Interview – Thierry Rey : « Pour les Jeux, Paris se mettra à la dimension d’un Parc Olympique »

Du 13 au 16 mai, Patrick Baumann et les membres de la Commission d’évaluation du Comité International Olympique (CIO) se rendront à Paris afin de visiter les sites prévus pour l’organisation des Jeux en 2024.

La délégation du CIO rencontrera à cette occasion les acteurs sportifs et politiques du projet tricolore, sans oublier évidemment les dirigeants du Comité de Candidature de Paris 2024.

Champion Olympique de judo aux Jeux de Moscou 1980 et ancien Conseiller Sport et Jeunesse du Président de la République, François Hollande, Thierry Rey est à présent Conseiller Spécial au Comité de Candidature.

Cette semaine, il a accepté de répondre aux questions de « Sport & Société ».

Intervention de Thierry Rey au Salon des Maires de France, le 31 mai 2016 (Crédits – Philippe Millereau / KMSP)
  • Au regard de l’imminence de la visite de la Commission d’évaluation, dans quel état d’esprit se trouve actuellement le Comité de Candidature ?

Le Comité de Candidature de Paris 2024 est concentré, motivé et prêt à délivrer.

Le Comité de Candidature comprend beaucoup de profils divers et variés, de compétences aussi, et de générations. Nous sommes donc une sorte de puzzle qui se complète bien, car chacun apporte son parcours et son expérience. De fait, chacun à son poste prépare depuis plusieurs semaines déjà cette visite pour recevoir au mieux la Commission d’évaluation car ce sera l’un des grands moments de cette phase de candidature.

A l’instar d’une compétition sportive, nous sommes concentrés et nous nous appuyons les uns sur les autres, avec aussi les membres fondateurs ; le mouvement sportif (Comité National Olympique et Sportif Français, Comité Paralympique et Sportif Français), l’Etat, la Ville de Paris ou encore la Région Île-de-France. Nous sommes unis dans un seul but : convaincre pour gagner.

  • Sur cette phase préparatoire en amont de la venue de la Commission d’évaluation, avez-vous ressenti des changements par rapport aux précédentes candidatures, et en particulier par rapport à celle de Paris 2012 ?

Il y a un monde d’écart.

Il y a d’abord le positionnement de la candidature française ; les acteurs ont changé, la manière de porter la candidature a changé également car aujourd’hui, c’est le mouvement sportif et les athlètes qui, de manière intergénérationnelle, portent cette candidature. Nous ne sommes plus dans la même approche.

Il y a ensuite le projet qui a changé. Nous revendiquons la célébration dans Paris, que ce soit sur les sites des compétitions ou bien même pour l’accueil des spectateurs. Paris se mettra à la dimension d’un Parc Olympique. Et puis nous avons souhaité construire un projet participatif avec le Département de la Seine-Saint-Denis pour montrer ce que peut amener l’Olympisme en ce qui concerne le développement du territoire, mais aussi les valeurs et le partage.

Paris 2024, c’est un engagement nouveau. Par le passé, il y a des défaites qui s’expliquent aisément et qui sont justifiables ; je pense à 1992 et 2008. Concernant 2012, ce fut un véritable échec et nous avons beaucoup appris de cette expérience.

Aujourd’hui, nous sommes vraiment dans une autre dimension. J’ai vécu 2012 et je trouve que 2024 est plus professionnel au sens technique et au sens de l’engagement de ce que la France a de meilleur.

  • D’ailleurs, au regard des changements opérés par rapport aux précédentes candidatures, la récente signature de la Charte Sociale de Paris 2024 est-elle de nature à rassurer le CIO compte-tenu de la réputation française à l’étranger sur le domaine des mouvements sociaux ?

Les membres du CIO connaissent bien la France. Ils ont une culture, ils savent comment fonctionne la France.

L’idée de la Charte existait précédemment, mais nous avons entièrement remodelé ce dispositif. Nous avons ainsi rencontré les partenaires sociaux un par un, et nous avons eu la participation, avec le concours des cinq organisations représentatives, d’une figure emblématique du mouvement syndical français, en la personne de Bernard Thibault.

Nous avons voulu que ce sujet soit abordé de manière professionnelle et sérieuse. Il y a d’ailleurs eu une vraie notion de partenariat pour comprendre notamment les enjeux olympiques d’une part, et les enjeux du monde du travail d’autre part.

Avec cette Charte Sociale, nous avons été et nous sommes dans un échange de compétences qui est bénéfique à tous.

Visuel des célébrations imaginées par Paris 2024 le long de la Seine (Crédits – Paris 2024 / Luxigon)
  • Sur un plan plus technique, où en sont les échanges avec les collectivités et les partenaires de la candidature concernant l’aménagement du Village des Athlètes et le projet de Centre Aquatique ?

Dans le deuxième volet du dossier de candidature, tous les partenaires ont fourni des garanties de façon détaillée ; les collectivités ont apporté des garanties financières et les partenaires ont précisé leurs engagements, comme le secteur hôtelier qui a par exemple fourni des tarifs pour plus de 50 000 chambres en 2024.

Les collectivités et les partenaires prennent donc leur responsabilité, avec évidemment au-dessus de ces structures, l’État, qui s’est engagé pour un milliard d’euros et qui garantira la bonne livraison des Jeux.

De ce point de vue, il y a eu un énorme travail de la part de nos équipes pour obtenir ces garanties et nous nous sommes aperçus que ces problématiques ont généré un élan particulier entre les élus qui se sont retrouvés – au-delà de leurs divergences politiques – autour de ce projet olympique et paralympique. Ces élus forment aujourd’hui une équipe, ils travaillent en commun et ils répondent ensemble à une exigence.

  • En cas d’élection de Paris comme Ville Hôte des Jeux de 2024, comment s’organisera la période préparatoire ?

Des structures sont d’ores et déjà envisagées. Outre le Comité d’Organisation des Jeux (COJO), il y aura la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO) et enfin un Comité chargé de l’Héritage.

Mais aujourd’hui, nous avons un travail à faire – avec un paramètre technique – pour proposer un projet au CIO. Si par la suite les membres du CIO accordent à Paris et à la France la lourde et belle tâche d’organiser les Jeux, nous serons à la hauteur de nos promesses.

François Hollande et Tony Estanguet à Rio de Janeiro (Brésil), le 05 août 2016 (Crédits – KMSP / DPPI)
  • Alors que la période électorale est actuellement des plus chargée – entre la fin de la campagne présidentielle et l’approche des élections législatives – le sport est resté en retrait des thématiques abordées par les candidats à l’Élysée. Comment peut-on expliquer cela ? En quoi le fait que Paris soit candidate pourrait-il changer la perception du rôle du sport dans la société (sport-santé, accessibilité à la pratique sportive, etc…) ?

Depuis deux ans, nous avons eu un accompagnement continu des responsables politiques. Le plus bel exemple réside bien sûr dans le déplacement du Président François Hollande à Rio (Brésil) lors des Jeux d’été de 2016, avec une intervention remarquée de la conférence de presse internationale de Paris 2024.

Au quotidien, nous sommes accompagnés par la Maire de Paris, Anne Hidalgo, et cela n’est pas négligeable. Nous sommes aussi accompagnés par la Région, et il ne faut pas oublier le changement de la tendance politique en 2015. Valérie Pécresse a repris l’engagement de la candidature à son compte avec ses équipes, avec une réelle volonté de comprendre les enjeux et de s’impliquer dans la campagne.

Cet engagement des politiques est un atout, et cela est reconnu par le CIO qui note bien un changement d’approche et une unité rare.

Concernant l’élection présidentielle 2017, nous avons connu une campagne électorale particulière, qui a eu du mal à démarrer et qui a notamment concerné les thématiques comme la sécurité ou la lutte contre le chômage. Mais à cinq mois de l’élection de la Ville Hôte, les responsables politiques sont informés de ce que nous faisons et l’idée est bien de faire du sport un élément majeur des politiques publiques, déjà entre 2017 et 2024 si nous sommes élus, mais aussi au-delà.

D’ores et déjà, grâce au concours du Ministère de l’Éducation Nationale, nous avons d’ailleurs lancé la Semaine Olympique à l’école qui a touché cette année plus d’un million de jeunes.

Signe de l’intérêt institutionnel pour le projet de Paris 2024, la décision de rendre ce dispositif pérenne a été prise. Bien sûr, la désignation de Paris, de l’Île-de-France et plus largement de la France serait un levier absolument magnifique pour maximiser l’héritage des Jeux.

  • Les candidats à l’élection présidentielle avaient en tous cas été rencontrés par le Comité de Candidature.

Absolument. Ils ont compris à ce moment-là les effets bénéfiques du sport pour la société.

Paris 2024, c’est un grand projet optimiste et fondateur, qui touche la jeunesse, qui va générer un renforcement du secteur associatif, qui va générer de la pratique sportive, qui va déclencher également de la prise de conscience en matière de sport-santé ou de sport-éducation.

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