JO 2036-2040 : Le Mexique face aux défis de la criminalité et des trafics

Annoncée depuis plusieurs mois, la candidature du Mexique à l’organisation d’une prochaine édition des Jeux Olympiques et Paralympiques d’été a été officialisée la semaine passée. Le pays aura néanmoins fort à faire pour convaincre le Comité International Olympique (CIO) de sa capacité à accueillir un tel événement au regard des défis colossaux en matière de lutte contre la criminalité et les trafics divers.

Le Secrétaire aux Relations Extérieures du Mexique, Marcelo Ebrard, et la Présidente du Comité Olympique Mexicain, María José Alcalá Izguerra, mercredi 26 octobre 2022 (Crédits – Gobierno de Mexico)

Alors que le pays s’apprête à accueillir dans moins de quatre ans une partie des matchs de la Coupe du Monde de football 2026 – conjointement avec le Canada et les États-Unis – le Mexique ambitionne aussi de recevoir pour la deuxième fois de son histoire, les Jeux d’été.

Si la ville ou la région candidate reste à identifier, les autorités sportives et politiques mexicaines ont d’ores et déjà fait un pas en avant, en actant le principe même d’un projet espéré comme pouvant succéder aux Jeux de Mexico 1968.

Au cours d’une conférence de presse, la Présidente du Comité Olympique du Mexique (COM), María José Alcalá Izguerra, et le Secrétaire d’État aux Relations Extérieures, Marcelo Ebrard, ont ainsi officialisé une candidature aux Jeux de 2036 ou de 2040.

Cette double échéance envisagée permet au Mexique de préparer au mieux l’installation d’un projet concurrentiel, susceptible de convaincre le Mouvement Olympique. Elle s’explique surtout par le nouveau processus de sélection du futur hôte des Jeux, dans lequel le CIO privilégie un dialogue continu pour, le moment venu, établir un dialogue ciblé avec un ou des prétendant(s) selon les critères techniques définis, la volonté commune et l’intérêt des parties.

Le Secrétaire aux Relations Extérieures du Mexique, Marcelo Ebrard, et la Présidente du Comité Olympique Mexicain, María José Alcalá Izguerra, lors de l’officialisation de la candidature olympique et paralympique du Mexique, mercredi 26 octobre 2022 (Crédits – Gobierno de Mexico)

Lors de son intervention, mercredi 26 octobre, la Présidente du COM – qui a récemment célébré le 100ème anniversaire de l’institution – n’a pas manqué d’exprimer sa satisfaction à la mise en place prochaine d’un projet.

Comme l’a ainsi affirmé María José Alcalá Izguerra :

Cela montre que le Mexique est sur la bonne voie, une voie qui peut nous conduire à la promotion, au développement, et au renforcement du sport dans le pays.

A ce sujet, l’échéance des Jeux de Paris 2024 sera un premier test pour le Mexique, les autorités étant désireuses d’accroître la formation des athlètes au cours des années à venir, en permettant à ces derniers de performer sur la scène sportive internationale.

Pour concrétiser à présent cette ambition olympique et paralympique, un Comité Promotionnel sera instauré à compter du 30 novembre 2022.

Composé d’athlètes mexicains et de personnalités venant de divers horizons – notamment du monde culturel et du secteur économique – ledit Comité sera bien entendu chargé d’assurer le développement de la candidature, mais encore d’établir une étude de faisabilité pour comprendre les forces et faiblesses du projet.

Cette étude aura alors pour objectif premier de déterminer le territoire étant le plus à même de recevoir le plus grand rendez-vous sportif au monde.

Bien que la capitale soit naturellement bien positionnée pour prétendre à obtenir l’investiture du COM, d’autres villes pourraient également répondre aux exigences techniques et à la volonté de promotion sportive du pays, à commencer par Guadalajara et Monterrey.

(Crédits – Rob Young / Flickr)

Le principal défi de la candidature mexicaine résidera néanmoins dans la capacité des autorités à rassurer sur l’accueil potentiel des Jeux dans un pays où l’insécurité demeure une préoccupation majeure des habitants, confrontée en particulier à la mainmise des narcotrafiquants sur de larges territoires et à une forte criminalité touchant notamment les ressortissants étrangers.

A la fin de l’été, « The Economist » faisait un constat sévère sur la dégradation continue de la situation.

Ainsi que l’exposait le quotidien britannique :

Entre 2006 et 2012, huit personnes en moyenne ont ‘disparu’ chaque jour (dont beaucoup ont probablement été assassinées). Aujourd’hui, la moyenne quotidienne est de 25. Le taux de meurtres au Mexique est de 28 pour 100 000 habitants. C’est quatre fois le taux de meurtres aux États-Unis.

[…] En 2021, le coût de la violence au Mexique a été estimé par l’Institute for Economics and Peace, un groupe de réflexion, à 4,9 mille milliards de pesos (243 milliards de dollars), soit environ un cinquième du Produit Intérieur Brut.

Cette violence exacerbée s’explique, toujours selon l’enquête de « The Economist » publiée le 1er septembre dernier, par un doublement du nombre de gangs entre 2010 et 2020 pour atteindre désormais le chiffre de 205. Les gangs ont par ailleurs considérablement diversifié les fruits de leurs revenus par-delà la drogue, incluant ainsi aujourd’hui le trafic d’êtres humains ou le trafic de marchandises issues de l’agriculture, voire même le trafic de pétrole.

Le bilan des Présidents mexicains successifs a immanquablement conduit à cet accroissement des groupes violents et des trafics, mais la baisse continue des budgets dans le domaine de la sécurité et de la justice sous la présidence actuelle a également favorisé ce développement dangereux pour l’ensemble de la société mexicaine.

Comme le précise à cet effet « The Economist » :

[Le Président] López Obrador a réduit les budgets de la sécurité intérieure et de la justice.

Le Mexique ne consacre que 0,63% de son PIB à la sécurité, soit le niveau le plus bas de l’OCDE, un club majoritairement composé de pays riches. Les dépenses de l’armée ont augmenté, pour atteindre 104 milliards de pesos, soit près du double du montant enregistré dix ans plus tôt. Mais cela ne reflète pas un intérêt croissant pour la sécurité publique : López Obrador a confié à l’armée de plus en plus de tâches, notamment la construction d’aéroports et de banques.

Les procureurs généraux, au niveau fédéral et à l’échelon des États, à qui l’on demande de faire l’essentiel du travail d’enquête, ont également vu leurs budgets réduits.

Les anneaux olympiques devant la Maison Olympique à Lausanne (Crédits – IOC / Christophe Moratal)

A l’aune de ces considérations, la tâche paraît colossale pour le Mexique dans le développement et la défense de sa candidature olympique et paralympique.

Bien que le CIO puisse légitimement apprécier la venue de pays qui, jusqu’alors – avec le précédent modèle de sélection de l’hôte des Jeux – n’osaient sans doute pas s’engager dans la course aux anneaux olympiques, la crédibilité et la pérennité du nouveau processus se pose en toute logique.

Face au florilège de candidatures – plus ou moins équilibrées – pour 2036 et les éditions estivales suivantes, l’institution de Lausanne (Suisse) aura en en effet fort à faire pour choisir un hôte en mesure de relever le challenge d’organiser l’événement à la suite de Paris 2024 (France), Los Angeles 2028 (États-Unis), et Brisbane 2032 (Australie), trois hôtes et pays expérimentés, dont le niveau paraît bien au-dessus de certains des prétendants actuels.

Auparavant, la phase de requérance permettait de présélectionner les postulants, en éliminant les candidatures fantaisistes ou manquant de solidité, et en faisant de facto économiser à ces dernières, de l’énergie et des dépenses.

Aujourd’hui, le dialogue est certes appréciable, mais engage des pays dont l’ambition des Jeux peut parfois être placé par-dessus les considérations territoriales, économiques et sociales qui représentent à elles-seules des défis prioritaires majeurs.

Le Mexique n’est pas le seul de ces pays désormais dans la course, mais sa présence témoigne tout de même d’une certaine faiblesse du processus instauré par le CIO, laissant entrevoir la possibilité d’organiser les Jeux pour des pays qui, à ce stade, n’ont de toute évidence, pas les reins assez solides pour satisfaire aux exigences – multiples – d’une telle entreprise.

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