Alpes françaises 2030 : Le Comité d’Organisation au bord du précipice

La crise de gouvernance au sein des Alpes françaises 2030 ne cesse de s’aggraver, entre inflexibilité, décisions internes contestées et démissions en cascade. Des éléments qui s’ajoutent finalement au constat d’un projet brouillon depuis son origine.

Edgar Grospiron, Président du Comité d’Organisation des Alpes françaises 2030 à la tribune de la 145ème Session du CIO, mardi 03 février 2026 à Milan, Lombardie, Italie (Crédits – IOC / Quinton Meyer)

A quelques jours de la Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Milan-Cortina 2026 et alors que la France s’apprête à prendre le relais de l’édition italienne, les préparatifs d’organisation des Jeux de 2030 restent parasités par les déboires internes qui posent aujourd’hui la question de la viabilité d’une gouvernance aussi affaiblie.

De fait, après les démissions relevées au cœur du Comité d’Organisation (COJO) depuis décembre 2025, en particulier la Directrice des Opérations et le Directeur de la Communication, de nouveaux départs ont été enregistrés dans l’organigramme des Jeux de 2030, cette fois au sein du Comité des Rémunérations.

Chargé d’examiner et de donner un avis sur les rémunérations et autres avantages en nature des salariés des Alpes françaises 2030, l’instance intervient également à titre consultatif concernant le management du COJO.

Or, comme l’a évoqué ce mardi 03 février 2026 le quotidien « Le Parisien », plusieurs membres dudit Comité ont quitté leurs fonctions au cours des derniers jours matérialisant une franche opposition face aux orientations prises, en particulier quant à une dérive apparente pour quelques 35 000 euros de notes de frais et pour ce qui est de l’utilisation de cartes bancaires aujourd’hui désactivées…

Des éléments qui dénotent lorsque l’on sait la fragilité du budget d’organisation des Jeux, incluant les frais de fonctionnement du COJO. De surcroît, une telle gestion incontrôlée des finances internes apparaît à l’évidence comme particulièrement déplacée à l’heure des grands débats économiques et de responsabilité budgétaire, et alors que l’opinion publique se fait plus vigilante concernant l’utilisation de fonds pouvant impliquer des acteurs publics dans le cadre de manifestations de la dimension des Jeux.

Annoncée dès lundi soir par le quotidien « Le Monde », la démission du Président dudit Comité des Rémunérations sonne dès lors comme une nouvelle déflagration.

Bertrand Méheut pointe notamment dans sa lettre de démission :

[Une] dérive importante qui [le] conduit à douter du succès du projet que ce soit en matière de délais et de coûts.

Avant de cibler avec virulence la présidence du COJO :

[La gouvernance du COJO] est supposée duale, ce qui n’apparaît plus être le cas.

Le Président, accompagné en principe d’un Directeur Général Exécutif, se comporte comme s’il était Président Directeur Général, hors de tout contrôle, sans en avoir la compétence.

[…] J’attire l’attention sur les risques encourus par le COJO.

Le désormais ex-patron du Comité des Rémunérations se montre par ailleurs pessimiste sur les prochaines semaines. Comme il le mentionne :

[La dérive de la gouvernance] conduit à une démotivation profonde des équipes.

[…] Cela conduira probablement à de nouvelles démissions et à la difficulté de réaliser des recrutements de qualité.

Edgar Grospiron, Président du Comité d’Organisation des Alpes françaises 2030 à la tribune de la 145ème Session du CIO, mardi 03 février 2026 à Milan, Lombardie, Italie (Crédits – IOC / Quinton Meyer)

Ce constat – sévère – illustre si besoin le degré de gravité de la situation dans laquelle se trouve plongé le COJO des Alpes françaises 2030, avec un leader, Edgar Grospiron, à la manœuvre d’une instance organisatrice au bord du gouffre, s’enfonçant semaine après semaine dans une zone de sérieuses turbulences.

Au-delà du Président du COJO, c’est aussi le noyau dur entourant ce dernier qui constitue un élément-clé sujet à contestation parmi les acteurs du projet olympique et paralympique tricolore. Telle une garde rapprochée, le cabinet composé de conseillers de l’ombre parasite finalement certains champs d’action pourtant dévolus à des postes de direction. A cela s’ajoute aussi les desiderata persistants des Régions Hôtes des Jeux et ce, depuis les prémices d’une candidature que chacun peut aujourd’hui considérée comme ayant été mal ficelée.

Avec de facto un nivellement par le bas où les compétences ne sont pas forcément légions dans les rangs des décideurs. Pourtant, les Alpes françaises 2030 devraient placer l’efficacité et l’expérience en tête des priorités au regard d’un calendrier des préparatifs qui se réduit avec toutes les problématiques que cela peut induire.

Face à cette situation, le Président de la Commission de Coordination des JO 2030 au sein du Comité International Olympique (CIO), Pierre-Olivier Beckers-Vieujant, se montre vigilant.

Comme il l’a rappelé avec insistance cette semaine dans le cadre des travaux de la 145ème Session du CIO réunie à Milan avant l’ouverture des JO 2026 :

Le temps est compté.

A seulement quatre ans de l’échéance, plusieurs décisions-clés restent en suspens, et le rythme de livraison doit s’accélérer dans l’ensemble des chantiers.

[…] 2026 sera absolument déterminante pour la réussite du projet.

[…] Une fois les Jeux de Milan-Cortina 2026 terminés, l’attention du monde se portera rapidement sur 2030 : les attentes augmenteront, le rythme s’intensifiera, le travail à accomplir est considérable, et l’horloge se mettra à sonner encore plus fort.

Un propos similaire à une précédente déclaration de celui qui présidait la Commission de Coordination des Jeux de Paris 2024 et qui a encore exposé dans le plus pur style olympien :

Mon sentiment est que si vous travaillez en équipe forte et confiante, une équipe collective guidée et inspirée par la vision et la mission de ce projet, ensemble vous ne pouvez que réussir.

Pierre-Olivier Beckers-Vieujant, Président de la Commission de Coordination des Jeux des Alpes françaises 2030 à la tribune de la 145ème Session du CIO, mardi 03 février 2026 à Milan, Lombardie, Italie (Crédits – IOC / Quinton Meyer)

Optimisme débordant ou utopie ? Peut-être un peu des deux, avec une dose certaine d’encouragement à destination des parties.

Les semaines qui s’annoncent seront en tout cas décisives pour le COJO et le devenir de ce dernier dans sa forme, sa configuration et son leadership. En cela, le CIO – une fois les JO 2026 clôturés – prendra grand soin de se pencher plus avant sur les affaires et les déboires des Alpes françaises 2030.

Car bien que la situation soit aujourd’hui sectorisée, le CIO ne saurait accepter ad vitam æternam une série d’écueils qui pourrait in fine venir altérer l’image de marque de l’institution.

Aussi, dans l’hypothèse où la mission d’accompagnement récemment engagée pour clarifier la gouvernance parviendrait à son objectif, les Alpes françaises 2030 pourront repartir de l’avant, tout en ayant l’impératif devoir d’accélérer le tempo après des mois d’errance.

Si en revanche les tensions ne retombent pas en interne et que de surcroît de nouveaux départs venaient à se formaliser dans les différentes strates liées à l’organisation de l’édition 2030, il sera plus que nécessaire de repenser la gouvernance de fond en comble, ce qui pourrait se traduire en premier lieu par une démission – volontaire ou forcée – du Président en exercice. Une issue que toutes les parties veulent à ce stade éviter pour ne pas rajouter du chaos à la crise.

Aujourd’hui en tout cas, le COJO reste figé dans ses positions.

Dans un communiqué publié ce mercredi 04 février 2026, quelques jours après une prise de parole du Président Edgar Grospiron sur les réseaux sociaux comme une fuite en avant, l’instance organisatrice des Jeux de 2030 précise ainsi :

À la suite de différentes publications parues dans la presse, le COJO Alpes françaises 2030 s’exprime pour clarifier le cadre de son action et réaffirmer sa priorité : la préparation et la réussite des Jeux. L’ensemble des équipes du COJO Alpes françaises 2030 est pleinement mobilisé et concentré sur sa mission, ainsi que sur la séquence des Jeux de Milan-Cortina 2026.

[…] Le COJO n’a pas vocation à commenter les articles de presse, mais à avancer de manière déterminée sur l’ensemble de ses chantiers prioritaires.

Une mission relative à l’organisation et au fonctionnement du COJO a été lancée. Elle intégrera l’ensemble des développements récents dans son diagnostic, afin de formuler des préconisations opérationnelles en faveur de la stabilité, de la clarté de la gouvernance et de l’efficience de l’organisation.

Le COJO communiquera à l’issue de cette procédure et appelle l’ensemble des parties concernées à garantir le bon déroulement de la mission, dans un esprit de responsabilité collective.

Le COJO – largement présent ces jours-ci en Italie pour prendre part au Programme des Observateurs du CIO à l’instar des équipes de l’Utah 2034 arrivées en force – poursuit sa déclaration en évoquant les relations de travail et les échanges « de façon responsable et ce dans l’intérêt du projet » entre Edgar Grospiron et son Directeur Général, Cyril Linette. Des échanges qui, comme l’indique l’instance, « n’ont pas vocation à être partagés en dehors de l’organisation ».

La fin du communiqué semble enfin renvoyer au principe de la méthode coué, tant l’optimisme qui s’en dégage paraît bien éloigné de la situation présente.

Ainsi que l’expose avec mécanique le COJO dont les déboires successifs surviennent dans des moments relativement inconfortables, entre visite de la Commission de Coordination du CIO en fin d’année 2025 et présentation des – maigres – avancées des préparatifs devant la 145ème Session de l’institution olympique cette semaine :

L’ensemble des équipes du COJO est pleinement aligné sur l’objectif commun de réussite du projet des Alpes françaises 2030, aux côtés de l’ensemble de ses parties prenantes, dans le respect des engagements pris et dans le meilleur intérêt des territoires et du sport français.


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