Quelques heures après le renoncement de Martin Fourcade de briguer la présidence du Comité d’Organisation des Jeux d’hiver (COJO) des Alpes françaises 2030 en raison de profonds désaccords, Renaud Muselier a frontalement attaqué le sextuple Champion olympique de biathlon. Une position qui n’honore pas le Président de la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur dont la sortie pourrait crisper le Comité International Olympique (CIO).

La décision de Martin Fourcade de renoncer à la présidence du COJO, alors que son profil apparaissait comme le plus adéquat, a suscité la déception des acteurs du projet olympique et paralympique pour les Jeux d’hiver de 2030.
De la déception, mais sans doute pas de l’incompréhension compte-tenu du fossé qui s’était peu à peu creusé quant aux orientations stratégiques à adopter pour la future entité, sans oublier la méfiance persistante des autorités régionales à l’endroit de celui qui aurait pu leur faire de l’ombre.
Pourtant, au-delà des propos respectueux de la Ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, et du langage mesuré employé dans le cadre d’un communiqué de presse réunissant le Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF), le Comité Paralympique et Sportif Français (CPSF) et les Régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d’Azur, l’un des acteurs du dossier tricolore s’est distingué en fin de journée par des critiques pour le moins acerbes vis-à-vis de Martin Fourcade.
Interrogé par l’AFP, Renaud Muselier a ainsi dénoncé avec virulence l’attitude du sextuple Champion olympique de biathlon.
Comme l’a affirmé le Président de la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur sans la moindre retenue :
[Martin Fourcade] est un sportif de très haut niveau, mais c’est un solitaire qui ne peut pas travailler en collectif. Tout le monde autour de la table était très désagréablement surpris de ce qu’il a fait.
[…] Ce garçon nous promène depuis le départ […].
Évoquant plus spécifiquement l’implantation du siège du COJO à Lyon, soit l’une des pierres d’achoppement entre l’ancien sportif, favorable à une localisation plus proche des sites sportifs alpins, et les autorités régionales, Renaud Muselier va plus loin :
Il connaît le projet par cœur et nous prétexter maintenant que Lyon, ça ne lui plaît pas, pour partir, alors que ça a été validé par le bureau du Premier Ministre il y a deux mois, ce n’est pas sérieux !

Ce propos déroutant a de quoi surprendre si l’on considère l’engagement de Martin Fourcade au sein de la candidature d’une part, et auprès d’instances dirigeantes d’autre part, que ce soit avec Paris 2024, où il siégeait à la tête de la Commission des Athlètes, ou avec le CIO dont il est l’un des membres – à la Commission des Athlètes – depuis 2022.
Surtout, le positionnement critique de Renaud Muselier vient confirmer si besoin l’ampleur des tensions autour de la mise en route des préparatifs d’organisation des Jeux d’hiver de 2030, le concept de cet événement étant, depuis la phase de candidature, fortement marqué par l’emprise politique incarnée tant par le leader régional précité que par son ex-homologue en Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez.
Cette sortie médiatique pourrait en tout cas crisper encore davantage le CIO qui goûte habituellement peu aux attaques visant l’un des siens, surtout s’agissant d’un athlète au palmarès aussi riche que celui de Martin Fourcade.
Il ne faudrait pas oublier par ailleurs que l’institution olympique avait, en juillet 2024, procédé à l’attribution des Jeux de 2030 aux Alpes françaises, sous conditions, nombre de points techniques demeurant alors en suspens.
Une situation qui aurait dû à l’époque, et qui devrait conduire aujourd’hui, à une certaine forme d’humilité et de modestie de la part des porteurs d’un projet aux contours toujours flous sur la partie budgétaire et sur l’implantation des sites.
Depuis, si la lettre de garantie de l’État a bien été signée par l’ex-Premier Ministre, Michel Barnier – aujourd’hui missionné par le CIO pour préfigurer le COJO – au beau milieu de la crise politique française, l’absence à date de budget pour 2025 laisse encore planer le doute et les craintes légitimes, sachant que la future instance chargée de piloter l’organisation des Jeux accuse déjà un retard à l’allumage, cinq ans à peine avant la livraison effective des JO 2030.
Mais tandis que la sphère politique avait eu l’intelligence de se positionner en soutien de la candidature et du projet de Paris 2024, force est de constater que les vieilles pratiques tricolores autour de l’ambition olympique et paralympique française – avec le politique au premier plan – reviennent au galop, au risque de fragiliser encore davantage le projet des Alpes françaises 2030 dans sa globalité et l’appréciation que pourra en faire le CIO.
En savoir plus sur Sport & Société
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
