrier pour doter celui-ci d’un toit rétractable.

En effet, bien qu’annoncé initialement à 18 millions d’euros hors-taxes, l’investissement prévisionnel pour le Court Suzanne Lenglen est désormais de l’ordre de 30 millions d’euros, soit près de deux fois moins que le budget consacré au Court Central.

Visuel du Court Suzanne Lenglen avec le coffre de rangement de la toile positionné au-dessus de la tribune Sud et des espaces médias (Crédits – Dominique Perrault Architecte / Adagp / FFT)

Intégré au dispositif des Jeux de Paris 2024, le projet bénéficiera d’une contribution de la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO) d’au moins 3,5 millions d’euros.

Il faut dire que dans le cadre de cette Olympiade, le site de la Porte d’Auteuil accueillera le tournoi de tennis et, peut-être, celui de boxe qui prendrait dès lors place au sein du Court Suzanne Lenglen équipé de 10 000 places. Au moment des Jeux Paralympiques, le site serait ensuite susceptible de recevoir le tennis-fauteuil et le volley-ball assis.

Néanmoins, la revue de projet en cours d’instruction par le Comité d’Organisation des Jeux (COJO) pourrait aboutir à un retrait de la boxe de Roland Garros au profit d’un sport collectif et ce, même si cette éventualité peut poser un certain nombre de problématiques au regard du cahier des charges des Fédérations Internationales concernées, en particulier en ce qui concerne le déroulement d’épreuves dans des lieux supposés couverts.

Malgré l’agencement des deux toitures sur les deux principaux courts, Roland Garros n’offrirait pas d’enceinte parfaitement hermétique à l’inverse d’une aréna classique comme l’AccorHotels Arena (12ème arrondissement) ce qui pourrait de fait contraindre les organisateurs à revoir leurs plans présentés jusqu’alors.

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Quoiqu’il en soit, le réaménagement des sites du stade Roland Garros aujourd’hui et demain sont de nature à inscrire cet équipement dans son temps, près de dix ans après l’adoption du projet de modernisation et en dépit des multiples rebondissements qui ont émaillé un projet souvent dépeint comme le « serpent de mer » du tennis français.

Si le stade parisien ne pourra bien sûr pas rivaliser avec les trois autres tournois du Grand Chelem, en ce qui concerne la superficie proposée – 11,16 hectares en configuration tournoi contre 14 à 20 hectares pour Wimbledon, l’US Open et l’Open d’Australie – les structures installées offrent désormais des conditions de jeu renforcées et un confort accru pour les compétiteurs et les spectateurs avec le privilège de demeurer dans un écrin historique au cœur de la « Ville Lumière ».

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