Au moment où l’Italie s’apprête à accueillir le monde avec les Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver de Milan-Cortina 2026 qui débuteront le 06 février prochain, les ultimes préparatifs sont en cours.
Pleinement mobilisée pour ces préparatifs menés à travers le Nord de la péninsule, la Società Infrastrutture Milano Cortina 2026 S.p.A. (SIMICO) œuvre sur un global de près de 100 projets dont une partie est directement liée à la tenue des Jeux et, de facto, à la réussite de ces derniers.
A la tête de cette instance qui n’est pas sans rappeler la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO) instaurée par Paris 2024, Fabio Massimo Saldini a accepté de répondre en exclusivité aux questions de « Sport & Société ».

- A moins d’un mois de l’ouverture des Jeux, quelles sont les dernières étapes que la SIMICO doit encore franchir ?
A moins d’un mois des Jeux, nous concentrons nos efforts sur trois axes prioritaires : la finalisation des infrastructures, la sécurisation des zones opérationnelles et les derniers préparatifs.
Chaque opération doit être testée au préalable afin d’éviter tout imprévu et garantir une efficacité maximale.
Sur les 98 projets gérés par la SIMICO, qui représentent un investissement de 3,4 milliards d’euros, les 31 projets indispensables aux Jeux seront livrés à temps pour les compétitions olympiques et paralympiques.
- Lorsque l’on vous a confié le pilotage de la SIMICO, quel sentiment premier avez-vous ressenti ?
La SIMICO a été créée en 2021, et j’ai été nommé Commissaire Gouvernemental et Directeur Général en février 2024. Il s’agit d’une société entièrement publique qui gère des fonds publics dans trois Régions – la Lombardie, la Vénétie et le Trentin-Haut-Adige – et sur plusieurs sites : Milan, Cortina, Livigno, Bormio, Tesero, Predazzo, Anterselva et Vérone.
Lorsque cette mission m’a été confiée, j’ai tout de suite eu le sentiment d’être confronté à un défi extraordinaire, mais aussi à une formidable opportunité. Une vision stratégique était nécessaire pour intégrer les ambitions olympiques au patrimoine unique des Alpes, des métropoles et des petites communes.
J’ai immédiatement perçu le potentiel de transformer ces Jeux en une opportunité qui dépasse le cadre olympique et qui constitue un héritage tangible et immatériel pour les territoires. Cela a été rendu possible grâce à une équipe jeune et passionnée, et à l’utilisation d’outils de conception de pointe tels que le BIM (Building Information Modeling ou Modélisation des informations du bâtiment) et les digital twins (représentation virtuelle).
Le plus grand défi a été d’être présent, avec la même intensité, sur tous les sites olympiques et de coordonner divers acteurs publics et privés dans des délais aussi serrés, mais c’est aussi ce qui rend le travail stimulant et constitue probablement l’objectif atteint le plus important.

- A l’image de la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO) pour Paris 2024 et désormais pour les Alpes françaises 2030, la SIMICO opère sur les chantiers olympiques nécessaires aux Jeux. Est-ce que l’exemple parisien a été une source d’inspiration sur la manière d’aborder les défis à relever, et notamment les contraintes tenant à la coordination entre plusieurs acteurs publics et privés ?
Absolument.
L’expérience de Paris 2024 et le modèle de la SOLIDEO ont été une source d’inspiration, en particulier en matière de gestion et de coordination entre les parties prenantes.
J’ai visité Paris et certains sites de compétition pendant les Jeux Olympiques de 2024, et j’ai été très impressionné. Les défis sont similaires à bien des égards, notamment la nécessité d’assurer la pérennité des projets et le respect des délais. Ce que nous avons appris de Paris, c’est que le succès repose en grande partie sur une planification détaillée et la capacité à concilier les intérêts publics et privés, en veillant à ce que toutes les parties partagent les mêmes objectifs.
La coordination est essentielle pour minimiser les imprévus et optimiser les ressources, et ce principe guide notre travail au quotidien.
- Comment avez-vous abordé la relation de travail avec le Gouvernement, le Comité d’Organisation, ainsi que les Collectivités locales et les entreprises privées ?
J’ai toujours privilégié une coopération transparente et une communication constante.
La clé du succès – surtout pour un projet de cette envergure – réside précisément dans le maintien d’un dialogue ouvert entre tous les acteurs impliqués. Avec le Gouvernement, par exemple, il est essentiel d’aligner les objectifs, tandis qu’avec le Comité d’Organisation, le défi consiste à préserver la vision olympique tout en restant pragmatique. Les Collectivités locales, quant à elles, jouent un rôle crucial dans la gestion des problématiques quotidiennes et le suivi de l’avancement des travaux, tandis que les entreprises privées sont des partenaires indispensables à la mise en œuvre opérationnelle du projet.
Ma démarche a toujours consisté à instaurer un climat de confiance et de coordination efficace, en assurant une présence constante sur les chantiers et sur les territoires.

- Parmi les chantiers qui ont marqué les préparatifs de Milan-Cortina 2026, celui du Centre de glisse a longtemps défrayé la chronique, avec de vives critiques quant à son coût et à son opportunité. Quel regard portez-vous sur ce chantier et la détermination dont ont fait preuve le Gouvernement italien et le Comité d’Organisation ?
Le Centre de glisse de Cortina est sans conteste l’un des projets les plus ambitieux et les plus controversés de ces Jeux.
Il a certes suscité des critiques, notamment concernant son coût et son calendrier, mais il est tout aussi vrai qu’il est indispensable pour garantir une compétition de haut niveau.
Le Gouvernement italien a fait preuve de courage en poursuivant ce projet, qui non seulement servira les Jeux Olympiques, mais qui aura également un impact positif à long terme sur le développement de Cortina et sur les infrastructures sportives de notre pays.
Nous avons abordé les difficultés avec détermination, en recherchant des solutions qui concilient investissement et bénéfices à long terme. Je suis convaincu que ce Centre sera l’un des plus beaux héritages des Jeux Olympiques.
- On a entendu les doutes concernant l’aménagement de la patinoire éphémère de la Fiera Milano, notamment de la part de la Fédération Internationale de Hockey-sur-glace. Que dites-vous aux futurs spectateurs et aux athlètes qui découvriront le site dans moins d’un mois ?
Ce projet n’est pas géré directement par la SIMICO et n’est donc pas inclus dans notre plan d’action, document gouvernemental qui encadre nos activités.
Cependant, je suis convaincu que la supervision du Comité d’Organisation des Jeux a permis d’assurer la plus grande attention à la sécurité et aux performances techniques.

- Durant votre mandat, quelle a été la plus grande difficulté à surmonter et, à l’inverse, votre plus grande satisfaction ?
Le plus grand défi a sans doute été de gérer les délais serrés et la complexité logistique qu’implique un événement comme les Jeux Olympiques. Le défi consiste à coordonner les différents acteurs, à respecter les contraintes budgétaires et, simultanément, à garantir la qualité de toutes les infrastructures, conformément aux normes olympiques.
La plus grande satisfaction est de constater que, malgré les difficultés et les imprévus, nous sommes parvenus à construire une vision commune entre tous les participants. Avoir une équipe unie, qui travaille avec passion et dévouement, est l’aspect le plus gratifiant de cette aventure.
L’héritage de ce « chantier humain » perdurera même après les Jeux.
- Si vous deviez retenir un chantier emblématique coordonné par la SIMICO…
Sans aucun doute, le Centre de glisse de Cortina, car il était considéré comme impossible par tous.
Pourtant, nous avons prouvé qu’il était possible de réaliser un exploit technologique complexe en à peine plus de 300 jours, grâce au travail d’équipe du Gouvernement, des institutions, des entreprises et de plus de 250 personnes qui ont œuvré jour et nuit avec passion et un dévouement exemplaire, conscientes que le monde entier avait les yeux rivés sur l’Italie.
Ce fut notre premier test, une sorte de répétition générale pour notre crédibilité, que nous avons réussi avec succès en mars 2025 avec une pré-homologation ; succès qui a été confirmé en novembre dernier par l’homologation du site et l’intérêt manifesté par les Fédérations Internationales pour l’organisation de compétitions impliquant l’installation et Cortina jusqu’en 2030.
Long de 1 749 mètres, avec 16 virages, et une vitesse moyenne de 140 km/h, il s’agit de la première piste en Europe à utiliser du glycol comme réfrigérant, tandis que la chaleur produite par le système de réfrigération est recyclée pour chauffer les locaux du Centre de glisse, selon un cycle durable qui a été le point de départ de notre conception.
Les retours des athlètes et des professionnels sont positifs, et nous sommes fiers de rendre à Cortina une partie de son histoire afin qu’elle puisse continuer à écrire de nouvelles pages dans l’histoire des sports de glisse.
Je suis fier de que je considère comme un joyau d’architecture et de technologie.

- Quels conseils donneriez-vous aux Alpes françaises 2030 qui prendront le relais de Milan-Cortina 2026 ?
Si je peux me permettre, je conseillerais aux Alpes françaises 2030 de coopérer encore plus étroitement avec les communautés locales, en cherchant à impliquer au maximum la population dans les décisions et les bénéfices à long terme.
Les Jeux Olympiques et Paralympiques doivent être l’occasion de laisser un héritage durable, non seulement en termes d’infrastructures, mais aussi en promouvant le développement durable et le bien-être des populations.
Un dialogue continu avec toutes les parties prenantes est essentiel pour garantir le succès des Jeux.
- Où serez-vous le 06 février 2026 ? Au Stade San Siro ou bien toujours dans l’action pour veiller à ce que rien ne perturbe les sites livrés par la SIMICO.
Je serai à San Siro avec toute mon équipe et par respect pour les institutions présentes. Dès la fin de la Cérémonie, je partirai immédiatement pour les sites olympiques de la Valteline.

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