Sauf improbable retournement de situation, Méribel ne sera pas de la partie pour les Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030. Face à la perspective de voir revenir Val d’Isère sur le devant de la scène, avec un schéma organisationnel repensé, la station savoyarde a décidé de se retirer, alors que la carte des sites doit prochainement être dévoilée par le Comité d’Organisation.

L’établissement du Comité d’Organisation des Jeux (COJO) et l’instauration de la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO Alpes 2030) avaient donné l’impression d’une mise en marche effective des préparatifs du projet olympique et paralympique des Alpes françaises 2030.
Mais en dépit de cette stabilité apparente, ledit projet suscite toujours doutes et crispations, un an presque jour pour jour après la désignation opérée par le Comité International Olympique (CIO).
Si la question du leadership semble aujourd’hui réglée depuis la nomination d’Edgar Grospiron comme Président du COJO en février dernier, même si la place des autorités régionales fortement impliquées dans le projet pourrait perturber de futures décisions et arbitrages, les problématiques liées au budget des Jeux et à la composition de la carte des sites sont au cœur des débats.
Déjà en phase de candidature, les contours de la cartographie des JO 2030 avaient engendré de sérieux remous suite à la décision prise par les parties prenantes d’écarter Val d’Isère (Savoie) du dispositif.
Aussi, depuis la fin de l’année 2023, les partisans de la Face de Bellevarde n’ont eu de cesse que de faire pression pour assurer le retour de la mythique piste au sein du projet, au risque de conduire in fine à un bouleversement de la répartition des épreuves entre les sites jusqu’alors sécurisés.
Aujourd’hui, ce scénario est en passe de se confirmer, avec la probable réintégration de Val d’Isère au détriment de tout ou partie de Méribel qui devait orchestrer les épreuves féminines de ski alpin féminines, tandis que Courchevel est destinée à recevoir les épreuves masculines, en plus des compétitions de saut à ski et de combiné nordique.
Ces dernières semaines, le Maire des Allues – commune où se situe Méribel – s’était pourtant ému de cette possibilité, adressant en ce sens un courrier au Président du COJO pour lui rappeler les engagements et l’expérience de la station savoyarde, co-organisatrice des Championnats du Monde de ski alpin en 2023 avec Courchevel.
Dans sa missive de cinq pages, Thierry Monin revenait en outre sur les discussions opérées avec les organisateurs des Jeux et évoquait par ailleurs les trois options définies pour maintenir la participation de Méribel.
Ainsi que l’édile le mentionnait, en se fondant sur les travaux réalisés par le COJO, pour le premier scénario – le seul à deux sites -, Méribel et Courchevel se seraient partagées les épreuves de ski alpin selon la répartition précédemment exposée. Pour le second scénario, lesdites épreuves auraient été réparties entre Méribel, Courchevel et Val d’Isère au regard d’une distinction hommes / femmes et vitesse / technique. Pour le troisième scénario enfin, la répartition du ski alpin olympique aurait engagé Courchevel et Val d’Isère, Méribel étant dans ce cas de figure seulement dévolue aux épreuves paralympiques de para-ski alpin.

De ces trois options, le Maire espérait évidemment que le COJO sanctuarise un partage entre Méribel et Courchevel, dans le sillage de la programmation des Championnats du Monde de ski alpin 2023, mais en rupture avec le schéma adopté lors des Jeux d’Albertville 1992.
A l’époque, Méribel avait orchestré les épreuves de ski alpin féminin, ainsi que le tournoi de hockey-sur-glace, tandis que Val d’Isère s’était vu confier quatre épreuves de ski alpin masculin – Descente, Slalom géant, Super G et Combiné. Courchevel de son côté avait accueilli les compétitions de saut à ski et de combiné nordique. Le concept des JO 1992 était même allé plus loin dans la répartition territoriale, Les Ménuires abritant ainsi le Slalom masculin et Les Arcs assurant la tenue du ski de vitesse, sport en démonstration lors des Jeux d’Albertville.
Or, à l’inverse du souhait des élus du territoire de Méribel, les derniers développements penchent davantage pour un schéma directionnel incluant les trois stations.
Suite à la visite sur place du Président du COJO, ce jeudi 17 juillet 2025, en présence du Maire et de ses adjoints, la commune des Allues n’a pas tardé à réagir avec virulence, tant pour annoncer sans la moindre ambiguïté son retrait du projet, que pour tirer à boulet rouge sur l’orientation prise par ledit projet.
Comme l’expose notamment le communiqué de presse résultant de cette rencontre :
La Charte olympique bafouée, les engagements pris initialement lors de la candidature, reniés, les Paralympiques discriminés, d’importants surcoûts financiers de plusieurs dizaines de millions d’euros, une empreinte environnementale considérablement accrue, telles sont les conséquences des décisions envisagées par le COJO.
Dans ces conditions, Méribel ne cautionne pas la position du COJO et souhaite bonne chance aux athlètes et aux sites organisateurs.
Les élus poursuivent ensuite sur le même ton en ciblant le fait que les Alpes françaises 2030 seraient la première destination des Jeux depuis 2002 à remettre en cause la mutualisation des sites olympiques et paralympiques pour le ski alpin :
Le passage ce jour à Méribel d’une délégation du COJO n’a fait que confirmer l’organisation dans plusieurs sites éclatés des épreuves de ski alpin olympique et paralympique initialement prévues à Méribel et Courchevel.
La demande faite au Maire des Allues (Méribel) d’organiser des épreuves paralympiques dissociées des épreuves olympiques alpines n’est ni conforme à la Charte olympique, ni aux engagements pris lors de la candidature.
Pourquoi ne pas tirer des enseignements de ce qui a fait le succès de PARIS 2024 en respectant les Paralympiens en les traitant sur un pied d’égalité ? Terminés la rigueur budgétaire et le traitement égalitaire des athlètes paralympiques, repoussées au second plan l’empreinte carbone limitée et la frugalité environnementale, bafouée la parole donnée.
Méribel prend acte de ces décisions du COJO et se retire de la mêlée, soucieuse de respecter les engagements pris dans le cadre de la candidature et de son schéma environnemental Méribel 2038, opérationnel depuis 4 ans déjà.
Le COJO des Alpes françaises 2030 se serait bien passé d’une telle sortie médiatique qui ne fait qu’illustrer finalement une partie des fragilités du projet.
Face à ce contexte, le COJO a affirmé qu’aucun arbitrage définitif n’avait pour l’heure été déterminé quant à la carte des sites.
Il n’empêche, l’instance organisatrice des Jeux va devoir retravailler à la marge son concept pour intégrer les épreuves paralympiques de para-ski alpin et positionner ces dernières sur Courchevel ou Val d’Isère, voire sur un autre site. Car comme l’avait fait savoir le Maire des Allues dans sa missive de la fin du mois de juin 2025, Tignes se serait déclarée volontaire pour assurer l’organisation des compétitions paralympiques précitées en cas de défection de Méribel.
Mais au-delà de ce nouvel effort logistique, le COJO va à n’en pas douter se retrouver – encore une fois – sous le feu des critiques.
Si les élus locaux concernés ont publiquement dénoncé une situation qui est manifestement défavorable pour leur territoire, les opposants aux Jeux vont désormais certainement reprendre à leur compte certains arguments déployés, en particulier quant aux éléments environnementaux et financiers pointés du doigt par Méribel.

Bien que la station savoyarde se place aujourd’hui dans la position du vilain petit canard, il y a lieu de retenir des considérations qui ont pu peser en défaveur des prétentions de Méribel.
Déjà l’an passé, la force du lobbying pro-Val d’Isère avait marqué les esprits, même si la Commission de Futur Hôte du CIO s’était bien gardée d’un quelconque commentaire à l’époque.
Pourtant, en marge de la visite de ladite Commission, le Président d’alors de la Région Auvergne-Rhône-Alpes avait été catégorique sur le sujet.
Comme l’avait exprimé Laurent Wauquiez :
Pour moi, et ce n’est pas une option, Val d’Isère doit être intégrée à la carte des sites.
On garde Courchevel et Méribel comme sites-phares et on ajoute Val d’Isère.
Le premier point de vigilance, c’est que cela charge le calendrier et que donc cela nous met potentiellement en danger si on a trop de jours de mauvais temps.
L’élu régional évoquait à ce moment-là les risques d’un dispositif territorial restreint, risques révélés par une mission de la Fédération Internationale de Ski (FIS).
A l’issue d’un déplacement express sur site, la FIS avait ainsi estimé qu’un tel dispositif pouvait être problématique pour les Alpes françaises 2030 en cas de conditions météorologiques peu clémentes, avec également la question du défi logistique posé par l’accueil du public et donc de dizaines de milliers de spectateurs dans une configuration limitée.
Outre cet élément non-négligeable, les positions récentes adoptées par Méribel ont pu rebuter les organisateurs à aller de l’avant, que cela concerne la révélation des tensions avec le COJO ou, plus encore, le refus de la station d’accueillir des manifestations internationales, à savoir une étape de la Coupe du Monde féminine de ski alpin en 2025 et en 2026 et ce, sous prétexte que les dates proposées en pleine période de vacances scolaires n’étaient pas compatibles avec la réception des touristes.
Un argument qui, forcément, interroge et affaibli la candidature de Méribel pour les JO 2030.
Le retrait annoncé de cette dernière et la carte des sites seront en tout cas à l’ordre du jour des discussions des parties prenantes au projet olympique et paralympique et ce, dès ce lundi 21 juillet 2025, date à laquelle se tiendra le prochain Conseil d’administration du COJO.
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