Le CIO avance avec souplesse sur la voie des prochains Jeux d’hiver

En officialisant cette semaine des discussions plus ou moins avancées avec trois territoires pour les prochaines échéances des Jeux Olympiques d’hiver (2030, 2034, 2038), le Comité International Olympique (CIO) a ouvert la voie à une désignation rapide des futurs hôtes.

Alors que les deux dernières éditions hivernales attribuées ont été marquées par le désintérêt manifeste de nombre de prétendantes potentielles, avec trois candidatures finales pour 2018 et seulement deux pour 2022, le CIO veut croire aujourd’hui que la disette peut prendre fin grâce à la mise en œuvre de ses réformes.

Intervention du Président Thomas Bach, lors de la 135ème Session du Comité International Olympique, le 10 janvier 2020 à Lausanne (Crédits – CIO / Christophe Moratal)

De fait, plutôt que de poursuivre sur un modèle olympique fondé sur le dépôt de candidatures et sur un examen de deux années, entrecoupées par une présélection – short-list – l’institution de Lausanne (Suisse) a acté, au cours des dernières années, l’instauration d’un modèle hybride.

Désormais, les villes ou les régions intéressées par une échéance olympique peuvent entrer en discussion avec le CIO, via, notamment, la Commission de Futur Hôte qui remplace la traditionnelle Commission d’évaluation.

Après une phase de dialogue et l’officialisation d’un projet technique, ladite Commission peut recommander à la Session le choix d’un hôte pour telle ou telle édition. C’est ainsi que la Province de Gangwon a pu être choisie dans un laps de temps inédit – trois mois – entre l’annonce de discussions plus poussées entre les deux parties et l’attribution cette semaine des Jeux Olympiques de la Jeunesse d’hiver de 2024.

Signature du Contrat Hôte des Jeux Olympiques de la Jeunesse d’hiver 2024 entre le Président du CIO, Thomas Bach, et les représentants du projet de Gangwon 2024, le 10 janvier 2020 à Lausanne (Crédits – CIO / Christophe Moratal)

Actuellement, des échanges sont en cours avec le Queensland (Australie), la Rhénanie du Nord-Westphalie (Allemagne), mais aussi l’Indonésie pour l’accueil prochain des Jeux d’été de 2032. Si aucune décision ne sera prise avant les Jeux de Tokyo 2020, la Commission de Futur Hôte pourrait in fine statuer dans le courant de l’année 2021 avec une décision susceptible de satisfaire un ou plusieurs territoires.

Car là encore, les réformes olympiques des dernières années bouleversent la traditionnelle pression du vote de la centaine de membres électeurs et le dévoilement finale de la Ville Hôte sur une enveloppe cachetée.

Si l’intérêt des territoires est identifié et si le CIO le juge opportun, plusieurs échéances olympiques pourraient à l’avenir être attribuées simultanément. Le cas de la double attribution 2024-2028 avec Paris et Los Angeles avait fait figure d’exception en 2017. Mais cette exception pourrait dorénavant devenir la norme.

Rien n’empêche en effet d’imaginer la désignation du Queensland – considéré comme favori – pour les Jeux de 2032, et dans le même temps, l’attribution des éditions suivantes aux candidats durablement engagés dans des discussions avec l’instance olympique.

A l’aune de ce constat, la présentation cette semaine des trois candidats intéressés par les prochaines échéances hivernales peut permettre une projection à moyen et long terme.

Octavian Morariu à la tribune de la 135ème Session du CIO, le 10 janvier 2020 à Lausanne (Crédits – CIO / Christophe Moratal)

Ce vendredi 10 janvier, à la tribune de la 135ème Session du CIO, Octavian Morariu, Président de la Commission de Futur Hôte des Jeux d’hiver, a brièvement exposé les forces en présence pour des Jeux compris entre 2030 et 2038.

Comme un signe – volontaire ou non – ladite présentation a été produite dans un ordre qui peut amener à penser que les choix à venir seront actés selon l’enchaînement suivant : Sapporo (Japon) d’abord, puis Salt Lake City (États-Unis), et enfin Barcelone-Pyrénées (Espagne).

Il faut dire que plusieurs éléments permettent aujourd’hui de placer Sapporo dans une position plus que confortable pour prétendre à l’organisation des Jeux de 2030.

L’avancement de son dossier établi initialement pour 2026, sa détermination et son engagement auprès de Tokyo 2020, mais encore son expérience passée – hôte des JO 1972 – sont autant d’atouts pour la candidature nippone.

Dans le même temps, des faisceaux d’indices laissent imaginer que les deux autres territoires en course pour les Jeux d’hiver – Salt Lake City et Barcelone-Pyrénées – pourraient être amenés à se positionner davantage sur 2034 et 2038.

Du côté de Salt Lake City, le choix du Comité Olympique et Paralympique des États-Unis (USOPC) à la fin de l’année 2018 et le soutien des autorités locales, sécurisent d’ores et déjà un projet qui pourrait convenir à la première échéance si l’on tient compte d’au moins deux éléments stratégiques.

D’une part, l’organisation prochaine des Jeux d’été de Los Angeles 2028 et l’accueil, deux ans auparavant, de la Coupe du Monde de Football 2026 – conjointement avec le Canada et le Mexique – vont à n’en pas douter mobiliser les ressources de nombreux partenaires. En imaginant l’organisation des Jeux de 2030 par Salt Lake City, la capacité d’appui du secteur privé pourrait être mise à rude épreuve dans un laps de temps aussi réduit autour des trois principaux événements du sport mondial.

D’autre part, l’accord signé en mai 2014 entre le CIO et NBC Universal pour la diffusion des Jeux doit arriver à son terme en 2032, soit quatre ans après les Jeux de Los Angeles 2028 et deux ans avant ceux non encore attribué de 2034. Autrement dit, en misant sur cette année-là, la Ville Hôte de 2002 pourrait implicitement faciliter le renouvellement du juteux contrat liant l’institution olympique et le groupe américain, contrat qui se chiffre sur la période actuelle à 7,65 milliards de dollars.

Enfin, à l’instar de Sapporo qui a fait le choix de se focaliser sur 2030 plutôt que sur 2026, le décalage à 2034 pourrait être bénéfique pour Salt Lake City dans l’optique de mener à bien des travaux de rénovation et de réhabilitation de certains de ses équipements hérités des JO 2002.

Reste dès lors le cas de Barcelone-Pyrénées, le plus atypique des trois projets pré-mentionnés.

Une première fois envisagée pour 2022, puis un temps relancée pour 2026, une candidature catalane à l’organisation des Jeux d’hiver semble être une option sérieuse, alors que Madrid a depuis quelques années fermé la porte à toute nouvelle tentative pour les Jeux d’été.

Une candidature hivernale pourrait donc idéalement se positionner sur l’échéance de 2038.

Cela permettrait d’affiner un concept reposant sur l’implantation des sports de glace dans la ville méditerranéenne et sur l’accueil des sports de neige dans les Pyrénées.

En outre, bien que disposant de la chaîne pyrénéenne qu’il partage avec la France et la Principauté d’Andorre, le pays est historiquement peu présent sur les podiums des Jeux d’hiver. Ayant participé à vingt éditions des Jeux depuis ceux de Garmisch-Partenkirchen en 1936, l’Espagne n’a glané en effet que quatre médailles avec, dans le détail, un titre olympique en 1972, une médaille de bronze en 1992 et deux médailles de bronze en 2018.

La perspective d’organiser les premiers Jeux Olympiques d’hiver de son histoire pourrait dès lors changer en partie la culture du pays et conduire les autorités espagnoles et régionales à mener un investissement massif dans la formation des athlètes, sur le modèle – à moyens comparables bien sûr – de ce que réalise la Chine en vue des Jeux d’hiver de Pékin 2022.

Les membres du Comité International Olympique réunis en Session à Lausanne, le 10 janvier 2020 (Crédits – CIO)

A ce stade, cette structure tricéphale, distribuant les Jeux de 2030, 2034 et 2038 à trois territoires déjà identifiés, demeure une hypothèse.

En effet, en l’absence de toute contrainte calendaire comme par le passé, le CIO maintient plus que jamais la porte ouverte à des discussions avec d’autres villes et régions qui pourraient formuler un intérêt pour les trois échéances. De plus, des bouleversements locaux – changements de majorité municipale, contexte géopolitique perturbé, etc. – pourraient aussi impacter les décisions futures autour des trois territoires ici exposés.

Toutefois, en disposant à ce jour de dossiers techniques relativement développés, le CIO pourrait se laisser convaincre d’attribuer rapidement les événements olympiques dont il a la maîtrise. Cette semaine, le Président de l’institution s’est d’ailleurs montré confiant concernant la capacité de la Commission de Futur Hôte à mener à bien sa mission :

Cette Commission donnera le ton et nous venons de constater hier, avec l’élection de la Province de Gangwon, la rapidité de travail de la Commission.

Il ne faudra pas une éternité pour que nous ayons une proposition [pour 2030], mais il est trop tôt pour spéculer quant au moment où la Commission fera une recommandation.

Une façon d’enlever le suspens qui avait court jusqu’alors en amont du vote des membres du CIO, mais une manière avant tout de répondre au souhait formulé en 2017 par le Président Thomas Bach : créer des gagnants et non plus des perdants.

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