Dopage : Le Kremlin critique l’objectivité du Rapport McLaren et dénonce le rôle des États-Unis

La réponse des autorités politiques russes aura été rapide après la publication du Rapport McLaren de l’Agence Mondiale Antidopage (AMA).

Dans une longue déclaration officielle publiée sur le site du Kremlin, le Président de la Fédération de Russie en personne dénonce un Rapport aux ambitions politiques. Surtout, il attaque directement l’ex-Directeur de l’Agence Antidopage de Russie ainsi que l’Agence Antidopage des États-Unis (USADA).

Vladimir Poutine lors d'une parade militaire sur la Place Rouge, le 09 mai 2016 (Crédits - Présidence de la Fédération de Russie)
Vladimir Poutine lors d’une parade militaire sur la Place Rouge, le 09 mai 2016 (Crédits – Présidence de la Fédération de Russie)

Vladimir Poutine donne d’ailleurs le ton dès le début de son propos où il évoque directement la période des boycotts olympiques entre les Jeux de Moscou 1980 et ceux de Los Angeles 1984.

« Les événements récents et l’atmosphère tendue autour du sport international et du Mouvement Olympique rappellent involontairement la situation du début des années 1980.

A l’époque, de nombreux pays Occidentaux, citant le déploiement des troupes soviétiques en Afghanistan, avaient boycotté les Jeux Olympiques de Moscou. Quatre ans plus tard, l’Union Soviétique avait riposté en boycottant les Jeux Olympiques de Los Angeles, en utilisant le prétexte d’un niveau insuffisant de sécurité pour l’équipe soviétique.

Le résultat fut le suivant : de nombreux athlètes soviétiques et américains ainsi que d’autres pays, ont perdu la possibilité d’ajouter leurs noms à l’histoire sportive du monde. Leurs années de long et laborieux effort et de formation ont été vains. En bref, les gens ont vu leurs rêves brisés et sont devenus les otages d’une confrontation politique » estime ainsi le maître du Kremlin.

Pour Vladimir Poutine, le Rapport McLaren n’aurait donc qu’une visée politique ayant pour objectif d’instrumentaliser la Russie et d’affaiblir cette dernière.

« Nous assistons à un retour dangereux de l’interférence politique dans le sport. Oui, l’intervention actuelle est différente, mais l’essence reste la même : faire du sport un instrument de pression géopolitique et utiliser cet instrument pour créer une image négative d’un pays et de son peuple.

Le Mouvement Olympique, qui est une force énorme pour l’unification de l’humanité, pourrait une fois encore se retrouver au bord de la division » déclare notamment Vladimir Poutine sur un ton à la fois provocateur et menaçant à l’égard de la Famille Olympique.

En clair, la Russie n’entend pas se laisser faire et pourrait choisir la confrontation directe avec le Comité International Olympique (CIO) ainsi que les organisations ou pays ayant conduit à la réalisation du Rapport McLaren.

La Russie pourrait dès lors être tentée par la création – à l’échelle fédérale ou avec l’appui des pays amis de la Russie et de l’ancienne URSS – d’une compétition concurrente aux Jeux Olympiques. L’idée n’est pas nouvelle. Elle pourrait refaire son apparition au regard du contexte actuel.

Fidèle à sa réputation, celui qui avait personnellement œuvré à l’élection de Sotchi comme Ville Hôte des Jeux d’hiver de 2014, estime que les conclusions du Rapport de l’AMA ont été dictées par les déclarations d’une personnalité sulfureuse dont il dresse un portrait au vitriol.

Pour Vladimir Poutine, « les accusations portées contre les athlètes russes sont basées sur les informations fournies par une seule personne, une personne ayant une réputation notoire.

Des accusations criminelles ont été ouvertes contre lui en 2012 pour violation des lois antidopage, mais il n’y a pas eu assez de preuves contre lui à ce moment-là et l’affaire fut classée sans suite. Le 17 juin de cette année, suite à des allégations portant sur son implication dans l’utilisation de substances et de produits interdits, une affaire pénale a été ouverte à son encontre. L’un de ses proches, qui travaillait sous sa direction, a déjà été condamné en Russie pour commerce illégal de stéroïdes anabolisants.

La question se pose donc de savoir à quel point nous pouvons avoir confiance dans des arguments fondés uniquement sur les allégations d’une personne de ce genre, et quel est le poids de telles allégations ? »

Mais Vladimir Poutine va plus loin encore et pointe les agissements des États-Unis, tout en critiquant l’objectivité même du Rapport McLaren.

« L’USADA et plusieurs organismes de lutte contre le dopage issus d’autres pays, sans attendre la publication officielle de l’AMA, se sont empressés d’exiger que toute la délégation russe soit interdite de participation aux Jeux Olympiques de Rio de Janeiro.

Qui est derrière cette précipitation ? Est-ce une tentative pour créer une atmosphère médiatique basée sur la pression ?

Nous avons l’impression que les experts de l’USADA ont eu accès à ce qui n’était qu’un Rapport non publié ou, à tout le moins, ont eu connaissance de la teneur dudit Rapport. Si tel est le cas, cela serait la preuve que l’organisation nationale d’un pays essaye à nouveau de dicter sa volonté à l’ensemble de la communauté sportive internationale » dénonce ainsi le leader russe.

Vladimir Poutine et son Ministre des Sports, Vitaly Mutko, lors d'un entretien le 16 juin 2014 (Crédits - Présidence de la Fédération de Russie)
Vladimir Poutine et son Ministre des Sports, Vitaly Mutko, lors d’un entretien le 16 juin 2014 (Crédits – Présidence de la Fédération de Russie)

Enfin, si le Président de la Fédération de Russie annonce que des mesures seront prises concernant les fonctionnaires et responsables impliqués dans le scandale de dopage organisé, il demeure droit dans ses bottes, estimant que son pays est prêt à coopérer pour améliorer la détection du dopage et la réglementation en vigueur.

Cette promesse semble toutefois utopique et s’apparente surtout à une tentative de la dernière chance pour éviter de lourdes sanctions.

Déjà pénalisé au niveau de l’athlétisme, le sport russe pourrait en effet être mis hors-course de toutes les compétitions internationales y compris lors des prochains Jeux de Rio 2016.

Une telle décision – qui pourrait intervenir rapidement – aurait à n’en pas douter un retentissement mondial et de possibles répercussions, sur le plan sportif bien sûr, mais aussi diplomatique, les deux éléments étant depuis bien longtemps particulièrement imbriqués.

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