Paris 2024 face à l’incertitude marseillaise

Absent du débat entre les candidats à la Mairie de Marseille (Bouches-du-Rhône), la question des Jeux d’été de Paris 2024 – au cours desquels la Cité Phocéenne doit accueillir les épreuves de voile et une partie du tournoi de football – n’en est pas moins un élément-clé que devra traiter la future majorité municipale avec l’ensemble des parties au projet.

(Crédits – Ville de Marseille)

Dimanche 28 juin au soir, les résultats du second tour des élections municipales ont permis de clôturer un processus qui aurait dû initialement s’achever en mars dernier.

Le contexte sanitaire et la décision de confiner le pays ont toutefois impacter le déroulé de la campagne en conduisant à un report du scrutin dans les villes où une majorité n’avait pu être établie au soir du 15 mars 2020.

La Cité Phocéenne faisait alors partie du contingent de ces villes. Mais malgré une avance conséquente obtenue dans les urnes – en dépit d’une abstention élevée – l’issue du scrutin demeure plus incertaine que jamais, cinq jours après la tenue du second tour.

Il faut dire que le mode de scrutin est singulier pour Marseille, tout comme à Paris et à Lyon, les trois villes étant découpées en secteurs et en arrondissements. De fait, même en tête de 13 000 voix au soir du 28 juin, la liste du « Printemps Marseillais » conduite par Michèle Rubirola (Parti Socialiste, Parti Communiste Français, Europe Écologie – Les Verts, La France Insoumise, etc.) n’a pas encore la certitude de rafler l’Hôtel de Ville et de faire basculer Marseille dans le giron de la gauche pour la première fois depuis plus de 25 ans.

Ce samedi 04 juillet dès 09h30, le vote des nouveaux élus dans ce qui s’apparente à un « troisième tour » sera dès lors particulièrement scruté par les observateurs, le « Printemps Marseillais » pouvant compter sur une base de 42 voix, contre 41 pour la liste initialement conduite par Martine Vassal (Les Républicains) avec le soutien exprimé hier par le dissident Divers Droite, Bruno Gilles, 9 pour celle de Samia Ghali (Divers Gauche) et 9 pour celle dirigée par Stéphane Ravier (Rassemblement National).

Sachant que la majorité absolue est fixée à 51 voix, d’intenses tractations ont été menées tout au long de la semaine et vont encore sans doute se poursuivre une partie de la soirée voire de la nuit de vendredi à samedi.

Façade de l’Hôtel de Ville de la Cité Phocéenne au moment de la candidature de Marseille pour accueillir les épreuves de voile (Crédits – Ville de Marseille)

Face à cette incertitude, il apparaît pertinent de se pencher sur l’un des points exposés dans les projets de Michèle Rubirola et de Martine Vassal, à savoir le regard porté par les deux listes sur l’investissement de Marseille au sein du dispositif des Jeux de Paris 2024.

En effet, si le choix de la Cité Phocéenne pour abriter une partie des épreuves a été acté dès la fin de l’année 2015 – en pleine campagne de la candidature de Paris pour l’obtention des JO 2024 – les avis semblent aujourd’hui diverger quant au niveau d’engagement nécessaire pour assurer le bon déroulement des compétitions à Marseille.

Dans le programme de la liste du parti Les Républicains, l’échéance olympique de 2024 est mentionnée à plusieurs reprises, notamment pour améliorer la propreté de la ville et son attractivité vis-à-vis des touristes français et étranger. Une section complète est même consacrée à l’objectif de « Faire des Jeux Olympiques et Paralympiques, une réussite populaire à Marseille ».

De l’autre côté, « Le Printemps Marseillais » n’évoque les Jeux qu’à une seule reprise, dans la partie « Sport, Santé, Bien être ». Afin de favoriser la pratique sportive « de tous, dans tous les quartiers », il y est notamment précisé :

Nous voulons […] rénover les infrastructures existantes et construire les nouveaux équipements sportifs nécessaires : les bassins nordiques, moins coûteux et moins polluants, seront privilégiés.

Pour permettre ces investissements, la Délégation de service public de la patinoire sera revue, ainsi que l’investissement aux J.O. de 2024.

Visuel de la Marina de Marseille dans le cadre du projet aux JO 2024 (Crédits – Paris 2024 / Populous / Luxigon)

Cette dernière phrase peut être interprétée comme une volonté à peine dissimulée de réduire l’investissement budgétaire envisagé par la Ville de Marseille pour accompagner la tenue des épreuves de voile avec la modernisation de la Marina du Roucas Blanc.

Faut-il dès lors y voir une menace pour la stabilité ou le maintien du projet marseillais pour 2024 en cas d’accession aux responsabilités de Michèle Rubirola et de ses colistiers ? Sans doute pas.

D’une part, il ne faudrait pas négliger le fait que l’attelage politique du « Printemps Marseillais » repose sur une union de la Gauche avec des formations qui soutiennent à l’échelle nationale et régionale le projet de Paris 2024 et ce, même si d’autres mouvements ont pu se montrer plus sceptiques sur l’événement à venir sans toutefois y être pleinement opposés.

D’autre part, la signature de Conventions d’objectifs entre les parties engage d’ores et déjà les pouvoirs publics dans la livraison attendue des sites de Paris 2024. Cela est d’ailleurs le cas pour la Marina Olympique du Roucas Blanc pour laquelle une telle Convention a été ratifiée en septembre 2019 en parallèle du lancement d’un appel d’offres pour la conception et la réalisation du site modernisé. Selon les modalités du marché, le groupement vainqueur – qui sera connu à la rentrée 2020 au mieux – devra mettre en place une série d’aménagements destinés à la fois aux Jeux, mais aussi à une utilisation pérenne de la Marina après la clôture des compétitions olympiques avec en particulier comme héritage, l’installation du Pôle France de Voile de Marseille et la mise en place de sessions d’apprentissage.

Un ensemble bâti de 8 000 m² et un réaménagement global des espaces extérieurs sur 22 000 m² devront ainsi être réalisés avec l’objectif de pouvoir recevoir des épreuves-tests avant la tenue effective des Jeux à l’été 2024.

Visuel des tribunes temporaires de la Corniche Kennedy à Marseille (Crédits – Paris 2024 / Populous / Luxigon)

Pour permettre la concrétisation de ce projet, la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO) supervisera les travaux avec un engagement financier à hauteur de 25 millions d’euros, via l’apport de l’État et des Collectivités Territoriales associées au projet.

Alors que le premier devrait abonder pour au moins 3 millions d’euros, les autres parties – à savoir le Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône (7,3 millions d’euros), le Conseil Régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, la Métropole Aix-Marseille-Provence et la Ville de Marseille – se répartiront in fine le montant restant, ce qui a pu soulever la contestation de la Gauche marseillaise en septembre dernier.

Quoiqu’il en soit, même si la place de Marseille dans le dispositif des Jeux n’est aucunement remise en cause aujourd’hui, nul doute que des discussions pourraient avoir lieu pour garantir, entre les différents acteurs, une juste répartition des dépenses nécessaires à l’organisation in situ des épreuves de voile, mais également d’une partie du tournoi olympique de football.

Après avoir accompagné la visite de la Commission de Coordination du Comité International Olympique (CIO) l’an passé, Tony Estanguet, Président du Comité d’Organisation des Jeux (COJO) et ses équipes devraient d’ailleurs rapidement rencontrer la nouvelle équipe municipale pour créer du lien d’abord et se projeter ensuite sur les chantiers à conduire.

Contacté par « Sport & Société », la SOLIDEO préfère ne pas faire de commentaire à ce stade, attendant en conséquence l’élection de la ou du futur Maire de Marseille. Il en est de même pour le COJO également sollicité ces jours-ci, tout comme le « Printemps Marseillais » qui pour sa part, n’a pas répondu à la demande formulée en début de semaine.

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