Le Stade Olympique de Tokyo 2020, un projet longtemps controversé

Alors que le Comité d’Organisation de Tokyo 2020 a lancé aujourd’hui le compte-à-rebours à un an jour pour jour de l’ouverture des Jeux Olympiques d’été, l’un des principaux sites de l’événement s’apprête à vivre ses derniers mois de travaux.

Ainsi, le Stade Olympique – ou Nouveau Stade National du Japon – a franchi une barre symbolique au cours des semaines passées, avec désormais un taux d’achèvement de sa structure à hauteur de 90%.

Vue du chantier du Stade Olympique de Tokyo, le 08 juillet 2019 (Crédits – Tokyo 2020)

Pour les organisateurs des Jeux, cette étape majeure constitue un certain soulagement alors que le lancement du chantier fut un temps perturbé par le feuilleton polémique mêlant tout à la fois l’architecte initialement désignée, Zaha Hadid, les autorités institutionnelles locales et nationales et le concepteur de la structure actuelle, Kengo Kuma.

Si le projet de base n’a pas différé au fil des mois, avec l’aménagement d’une nouvelle enceinte en lieu et place du Stade Olympique des Jeux de 1964, les autres éléments composants le projet ont quant à eux été modulés et ce, afin de répondre à une contrainte budgétaire.

Visuel du projet présenté en 2012 par l’architecte Zaha Hadid pour le Stade Olympique de Tokyo 2020 (Crédits – Conseil Sportif du Japon / Zaha Hadid Architects)

Pour rappel, après l’échec de la candidature à l’organisation des Jeux de 2016 – pour lesquels il fut envisagé l’édification d’une enceinte moderne de 100 000 places face à la Baie de Tokyo – le projet initial de 2020 fut confié dès 2012 à l’architecte conceptrice du Centre Aquatique de Londres.

Cette dernière prévoyait alors la construction d’une structure de 80 000 places, disposant d’un toit rétractable et pensée avec des courbes aux formes futuristes. La structure, d’un coût estimé à l’époque à 130 milliards de yens – soit à ce moment-là, 1,28 milliard d’euros – aurait pu être achevée pour le printemps 2019 afin de permettre l’accueil d’une partie des rencontres de la Coupe du Monde de Rugby organisée pour la première fois sur le sol nippon.

Lors de la présentation du projet, et alors que Tokyo 2020 n’avait pas encore été désignée Ville Hôte, le Président de l’époque du Comité National Olympique du Japon (JOC) fut subjugué par la proposition et la vision de Zaha Hadid. Évoquant le projet, Tsunekazu Takeda déclara ainsi que :

Ce nouveau Stade du Japon sera le meilleur parmi les meilleurs. Il aura l’une des plus grandes capacités au monde et sera le plus confortable des stades. Le toit rétractable améliorera considérablement l’expérience des athlètes et des spectateurs.

Ce stade ultramoderne est une preuve supplémentaire que Tokyo est prête à organiser une célébration dynamique qui renforcera et renouvellera les valeurs olympiques pour une nouvelle génération.

Visuel du projet remanié en 2014 par Zaha Hadid pour le Stade Olympique de Tokyo 2020 (Crédits – Zaha Hadid Architects)

Moins de deux ans plus tard, après l’élection de Tokyo 2020 comme Ville Organisatrice des Jeux, Zaha Hadid proposa une nouvelle version de son projet, en tenant compte des critiques formulées à l’encontre de la version initiale au regard de l’ampleur du stade et de son coût qui avait frôlé la barre symbolique des 2 milliards d’euros.

A l’été 2014, l’architecte irako-britannique dévoila ainsi un projet remanié de 1,1 milliard d’euros, reposant sur la construction d’un stade de moindre hauteur – 70 mètres contre 75 mètres – mais avec une capacité maintenue à 80 000 spectateurs pour les Jeux. Après l’événement, le Stade Olympique aurait pu, grâce à la mise en place de structures modulables, réduire sa capacité pour ne conserver qu’un maximum de 65 000 sièges.

A l’époque, le cabinet de Zaha Hadid avait justifié ces changements en estimant que :

[Le projet] répond aux exigences du Comité d’Organisation de Tokyo 2020 en matière de flexibilité et de capacité, ce qui permet la meilleure utilisation future du stade.

Visuel du projet de Stade Olympique de Tokyo porté par Zaha Hadid. Le projet a finalement été abandonné (Crédits – Zaha Hadid Architects)

Mais en dépit des modifications proposées, la nouvelle version fut par la suite retoquée au plus haut sommet de l’État, avec la décision prise, dès l’été 2015, d’abandonner le projet de Zaha Hadid et de relancer un appel à candidatures.

Ce contre-temps eut une conséquence importante, avec l’impossibilité de pouvoir accueillir la Coupe du Monde de Rugby 2019 dans le nouveau Stade National et ce, compte-tenu des délais d’aménagement d’un tel équipement.

Face aux nouvelles exigences budgétaires fixées par le gouvernement de Shinzo Abe et après les virulentes critiques dont elle fut la cible, Zaha Hadid envisagea à la fin de l’été 2015 de soumettre une troisième proposition. Dans un communiqué publié au début du mois de septembre 2015, le cabinet de l’architecte de renom fit mention que :

[Grâce aux] aux deux années de travail et la connaissance acquise avec le peuple japonais, Zaha Hadid Architects et Nikken Sekkei sont en mesure de développer rapidement une solution globale, avec une conception entièrement chiffrée et en partenariat avec un entrepreneur engagé pour permettre la livraison la plus rapide du nouveau Stade National en vue des Jeux de Tokyo 2020.

Quelques semaines après la publication de ce communiqué, Zaha Hadid annonça toutefois son retrait de la course en raison de l’incapacité constatée à pouvoir obtenir l’appui d’un consortium d’entreprises locales.

Le projet de Stade Olympique de Tokyo 2020 imaginé par l’architecte Kengo Kuma (Crédits – Kengo Kuma / Japan Sport Council)

Cet échec marqua dès lors une nouvelle étape-clé dans l’aménagement du Stade Olympique avec, en décembre 2015, la désignation de Kengo Kuma comme nouvel architecte en charge de la conception et de la réalisation de l’ouvrage.

L’architecte nippon fit alors la proposition d’un stade aux courbes plus classiques mais résolument tourné vers l’environnement, avec notamment une structure de bois et des jardins suspendus sur les parois de l’enceinte de 80 000 places.

D’une hauteur plus raisonnable de 49 mètres, la structure présentée par Kengo Kuma fut à ce moment-là estimée à 149 milliards de yens, soit 1,12 milliard d’euros de l’époque.

Aujourd’hui, le coût final devrait se situer aux alentours de 1,26 milliard d’euros soit, environ, l’estimation du tout premier projet présenté en 2012.

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Débuté en décembre 2016, soit plus d’un an après le planning prévisionnel initial, le chantier du Stade Olympique entre désormais dans une phase capitale qui amènera à la livraison de l’enceinte dans le courant du mois de novembre, pour une inauguration officielle d’ores et déjà établie au 21 décembre 2019.

Retouché au fil des mois pour réduire au mieux les coûts, le projet de Kengo Kuma garantira in fine une capacité maximale de 68 000 places pour les Jeux.

A ce jour, 40 000 sièges ont été installés dans le futur Stade Olympique des Jeux de 2020, avec une nuance de diverses couleurs – blanc, vert olive, vert foncé, gris, brun – pour créer une mosaïque en partant des sièges les plus bas jusqu’à ceux situés au plus haut de l’enceinte. Cela devrait assurer une harmonie visuelle avec la végétation installée autour et sur le Stade Olympique.

L’aménagement du toit au-dessus des tribunes protégera en outre les spectateurs de la chaleur estivale redoutée à Tokyo, avec par ailleurs l’installation d’un système performant de ventilation derrière les sièges et de brumisation des tribunes.

Accessible à tous, grâce notamment à l’installation d’un système robotique, le Stade Olympique a enfin été doté de deux grands écrans haute définition installés au Nord et au Sud de l’enceinte pour assurer une visibilité optimale des performances et des résultats.

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