Le Président du CIO s’est entretenu avec la joueuse de tennis Peng Shuai

Le Président du Comité International Olympique (CIO) s’est entretenu ce dimanche avec Peng Shuai, dont la mystérieuse disparition a secoué le monde sportif ces derniers jours, après les accusations de viols formulées par la joueuse de tennis à l’encontre d’un ancien haut dignitaire chinois.

Thomas Bach, Président du CIO, lors de son entretien avec la joueuse de tennis chinoise, Peng Shuai, dimanche 21 novembre 2021 (Crédits – IOC)

A moins de trois mois de l’ouverture des Jeux Olympiques d’hiver de Pékin 2022, les critiques à l’égard de la Chine ont redoublé d’intensité au cours des derniers jours en raison du mystère entourant le sort de la joueuse de tennis Peng Shuai, qui a récemment accusé de viols, Zhang Gaoli, vice-Premier Ministre de la République Populaire de Chine de 2013 à 2018.

Ce dimanche, un nouveau rebondissement est toutefois survenu.

Après une période de flottement – marquée par la diffusion par les médias chinois de messages attribués à Peng Shuai et de photographies et vidéos montrant supposément la joueuse tantôt en famille, tantôt en présence de jeunes joueurs de tennis – le CIO a ainsi fait savoir que son Président avait pu s’entretenir avec l’athlète.

Accompagné de Emma Terho, Présidente de la Commission des Athlètes du CIO depuis cet été, et de Li Lingwei, membre du CIO en Chine, Thomas Bach a de fait échangé durant une trentaine de minutes par visioconférence avec Peng Shuai, s’assurant notamment de sa sécurité et de sa santé.

Dans un communiqué, l’institution de Lausanne (Suisse) a précisé que Peng Shuai avait expliqué à ses interlocuteurs être en sécurité, vivant chez elle à Pékin, mais préférant pour l’heure rester en retrait pour préserver sa vie privée et familiale.

Comme l’a exposé Emma Terho à l’issue de l’entretien :

J’ai été soulagé de voir que Peng Shuai allait bien, ce qui était notre principale préoccupation. Elle avait l’air détendue.

Je lui ai offert notre soutien et je lui ai proposé de rester en contact, ce qu’elle a évidemment apprécié.

Le Président du CIO a pour sa part profité de cet appel pour inviter l’athlète à un dîner à son arrivée dans la capitale chinoise, en janvier 2022, en amont des Jeux d’hiver qui s’ouvriront le 04 février.

Vue de la Maison Olympique, siège du CIO à Lausanne, Suisse (Crédits – IOC / Greg Martin)

Pointée du doigt pour son silence des derniers jours, l’institution de Lausanne a une fois encore fait preuve d’une certaine habileté pour ne pas se mêler aux critiques visant le régime de Pékin d’une part, et pour consacrer à nouveau son statut d’autorité diplomatique d’autre part.

Si la situation dépasse largement le seul cadre sportif, le CIO se devait néanmoins d’intervenir. L’échange d’aujourd’hui permet dès lors de dissiper les critiques à son endroit et de préserver ses relations avec la Chine, acteur majeur du sport mondial.

En effet, alors que certains appellent ouvertement à un boycott des prochains Jeux d’hiver programmés à Pékin et dans les régions de Zhangjiakou et Yanqing, l’institution préfère au contraire maintenir le dialogue, comme elle l’avait fait avant les Jeux d’été de 2008 déjà organisés dans « L’Empire du Milieu » malgré les contestations.

Il faut dire que les enjeux sportifs – et peut-être davantage extra-sportifs – sont colossaux lorsque l’on parle de la Chine.

Aussi, en tenant en étendard son principe de neutralité, le CIO n’insulte ni le présent, ni le futur. Une réalité aussi dérangeante ou immorale qu’elle soit.

Car bien que constatant les critiques régulières adressées à la Chine, le CIO est également parfaitement conscient que d’éventuelles sanctions seraient potentiellement néfastes, compte-tenu de la place du pays sur l’échiquier sportif international et son calendrier, mais aussi de l’apport de partenariats, à l’image du géant du commerce en ligne, « Alibaba ».

En considérant la perspective des Jeux de Pékin 2022, le CIO et l’ensemble des Fédérations sportives internationales, ont par ailleurs à l’esprit la promesse formulée en 2015 par la candidature d’alors, à savoir la venue de 300 millions de nouveaux pratiquants sur les pistes de ski, soit le développement d’un marché sans commune mesure pour les entreprises spécialisées dans les sports d’hiver et pour les équipementiers.

Vue du Parc Olympique de Pékin, avec de part et d’autre, le Stade Olympique et le Cube d’Eau (Crédits – Beijing 2022 / Pan Zhiwang)

La subtilité du discours olympique se retrouve en outre dans le positionnement des autorités américaines.

Ainsi, en évoquant il y a peu la possibilité de procéder à un boycott diplomatique et non sportif des JO 2022, le Président des États-Unis, Joe Biden, adopte finalement une position de statu quo, les relations entre son pays et le pouvoir chinois dirigé par Xi Jinping étant relativement dégradées pour ne pas dire glaciales depuis des années, sur fond de bataille commerciale et d’enjeux maritimes sur la côte asiatique.

Le fait de ne pas engager de boycott sportif est aussi une manière de ne pas pénaliser les athlètes, dont la quête d’une participation aux Jeux constitue la priorité de leur carrière, et de ne pas envoyer un mauvais signal dans l’optique des Jeux de Los Angeles 2028 et de la candidature de Salt Lake City pour les Jeux d’hiver de 2030.

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