Paris 2024 : Le Grand Palais fera-t-il les frais de la crise post-Covid ?

Fleuron de l’architecture de la fin du XIXe siècle, le Grand Palais doit connaître un important programme de réhabilitation au cours des prochaines années avant de recevoir des épreuves sportives à l’occasion des Jeux d’été de Paris 2024. Toutefois, en raison des répercussions économiques liées à la crise du Covid-19, ce programme pourrait être revu à la baisse.

(Crédits – Kevin Bernardi / Sport & Société)

En mobilisant – dès la phase de candidature – ce bâtiment emblématique de la Ville Lumière, Paris 2024 avait parfaitement compris l’impact visuel et émotionnel que pouvait représenter le Grand Palais, d’abord vis-à-vis des membres de la Commission d’évaluation du Comité International Olympique (CIO) et ensuite à l’égard des futurs spectateurs appelés à assister aux épreuves de taekwondo et d’escrime sous l’immense verrière, la plus grande d’Europe.

Aujourd’hui, près de trois ans après l’attribution des Jeux à la capitale française, le Grand Palais (8e arrondissement) se prépare à fermer ses portes à la fin de l’année 2020 pour un chantier d’ampleur devant aboutir à une refonte des espaces et à une mise en sécurité complète de l’ouvrage dans l’optique des JO 2024.

Néanmoins, face à la crise économique qui s’annonce dans la foulée de la crise sanitaire du Covid-19 – qui a déjà conduit à l’annulation ou au report de manifestations culturelles sous la majestueuse nef – le programme de réhabilitation pourrait être revu à la baisse comme le mentionne cette semaine une enquête publiée par « Le Figaro ».

En effet, le vaste chantier prévoit la mobilisation de 466 millions d’euros, avec une participation du Ministère de la Culture à hauteur de 128 millions d’euros, une subvention du Grand Plan d’Investissement de 160 millions d’euros, ainsi qu’un apport de la Réunion des Musées Nationaux – Grand Palais (RMN-GP) via un emprunt de 150 millions d’euros et une contribution de l’Établissement Public Universcience – qui gère le Palais de la Découverte – pour 3 millions d’euros. A ces sommes déjà importantes, un mécénat de l’entreprise Chanel (25 millions d’euros) doit permettre de boucler le budget global.

Or, à l’aune de la situation actuelle du pays, un réexamen du projet pourrait être acté afin de réduire la voilure des dépenses prévues jusqu’à présent pour repenser les déplacements et les usages au sein du monument construit en un temps record pour l’Exposition Universelle de 1900, sur une partie des fondations de l’ancien Palais de l’Industrie.

Dès lors, certains points du programme initial devraient finalement être retoqués, à l’image du restaurant panoramique pensé au-dessus de la structure, juste en contrebas de la verrière. Pour les responsables de l’édifice en tout cas, la réhabilitation du Grand Palais est une nécessité. Cela s’explique à la fois par la volonté de maintenir et renforcer l’offre culturelle proposée chaque année mais également le souhait d’accroître la capacité d’accueil des visiteurs, ce dernier élément étant capital pour assurer un niveau de trésorerie suffisant et en conséquence, le remboursement échelonné de l’emprunt.

Comme l’a en ce sens précisé Chris Dercon, Président de la RMN-GP, dans les colonnes du quotidien « Le Figaro » :

Ni le calendrier, ni le budget ne sont mis en cause. Nous tiendrons nos engagements tant sur l’envergure du projet culturel que sur son coût.

Cela commence à bouger. Les appels d’offres sont prêts à être lancés.

Il n’empêche, l’incertitude demeure quant à la teneur du projet qui sera effectivement mis en œuvre dès la fin de l’année 2020 et jusqu’à fin 2023 – début 2024 avec aux manettes, la RMN-GP, mais aussi l’État via le Ministère de la Culture.

Une incertitude renforcée à ce jour par les rumeurs relatives à un prochain remaniement gouvernemental, dans la foulée du second tour des élections municipales du 28 juin 2020, avec un éventuel départ de l’actuel locataire du Palais Royal, Rue de Valois (1er arrondissement).

Visuel de l’implantation du Grand Palais éphémère dans la perspective entre l’École Militaire et la Tour Eiffel (Crédits – Wilmotte & Associés Architectes)

Les répercussions de la crise économique pourraient par ailleurs impacter un autre chantier lié à la fois au Grand Palais et au projet olympique et paralympique de Paris 2024, à savoir le Grand Palais éphémère.

Souhaité par la Ville de Paris et par la RMN-GP pour palier à la fermeture temporaire du Grand Palais, l’édifice conçu par l’architecte Jean-Michel Wilmotte, doit prendre place dès l’année prochaine sur le plateau Joffre, face à l’École Militaire, dans la perspective du Champ-de-Mars (7e arrondissement).

Ce projet s’installera sur environ 10 000 m², avec la possibilité d’inclure une surface supplémentaire en cas de manifestations culturelles d’envergure. Avant les Jeux, le site éphémère pourra ainsi recevoir les événements habituellement organisés sous la nef du Grand Palais – défilés de mode, expositions, etc. – avant d’être mis à la disposition du Comité d’Organisation des Jeux (COJO) et d’être l’hôte des épreuves olympiques de judo et de lutte à l’été 2024.

Pour financer la structure faisant la part belle à l’utilisation du bois, une enveloppe budgétaire de 40 millions d’euros sera nécessaire pour couvrir tout à la fois la conception, l’exploitation, la maintenance et le démontage. La RMN-GP participera au financement – avec les revenus de location perçus grâce aux événements organisés – ainsi que le COJO de Paris 2024.

Le niveau d’engagement de la RMN-GP pourrait toutefois dépendre du nombre d’événements maintenus et projetés entre 2021 et 2023 à l’aune du contexte sanitaire et économique d’aujourd’hui, sauf à envisager d’autres sources – et acteurs – de financement.

Visuel du Grand Palais éphémère en configuration olympique lors des Jeux de Paris 2024 (Crédits – Wilmotte & Associés Architectes)

Pour Paris 2024, la mobilisation des deux sites est cruciale du fait des épreuves qui y seront tenues, mais aussi et surtout du cadre prestigieux sur lesquels ils sont et seront implantés.

Visuellement, le Grand Palais promet en effet de grande émotion pour les compétiteurs et pour les spectateurs qui auront la chance de prendre place dans les tribunes temporaires. Il devrait en être de même au sein du Grand Palais éphémère qui, grâce à ses larges parois transparentes, offrira une vue exceptionnelle sur le Champ-de-Mars et, au loin, la Tour Eiffel et le Trocadéro.

Des images « cartes-postales » que Paris 2024 n’a cessé de développer au cours des dernières années – évoquant à l’envie l’atout de « sites iconiques » – et que l’organisation entend bien conserver.

Si la crise devrait conduire à un réexamen des priorités et des projets, l’ADN du concept des Jeux de 2024 devrait être conforté. C’est en tout cas le souhait du COJO, récemment rappelé par Michaël Aloïsio, Directeur de Cabinet de Tony Estanguet, Président de Paris 2024 :

On peut d’ores et déjà initier des réflexions sans attendre pour se donner des marges de manœuvre afin d’avoir plus de flexibilité au moment où l’on devra peut-être s’adapter. C’est la réflexion que nous menons depuis plusieurs semaines.

L’idée est de se dire comment nous pouvons conserver ce qui fait la force des Jeux – la diversité des sports, le côté inspirant de l’événement – tout en se redonnant des marges, notamment financières, pour être capable de s’adapter.

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