Pensé dans le cadre de la candidature madrilène pour l’organisation des Jeux de 2012, le projet du Centre Aquatique Olympique n’ira pas à son terme. Après deux décennies de tergiversations sur un chantier ayant pourtant conduit à l’aménagement de l’ossature et à la réalisation d’une partie des gradins, la Ville de Madrid a décidé de modifier l’usage d’un site qui illustre les trois échecs consécutifs de la capitale espagnole sur la scène olympique.

Un gâchis à près de 100 millions d’euros.
Tel est finalement l’héritage des trois candidatures de Madrid pour l’accueil des Jeux Olympiques et Paralympiques – 2012, 2016, 2020 – en ce qui concerne le projet inachevé du Centre Aquatique Olympique.
Conçu par l’architecte Juan José Medina, ledit projet se fondait initialement sur l’aménagement de trois piscines et une fosse à plongeon, le tout agrémenté de diverses installations destinées à l’échauffement et à la remise en forme des compétiteurs.
A l’instar de la Caja Mágica réalisée selon les plans de Dominique Perrault et héritage direct de la candidature pour les JO 2012, le Centre Aquatique Olympique devait émerger du sol madrilène à proximité du Stade Olympique sous la forme d’un immense bloc de béton et de verre scindé en deux parties distinctes abritant les bassins.
Pour la première, une piscine destinée à la natation et aux phases finales du tournoi de water-polo, ainsi que la fosse à plongeon devaient être édifiées en dessous d’un immense toit rétractable pouvant permettre une ouverture par beau temps. Pour la seconde, un bassin destiné au tournoi préliminaire de water-polo et aux épreuves de natation synchronisée devait être voisin du bassin d’échauffement.
Avec un tel dispositif, le site aurait été en mesure d’abriter en son sein l’ensemble des compétitions aquatiques indoor, à savoir les épreuves de natation bien sûr, mais également le tournoi de water-polo, les compétitions de plongeon, sans oublier également la natation synchronisée.

Au fil des trois candidatures, la jauge globale fut constamment révisée et ce, pour toutes les compétitions précitées, illustrant au besoin un projet évolutif.
De fait, d’abord projeté pour recevoir un maximum de 15 000 spectateurs par session pour la natation et les phases finales de water-polo dans le cadre des JO 2012, l’espace principal fut ensuite rehaussé à 16 500 spectateurs pour les JO 2016, avant d’atteindre un palier conséquent à 18 000 spectateurs.
De même, pour ce qui est du plongeon, la capacité maximale fut établie à 6 642 spectateurs pour 2012, avant de descendre à 5 200 pour 2016 et 2020.
Enfin, pour la natation synchronisée, la jauge aurait été de 5 000 personnes pour les Jeux d’été de 2012. Les deux candidatures suivantes avaient en revanche projetés la tenue des épreuves de natation synchronisée au cœur du bassin principal, faisant dès lors profiter les compétiteurs d’une jauge bien plus importante (16 500 à 18 000 spectateurs).
In fine, comme cela fut spécifiquement indiqué dans le dossier de candidature pour 2020, la capacité du site aurait été considérablement revue à la baisse après les Jeux, avec 800 places pérennes pour les deux bassins annexes et 3 000 places permanentes pour le bassin principal et la fosse à plongeon.

Néanmoins, le rêve d’un architecte et l’ambition d’une capitale se sont heurtés à la réalité du scrutin olympique.
En juillet 2005, celui-ci consacra la victoire de Londres (Royaume-Uni) face à Paris (France) par 54 voix contre 50. Après avoir pris la tête du vote au deuxième tour, Madrid fut ensuite écarté de la course lors du troisième tour de scrutin, quittant la scène avec 31 voix contre 33 pour sa rivale française et 39 pour sa concurrente britannique.
Par la suite, et alors que le chantier avait débuté, le projet du Centre Aquatique Olympique fut à nouveau présenté aux yeux de la Famille Olympique dans le cadre de la candidature espagnole pour les JO 2016, puis encore une fois au moment de la candidature développée dans l’optique des JO 2020 sans toutefois rencontrer l’enthousiasme espéré par ses partisans.
Les deux échecs rencontrés par Madrid pour ces deux dernières échéances ont fini par affaiblir de manière quasi-irrémédiable le concept même du Centre Aquatique, d’autant plus en considérant les nouvelles orientations prises au fil des ans par les majorités successives à la tête de la cité.
Ainsi, à l’automne 2014, en renonçant à entreprendre une nouvelle candidature, les autorités madrilènes avaient clairement fermé la porte à une ambition olympique et paralympique à moyen terme d’une part, mais aussi d’une certaine façon à l’achèvement de la construction d’une ossature de béton trônant à proximité immédiate de ce qui avait été proposé comme Stade Olympique pour 2012, 2016 et 2020, et qui est devenu depuis l’écrin du club de football de l’Atlético Madrid.

Aujourd’hui, bien qu’une nouvelle candidature puisse se faire jour dans les années qui viennent avec comme points d’horizon possibles, 2036, 2040 voire 2044, les autorités locales ont à l’évidence le souhait de clore une histoire vieille de vingt ans et ce, afin de faciliter l’aménagement d’une zone paradoxalement consacrée en grande partie au sport.
De fait, en parallèle des activités footballistiques de l’Atlético Madrid et eu égard à la modification du Plan Général d’Urbanisme actée en 2021, trois parcelles adjacentes au Riyadh Air Metropolitano font l’objet d’un ambitieux projet présenté à l’été 2022 et intitulé « Ciudad del Deporte » pour un coût estimé à 200 millions d’euros.
En lien avec le club de football résident, un Centre sportif municipal d’une superficie de 46 344 m² est ainsi en développement, comprenant une piste d’athlétisme et des terrains destinés à la pratique du ballon rond.
Sur le même secteur, un second Centre sportif municipal doit aussi voir le jour, avec notamment un gymnase de 13 189 m² pour le basketball, le handball, le volley-ball, le futsal, mais encore le badminton et le padel.
En complément, un Centre de haut performance dédié à l’Atlético Madrid est projeté sur 65 131 m², avec en son sein, six terrains de football, une résidence, un gymnase, ainsi qu’un centre médical et de remise en forme.
D’autres installations furent par ailleurs envisagées, comprenant une zone de loisirs, un stade de 6 000 places, un mur d’escalade, un bassin de vagues artificielles, etc. Des boutiques, des hôtels et des restaurants furent aussi annoncées sur ce périmètre devant en outre abriter à terme de larges zones arborées et végétalisées.
En 2022, nul trace de l’inachevé Centre Aquatique Olympique n’avait toutefois figuré sur le projet.
Aussi, en début de semaine, le Conseil Municipal de Madrid a officiellement entériné la future destination de l’imposant complexe d’environ 68 000 m² et ce, grâce à une nouvelle modification du Plan Général d’Urbanisme.

Concrètement, ce mardi 29 octobre 2024 et sur la base du « Plan spécial d’amélioration des réseaux publics dans le cadre de la Zone de Planification Spécifique 00.08/M ‘Parc Olympique – Secteur Ouest », la majorité municipale conduite par le Partido Popular (PP) a approuvé un changement de destination du site.
Le changement ainsi opéré autorise dorénavant – en lieu et place des espaces qui devaient au départ être consacrés à la pratique d’activités aquatiques et plus globalement sportives – la réception de zones récréatives et l’agencement de commerces, de bureaux ou d’un hôtel.
Malgré la protestation de l’opposition municipale qui voit dans ce changement d’affectation le glissement vers des activités privées d’une zone initialement destinée à un usage public, une nouvelle page est en passe de s’écrire, venant sceller de manière définitive le sort d’un mastodonte estimé à l’origine à 136 millions d’euros, mais dont le coût a ensuite été révisé à 192 millions d’euros.
Avec la décision municipale, force est de constater que les efforts menés ces dernières années par la Fédération Royale Espagnole de Natation (RFEN) n’ont pas eu l’effet escompté.
En janvier 2021, lors d’une visite de représentants de la Ville de Madrid aux côtés de responsables de la RFEN, le Président de l’instance avait pourtant plaidé pour une utilisation mixte de la structure, assurant le maintien in situ d’une activité aquatique.
Comme l’avait alors exposé Fernando Carpena :
Le Centre Aquatique est une grande opportunité pour Madrid. […]
Madrid peut parfaitement aspirer à une installation qui pourrait devenir un modèle international et une référence en matière de technologie, d’innovation et d’efficacité énergétique.
[Pour la RFEN], la clé réside dans la possibilité de différencier les usages entre les multiples espaces du site afin de permettre la venue d’investisseurs privés (hôtel, bureaux, logistique) dans les parties du bâtiment où la destination sportive n’a pas de sens.
Les piscines qui sont déjà couvertes et construites à 70% fourniraient un service pour le public, les clubs, les compétitions nationales et, pourquoi pas, pour mettre Madrid au niveau international. Ce modèle mixte entre sport et utilisation privée ferait du Centre Aquatique un cadre de vie, un espace ouvert au public.
En s’associant aux efforts du secteur privé et à la participation des administrations concernées, le Centre Aquatique doit être un projet stratégique pour l’avenir de Madrid et pour ce faire, nous continuerons de proposer des solutions.

Ce goût amer n’est pas sans rappeler les immenses ailes de la « Città dello sport » de l’architecte Santiago Calatrava, vaste complexe multi-sports dont la réalisation à Rome (Italie) n’a jamais pu aboutir après l’échec de la candidature aux JO 2020 et en dépit d’une relance tentée dans la perspective des JO 2024.
Avant même d’avoir pu accueillir une édition des Jeux, ces deux projets se sont transformés en « éléphants blancs », témoignages bien visibles de candidatures infructueuses ou avortées.
Surtout, ces deux projets sont le parfait exemple à la fois d’un manque de volonté politique pour achever des chantiers pensés dans l’optique des Jeux pour l’accueil de compétitions et par la suite pour une utilisation largement accessible au public, et plus encore d’une certaine image de Jeux flamboyants et dispendieux véhiculée à l’époque du « gigantisme » qui n’est plus de mise à présent.
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