JO 2026 : Le Rapport d’évaluation donne l’avantage à Milan-Cortina

Ce vendredi 24 mai 2019, la Commission d’évaluation des Villes Candidates à l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver de 2026 a livré son Rapport, un mois jour pour jour avant le scrutin qui désignera la Ville Hôte.

Dans un document de près de 150 pages, la Commission présidée par Octavian Morariu revient sur les éléments techniques étudiés sur la base des dossiers des deux candidatures, ainsi que lors des visites sur le terrain, des visites menées entre mars et avril 2019.

Pour les deux prétendantes, la Commission rappelle que :

Les éléments clés de tous Jeux réussis comprennent une vision claire alignée sur des objectifs de développement à long terme existants, un plan directeur des sites solide, un soutien ferme de la part de tous les acteurs de la société et la meilleure expérience possible pour les athlètes.

(Crédits – Rapport de la Commission d’évaluation du CIO / Capture d’écran Sport & Société)

Au regard des conclusions de la Commission d’évaluation, force est de constater que l’une des deux Villes Candidates fait la course en tête, avec des atouts clairement identifiés et un commentaire d’évaluation sans équivoque. A l’inverse, l’autre candidate semble en retrait sur bien des sujets, avec des efforts notables demandés par la Commission d’évaluation et donc, en filigrane, par le Comité International Olympique (CIO).

Selon les termes employés par la Commission, Milan-Cortina 2026 rassemble ainsi l’ensemble des critères précités, ce qui pourrait fort bien s’apparenter à une note parfaite.

Milan-Cortina 2026 remplit tous [les] critères.

La candidature comporte une vision claire consistant à utiliser les Jeux comme un catalyseur pour dynamiser le développement économique dans le Nord de l’Italie, notamment en aidant les régions à atteindre leurs objectifs spécifiques en matière de tourisme, et stimuler les activités économiques entre les zones métropolitaines et montagneuses.

Si cette première partie du résumé de l’examen de la candidature italienne dresse un satisfecit évident, la deuxième partie constitue aussi un commentaire élogieux de la qualité du projet transalpin.

L’Italie du Nord possède des sites de sports d’hiver de première catégorie […].

Les sites sont exploités par des professionnels expérimentés et bénéficient d’un solide réseau de volontaires et de supporteurs passionnés, autant de facteurs qui feraient vivre aux athlètes une expérience inoubliable.

Le coup de grâce intervient dans la troisième partie qui fait figure de totale opposition avec le projet suédois.

Milan-Cortina dispose d’un solide appui de tous les niveaux du gouvernement, du secteur privé et de la société civile, ainsi que d’un taux de soutien du public qui reste très élevé.

Selon le dernier sondage du CIO mené en mars 2019, ce soutien s’élève à 83% en Italie, 87% à Milan, 81% en Lombardie et 80% en Vénétie, illustrant l’enthousiasme du grand public autour de ce projet.

(Crédits – Milan-Cortina 2026)

Ce commentaire de la part de la Commission d’évaluation s’explique sans nul doute par les efforts réalisés par le Comité de Candidature, conjointement avec les autorités publiques italiennes.

Le point de bascule est d’ailleurs survenu au moment-même de la visite de la Commission d’évaluation.

Durant cette période – 02 au 06 avril 2019 – la candidature italienne avait judicieusement fourni à la délégation olympique les documents d’appui du gouvernement, chose que la candidature suédoise n’avait pas été en mesure de faire quelques jours auparavant (12 au 16 mars 2019) lors de la venue à Stockholm de cette même délégation olympique.

Avec un tel soutien des autorités à l’échelle locale et nationale, et avec des sites sportifs reconnus, Milan-Cortina 2026 était alors parvenue à refaire le retard qu’elle avait un temps pu concéder en raison des hésitations voire des critiques formulées au lancement de la candidature.

Sur la base des efforts consentis, Milan-Cortina 2026 a donc pu aborder plus sereinement la suite du processus de candidature. Cela s’est notamment révélé en marge de la présentation du projet aux membres de l’Association des Fédérations Internationales Olympiques des Sports d’hiver (AIOWF) au début du mois de mai 2019. La candidature avait ainsi profité de l’occasion pour exposer le dispositif de gouvernance imaginé dans l’optique où le CIO viendrait à confier les clés des JO 2026 à la péninsule italienne.

La candidature a aussi évoqué la promulgation envisagée d’une Loi Olympique, sur la base du modèle réalisé en amont des Jeux d’hiver de Turin 2006.

Bien que le projet transalpin soit largement salué par la Commission d’évaluation, cette dernière pointe néanmoins des éléments et des axes d’amélioration, en particulier en ce qui concerne le choix des sites de ski alpin et le réaménagement proposé de deux sites sportifs.

Ainsi, la Commission – se basant sur l’analyse fournie au CIO par la Fédération Internationale de Ski (FIS) – estime que les compétitions féminines et masculines, aujourd’hui prévues à Bormio et à Cortina d’Ampezzo, pourraient in fine être organisées sur le seul territoire de Cortina dans un souci d’économies.

En outre, la Commission estime que des précisions doivent encore être apportées concernant la proposition de rénovation de la piste de luge, bobsleigh et skeleton Eugenio Monti de Cortina. Pour ne pas alourdir l’enveloppe des dépenses, la Commission avance ainsi la possibilité d’étudier une délocalisation des épreuves mentionnées sur une piste existante en Europe et ce, à l’image de ce que propose Stockholm-Åre avec la piste de Sigulda (Lettonie).

La Commission pointe enfin le flou relatif entourant le projet de couverture de l’Anneau de vitesse de Baselga di Pine et surtout la planification d’exploitation à long terme de ce site existant.

Mais comme pour revenir sur la note positive qui surplombe la globalité du projet transalpin, le Rapport d’évaluation indique de manière claire :

Dans tous les cas, l’Italie dispose d’un choix de sites de première catégorie, ainsi que de solutions de remplacement.

(Crédits – Jeppe Wikström / Stockholm-Åre 2026)

Du côté de la candidature de la Suède – et même si le soutien gouvernemental s’est finalement exprimé par l’intermédiaire du Premier Ministre puis de la Ministre en charge de la Culture, de la Démocratie et des Sports – des faiblesses majeures demeurent.

La Commission d’évaluation relève ainsi que :

Si le concept est solide, certains aspects opérationnels doivent être détaillés davantage.

Le projet est centré sur la municipalité d’Åre, qui serait l’unique signataire du Contrat Ville Hôte avec le Comité National Olympique suédois, tandis que la ville de Stockholm a accepté de louer ses sites au Comité d’Organisation. Au moment de la rédaction de ce rapport, plusieurs points, dont celui du modèle de gouvernance et du soutien et de l’engagement financiers, doivent être clarifiés.

En matière de soutien du public, le dernier sondage du CIO mené en mars 2019, montre une augmentation des avis favorables avec 55% en Suède, 54% à Stockholm et 59% dans la province centrale de Jämtland, où se situe la ville d’Åre. L’équipe de candidature considère que ce sont des pourcentages élevés dans le contexte suédois.

Face à de sévères critiques, le projet suédois est toutefois valorisé sur ce qui concerne la recherche de durabilité d’une part et l’expérience sportive d’autre part, avec même un commentaire finale similaire à celui fait à Milan-Cortina 2026.

La candidature et la vision de Stockholm-Åre 2026 sont globalement alignées sur les objectifs à long terme de la Suède visant à réaffirmer son leadership en matière de durabilité, promouvoir une société inclusive et encourager des modes de vie sains et l’activité physique auprès de la jeunesse suédoise.

La candidature propose des sites de Coupes et Championnats du monde emblématiques et reconnus […].

La Suède est un pays de sports d’hiver avec une longue tradition et une vaste expérience en organisation d’épreuves sur neige et sur glace ; les sites sont exploités par des professionnels et bénéficient d’un solide réseau de volontaires et de supporteurs passionnés, autant de facteurs qui feraient vivre aux athlètes une expérience inoubliable.

Il n’empêche, les failles du projet suédois pourraient s’avérer insurmontables dans le temps imparti, un mois seulement avant l’ultime présentation devant les membres du CIO et l’élection de la Ville Hôte des Jeux.

Pour se ressaisir, la candidature a récemment lancé un site Internet et une page Facebook pour mobiliser la population dans la dernière ligne droite, grâce notamment à l’implication en vidéos de sportifs suédois de renom.

Pour redresser la barre, Stockholm-Åre 2026 devrait en outre être en capacité d’apporter des éléments concrets concernant deux points-clés de son projet : le financement des Jeux d’une part et la gouvernance de l’événement d’autre part.

Or, à l’heure actuelle, seuls des éléments d’intention ont été formulés, à savoir le fait que la livraison des Jeux sera assurée via un mécanisme englobant plusieurs garants, en particulier en provenance du secteur privé (entreprises et compagnies d’assurance). Le projet ne fait toutefois pas mention de l’identité desdits garants, ni même du niveau de contribution financière espérée de la part de chacune des parties. Il en est de même en ce qui concerne le financement des nouveaux équipements sportifs (Anneau de vitesse, Stade de ski de fond et de biathlon) et du Village Olympique de Stockholm.

En résumé, la Commission note que si la candidature suédoise apporte des lettres d’intention elle ne fournie en revanche aucune garantie contraignante de financement. Signe de l’effort à consentir pour les officiels suédois, cette remarque est d’ailleurs explicitement mentionnée à plusieurs reprises à l’égard du projet.

De surcroît, le refus de la municipalité de Stockholm de s’engager dans la signature du Contrat Ville Hôte ne plaide pas en faveur du projet suédois et ce, même si Åre a fait savoir qu’elle signerait ce document d’importance qui relie entre eux, la Ville Hôte, le Comité National Olympique Hôte et le CIO.

Il n’est pas non plus fait mention de l’adoption envisagée d’une Loi Olympique qui permettrait pourtant de sacraliser les préparatifs des Jeux et de sécuriser ces derniers.

Visite de la Commission d’évaluation du CIO au Stade San Siro de Milan (Crédits – Ferdinando Mezzelani / GMT)

A l’aune de la lecture du Rapport d’évaluation, il apparaît désormais certain que Milan-Cortina 2026 conforte sa place de favorite dans une course qui prendra fin dans tout juste un mois.

Les semaines qui viennent seront donc déterminantes pour Stockholm-Åre 2026 dans l’espoir de parvenir à inverser une tendance qui lui est aujourd’hui nettement défavorable. Les porteurs de la candidature s’accrocheront sans doute à l’histoire olympique passée qui a vu à diverses reprises des favoris installés devenir finalement les perdants de l’élection.

Dans le cas présent, l’écart paraît tout de même difficilement rattrapable si l’on mesure et décortique les termes employés par la Commission d’évaluation. Le dernier mot reviendra quoiqu’il en soit aux membres actifs du CIO qui – seuls – auront la possibilité de désigner en conscience la Ville Hôte des Jeux de 2026.

Pour rappel, les membres issus des pays représentés par des candidatures ne pourront contribuer à l’élection. De fait, Giovanni Malago, Ivo Ferriani et Franco Carraro pour l’Italie, et Gunilla Lindberg et Stefan Holm pour la Suède, ne pourront participer au scrutin programmé pour le 24 juin prochain à Lausanne (Suisse).

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3 pensées

  1. Très bonne analyse. Toutefois, il reste le facteur sentimental et ce qui est impalpable, le ressenti de chaque membre votant. La Suède n’a encore jamais organisé les JO d’hiver. Ce qui pourrait la favoriser grandement.. De plus, c’est un pays extrêmement stable politiquement et financièrement. Une aubaine pour le CIO en ces temps difficiles pour attirer des candidats qui méneront le projet au bout.
    La candidature italienne de son côté a connu bien des soubresauts et les récentes aventures de Rome 2020 et Rome 2024 ne sont pas de matière à rassurer le CIO. Certes, on parle ici d’une candidature de l’Italie du Nord portée par deux régions et deux villes économiquement et politiquement stables. Mais tout de même, n’y a-t-il pas un risque de voir l’aventure s’arrêter en chemin à la moinde difficulté? Les rivalités entre la Lombardie et la Vénétie vont vite ressurgir, soyons en certain.
    Dommage que le CIO n’ait pas décidé d’une double attribution pour 2026 et 2030. Milan/Cortina dans 7 ans puis Stockholm/Are dans 13 eut été parfait pour l’avenir des Jeux d’hiver…

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    1. Je partage votre impression. L’aspect sentimental dans l’attribution des Jeux est d’ailleurs un sujet prévu de longue date comme futur article. La récente actualité transalpine avec les tensions intergouvernementales sera aussi abordée. MERCI en tout cas de votre fidélité !

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